Je dois mon post du jour à un diner entre amis où, parlant de fleurs, l'un des convives présente l'une de ses dernières acquisitions : un rosier baptisé Le Grand Huit. Immédiatement résonne dans ma tête Le grand huit d'Hubert Mounier.
Il s'agit là de ma chanson préférée d'Hubert Mounier, post L'Affaire Louis Trio, avec des arrangements magnifiques signés Benjamin Biolay. Hubert Mounier a très bien raconté ses relations qui se sont depuis distendues avec Biolay dans un album BD, intitulé comme son dernier album, La maison de pain d'épice. Espérons que Biolay trouve encore du temps dans son agenda de ministre pour reprendre son copain au téléphone et, qui sait, peut-être faire de ce loser magnifique, un heureux revenant. Mais ce n'est pas de Mounier ni de Biolay dont je voulais parler mais bien plus de ces chansons qui apparaissent sans crier gare dans votre tête à l'occasion d'un mot, d'une phrase. Pas plus tard que la ligne précédente en écrivant "qui sait", me sont venues pas moins de deux chansons Qui sait, "chanson à caractère charitable" puisqu'enregistré pour Solidays par une flopée d'artistes (oui, d'accord, Patrick Bruel, mais Peter Gabriel, aussi) et chanson de "variétoche" plutôt digne et l'excellent Qui sait de Bruno Maman, il y a presque vingt ans de cela.
Bruno Maman - Qui Sait par chubbydebu
Notez qu'avant de débuter ce post, j'avais pensé un temps, écrire sur les losers magnifiques avant finalement de me rétracter mais, après Hubert Mounier, Bruno Maman me fait presque faire un "deux en un" car après ce seul et (très) mineur succès en 1993, Bruno Maman disparut des écrans de contrôle pour revenir en 2005 avec un sublime album simplement baptisé Bruno Maman, et qui n'eut... aucun succès (parce c'est comme ça, faut s'y faire, le monde est cruel) et dont est extrait ce Dans tes yeux.
Bruno Maman - Dans Tes Yeux par _006-serie-TS_
Si vous trouvez que tout ça sonne bien trop variétoche à vos oreilles, j'avertis que nous allons vers pire. Car si j'aborde ici le registre de ces chansons qui apparaissent instantanément dans votre tête parce que vous avez dit ou entendu quelques mots s'y référant, c'est pour dire à quel point elles peuvent être dangereuses ! Ce n'est clairement pas le cas des chansons d'Hubert Mounier et Bruno Maman évoquées ci-dessus, mais, avouez-le, quand une chanson fait, comme par magie, son apparition dans un coin de votre tête, ce n'est jamais - ou rarement - un trésor caché de votre discothèque mais bien plus une rengaine un peu honteuse. Quand vous avez travaillé, comme moi, comme programmateur d'une radio à dominante variété française, les rengaines un peu honteuses sont légion, vous pouvez me croire. Par exemple, un "Je ne sais pas" de ma part sera très vite enchainé à un "Je ne sais plus, je suis perdu" et donc à qui vous savez (parce que si vous ne l'avez pas encore en tête, je ne vais pas vous l'y enfoncer, donc ne cliquez pas sur le lien, NE CLIQUEZ PAS SUR LE... ah, trop tard). Et, plus récemment, qui, pendant l'été par exemple, n'a pas été s'allonger "au soleil", se ballader "au soleil", prendre un pot ou je ne sais quoi d'autre "au soleil", "au soleil" se disant toujours avec l'intonation bien connue (là-encore, fallait pas cliquer). Mine de rien, ces petites chansons qui nous reviennent parfois nous dévoilent aussi. En ce qui concerne les scies de Michel Fugain ou Jenifer, elles font partie de l'inconscient collectif au point qu'on peut dire sans problème qu'on "ne sait pas", qu'on "ne sait plus", qu'on "est perdu", et que la plupart de nos interlocuteurs nous répondront : "Fais comme l'oiseau". Mais si je m'étais mis à chanter Le Grand Huit, hier, à mon amie jardinière, je pense qu'elle m'aurait fait de grands yeux. Ces chansons qui trottent dans nos têtes disent en fait beaucoup de notre âge. J'en veux pour preuve une chanson qui revenait systématiquement au fumeur étourdi que j'étais quand il s'agissait d'allumer sa clope ; au lieu de demander, comme l'aurait fait tout un chacun, "t'as pas du feu ?", j'ai longtemps sorti : "Donnez-moi du feu / Si tu veux" qu'il m'arrivait même de prolonger d'un "Donnez-moi l'amour / Pour toujours" et avec l'accent s'il vous plaît. Quand vous êtes entre gens de votre âge, qui ont les mêmes références, tout va bien. Puis un jour, vient ce moment cruel où vous vous apercevez que votre copain fumeur à vingt ans de moins que vous quand il vous dit : "Mais pourquoi tu me dis ça ?".Vous vous apercevez également que le temps a été aussi cruel avec Kim Larsen, qui a fait oublier non seulement sa personne mais son seul succès de 1981.
Franchement, je ne me souvenais pas que c'était aussi bien, non ? Non ? C'est juste la nostalgie ? Je m'en fous, j'ai arrêté de fumer.
dimanche 7 octobre 2012
samedi 6 octobre 2012
Ellie & moi
J'ai un problème avec Ellie Goulding. Oui, dit comme ça, moi même, je me dis "Houla ! Il a des sacrés problèmes ce gars". Il n'empêche que j'ai un problème et qu'il est assez (pas) grave (du tout) pour vous en parler aujourd'hui. Ami qui n'est pas anglais (oui, car Ellie, en Grande Bretagne, c'est déjà une institution), sache qu'Ellie Goulding est une jeune chanteuse anglaise (25 ans, toutes ses - jolies - dents) qui est apparue il y a deux ans sur la scène musicale en remportant en 2010 The Sound of 2010 remis par la BBC aux artistes les plus prometteurs et The Critic's choice award aux Brit (l'équivalent de nos Victoires) remis donc par la Critique. Avant elle, seule une artiste avait réussi à squatter ces deux récompenses la même année : Adèle, en 2008. Et ça en dit long sur les espoirs qui reposent sur les épaules d'Ellie Goulding. Mais à l'heure où l'une est devenue une icone pop internationale, l'autre a un peu de mal à dépasser les frontières de son pays, sinon je serais pas en train de raconter sa vie. Elle a quand même eu son petit moment de "gloire" en chantant au bal de Kate et William, le Your Song d'Elton John, à ce jour, son plus grand succès. Et c'est bien là que le bas blesse : c'est en chantant la chanson d'un autre qu'Ellie a rencontré le public. Ellie a une très, très, très jolie voix : une petite voix de souris, comme aurait dit ma mère, mais avec un voile très particulier qui fait que parfois on croirait, dans la voix bien sûr, un croisement improbable entre Vanessa Paradis et Bonnie Tyler. Pour mieux illustrer mon propos, allez écouter le break (à 2'50'') dans le single Anything could happen, pour la partie Bonnie, et tout le reste, pour la partie Vanessa.
Au passage j'ai pris soin de vous proposer la version clip photos Instagram qu'on trouve sur le Net pour deux raisons : 1) que vous ne soyez pas distrait par l'image pour apprécier la voix (évidemment ça ne marche pas si vous êtes anglais et/ou si vous êtes allé voir la note biographique d'Ellie sur Wiki) 2) parce que le clip officiel avec une Ellie en sirène échouée sur une plage new age avec des boules en aluminium est assez ridicule. Mais bon, Anything could happen est une petite sucrerie qui se tient. Elle se tient même assez pour que j'ai eu envie de télécharger l'album. Et comme le single, Halcyon - c'est le titre de l'album - se tient. Sans plus. Sitôt écouté, sitôt fredonné, sitôt oublié. Or, je sens (et d'ailleurs la Critique aussi qui a fait reposer d'autres espoirs sur les épaules de la chanteuse) qu'Ellie Goulding vaut mieux. Enfin non, je ne le sens pas, je le sais. Parce que la première fois que j'avais repéré Ellie, c'était aux côtés d'Erik Hassle, un jeune musicien Suédois, auprès duquel elle chantait Never be mine.
Excellente chanson (à télécharger en toute légalité ici) que j'écoute toujours avec plaisir aujourd'hui et dont j'apprends qu'il s'agit d'une reprise de Robyn (bon, on peut oublier l'original en l'occurence). Ce qu'il manque à Ellie Goulding, pourrait-on penser, est donc une bonne chanson. Ce n'est pas aussi simple. Prenez Guns and horses, autre chanson pop bubble gum typique de la demoiselle. Maintenant adjoignez lui Make love de Daft Punk, et faites remixer le tout ; vous obtiendrez le mash up de Monsieur Adi qui apporte une profondeur, une gravité à la chanson que l'original ne fait qu'effleurer.
Du coup, ce ne sont pas vraiment les chansons, mais la manière qu'a Ellie Goulding, et plus encore qu'ont ses producteurs (à moins que les deux ne fassent qu'un mais je n'ai pas été jusqu'à me pencher sur les notes de pochettes de l'album) de présenter ses chansons qui pêche. J'en veux pour preuve d'autres remixes que j'ai d'Ellie Goulding dans ma discothèque sans toutefois posséder les originaux. Ellie Goulding sait pourtant entendre la beauté d'une chanson ; on a pu entendre sur le Net deux reprises commises par Ellie ; celle d'High for this de The Weeknd
Et celle, encore plus surprenante, d'Only girl in the world de Rihanna, exécutée live.
Comme si Ellie savait mettre les chansons des autres en valeur, quand la valeur des siennes ne lui apparaît pas ou a bien du mal à apparaître. Peut-être tout cela manque-t-il un peu de travail, d'aller fouiller ce que peuvent bien cacher ses compositions. Tout cela est encore un peu vert à mon goût et si l'on dit que la valeur n'attend pas le nombre des années, on pourra l'oublier pour Ellie et parier qu'à l'avenir, elle ne pourra prendre que plus grand valeur. (Bon j'ai tenté de caser "à valoir" voire "avaleur" mais j'ai pas pu).
Au passage j'ai pris soin de vous proposer la version clip photos Instagram qu'on trouve sur le Net pour deux raisons : 1) que vous ne soyez pas distrait par l'image pour apprécier la voix (évidemment ça ne marche pas si vous êtes anglais et/ou si vous êtes allé voir la note biographique d'Ellie sur Wiki) 2) parce que le clip officiel avec une Ellie en sirène échouée sur une plage new age avec des boules en aluminium est assez ridicule. Mais bon, Anything could happen est une petite sucrerie qui se tient. Elle se tient même assez pour que j'ai eu envie de télécharger l'album. Et comme le single, Halcyon - c'est le titre de l'album - se tient. Sans plus. Sitôt écouté, sitôt fredonné, sitôt oublié. Or, je sens (et d'ailleurs la Critique aussi qui a fait reposer d'autres espoirs sur les épaules de la chanteuse) qu'Ellie Goulding vaut mieux. Enfin non, je ne le sens pas, je le sais. Parce que la première fois que j'avais repéré Ellie, c'était aux côtés d'Erik Hassle, un jeune musicien Suédois, auprès duquel elle chantait Never be mine.
Excellente chanson (à télécharger en toute légalité ici) que j'écoute toujours avec plaisir aujourd'hui et dont j'apprends qu'il s'agit d'une reprise de Robyn (bon, on peut oublier l'original en l'occurence). Ce qu'il manque à Ellie Goulding, pourrait-on penser, est donc une bonne chanson. Ce n'est pas aussi simple. Prenez Guns and horses, autre chanson pop bubble gum typique de la demoiselle. Maintenant adjoignez lui Make love de Daft Punk, et faites remixer le tout ; vous obtiendrez le mash up de Monsieur Adi qui apporte une profondeur, une gravité à la chanson que l'original ne fait qu'effleurer.
Du coup, ce ne sont pas vraiment les chansons, mais la manière qu'a Ellie Goulding, et plus encore qu'ont ses producteurs (à moins que les deux ne fassent qu'un mais je n'ai pas été jusqu'à me pencher sur les notes de pochettes de l'album) de présenter ses chansons qui pêche. J'en veux pour preuve d'autres remixes que j'ai d'Ellie Goulding dans ma discothèque sans toutefois posséder les originaux. Ellie Goulding sait pourtant entendre la beauté d'une chanson ; on a pu entendre sur le Net deux reprises commises par Ellie ; celle d'High for this de The Weeknd
Et celle, encore plus surprenante, d'Only girl in the world de Rihanna, exécutée live.
Comme si Ellie savait mettre les chansons des autres en valeur, quand la valeur des siennes ne lui apparaît pas ou a bien du mal à apparaître. Peut-être tout cela manque-t-il un peu de travail, d'aller fouiller ce que peuvent bien cacher ses compositions. Tout cela est encore un peu vert à mon goût et si l'on dit que la valeur n'attend pas le nombre des années, on pourra l'oublier pour Ellie et parier qu'à l'avenir, elle ne pourra prendre que plus grand valeur. (Bon j'ai tenté de caser "à valoir" voire "avaleur" mais j'ai pas pu).
vendredi 5 octobre 2012
Bande son
J'ai vu il y a deux jours le dernier épisode de la série Weeds. Quand je dis le dernier, au cas où vous ne le sauriez pas, ce n'est pas le dernier en date mais le dernier tout court puisqu'il venait boucler la huitième et finale saison. Et si vous êtes dans le cas (où vous ne le sauriez pas), je vous encourage vivement à voir Weeds. Mais qu'est-ce que ça vient faire ici, allez-vous me demander, question à laquelle j'ai moi-même cherché une réponse car si j'avais envie de parler de ce dernier épisode, je ne savais pas, ici, comment l'introduire. La réponse était pourtant sous mes yeux, on ne peut plus criante surtout concernant Weeds. Pour qui a vu Weeds, la série sera toujours liée au Little Boxes de Malvina Reynolds qui lui servait de générique. C'était une sorte de signature musicale qui, d'entrée, vous plongeait dans l'atmosphère de la série. Et les séries américaines ne se sont pas gênées pour user de la musique pour installer des ambiances, comprenant l'importance de celle ci quand on déroule encore de la musique d'ascenceur sur Joséphine ange gardien, Julie Lescaut et autres séries made in France. Preuve de cet interêt que portent les séries à leurs musiques et, au-delà, aux musiciens, les producteurs de Weeds ont, dès la deuxième saison, demandaient à des musiciens (parmi lesquels Elvis Costello, Death Cab For Cutie ou Regina Spektor) d'enregistrer chacun leurs versions de Little Boxes, pour un générique qui, s'il était le même, changeait donc d'une semaine à l'autre (les différentes versions sont regroupées dans la version ci-dessous).
Certaines musiques sont ainsi indissociables des séries auxquelles elles sont liées et mon goût pour telle ou telle série indissociable sans doute de l'attention portée à la musique. J'en veux pour preuve mon attachement à Grey's Anatomy, qui n'est pas la meilleure série du monde mais est tout de même une série dont je raffole depuis huit ans, m'apprêtant à rentrer dans la neuvième saison déjà. Pourtant j'ai bien des reproches à adresser à la série de Shonda Rhimes : ça finit par tourner en rond, l'héroïne est quand même l'un des points les plus faiblards, etc... A la vue du tracklisting des différents épisodes, ca ne m'est pas difficile de comprendre pourquoi je reste un fan de la série médicale tant les chansons semblent avoir été rassemblées par un fan obsessionnel de musique. En regardant Grey's Anatomy, j'ai découvert des artistes que je ne connaissais pas comme Psapp qui a composé le générique.
Psapp - Cosy in the rocket by www.drago.mobi
Mais aussi Kate Havnevik. Kate Havnevik est l'artiste qui représente le mieux l'univers musical de Grey's Anatomy. On retrouve pas moins de 8 de ses chansons au générique de différents épisodes, ce qui est énorme, considérant que Kate Havnevik n'a sorti à ce jour que deux albums ! Mais ce n'est pas seulement le fait d'avoir déniché cette artiste norvégienne inconnue jusqu'alors que j'admire mais l'utilisation qui est faite de sa musique. Dans l'extrait du neuvième épisode de la troisième saison qui suit, on a l'impression que c'est la musique (qui apparaît à 45" du début) qui conduit tout le reste.
De manière plus évidente, dans l'épisode chanté de Grey's Anatomy (18ème épisode de la 7ème saison pour les documentalistes), c'est un autre titre de Kate Havnevik, Grace, que reprend Sara Ramirez qui interprète le personnage de Calie dans la série
La musique dans cette série et dans les séries en général participent à l'émotion qu'elle (la série, pas la musique, vous suivez ?) me procure. Le top du top, dans ce mariage de la musique, des images et des émotions restant pour moi l'utilisation de Breathe Me de Sia sur le final de Six Feet Under, où l'on voit mourir un à un les personnages de la série dans une scène de flash forward magistralement exécutée et ô combien poignante (je me souviens avoir pleuré tout du long quand je l'ai vue la première fois, puis une heure durant après visionnage et ai encore les larmes qui montent aux yeux quand je la vois maintenant).
Une chanson bien choisie me met en quelques secondes dans l'ambiance dans la série. Par exemple, je suis tout de suite sous tension avec le générique de Damages, When I Am Through signé The VLA avec ses paroles répétées adnauséum : "When I am through with you / There won't be anything left (Quand j'en aurais fini avec toi / Il ne restera plus rien)"
Mieux encore, j'ai découvert récemment l'excellente série suédo-danoise The Bridge (Bron/Broën en VO) et le générique m'a non seulement instantanément mis dans l'ambiance, mais m'a fait m'accrocher à la série (il fallait avoir envie quand même de la regarder, comme ce fut mon cas, en suédois et danois, le tout sous titré en anglais !) et j'ai, bien sûr, immédiatement voulu savoir qui chantait et découvert du même coup Choir of Young Believers, artiste danois dont la chanson s'intitule Hollow Talk.
Mais revenons en au dernier épisode de Weeds. Dans un flash forward là encore mais qui dure cette fois tout l'épisode, on se retrouve avec les personnages plus d'une dizaine d'années plus tard et on les découvre cabossés par la vie, finalement plus très beaux à voir, et l'on en veut à la scénariste Jenji Kohan de tirer ainsi sa révérence aux personnages qui l'ont fait pourtant connaître des téléspectateurs, et auxquels, du même coup, elle devait me semble-t-il, un peu plus de respect, ou tout du moins, une fin moins en eau de boudin que celle-ci rythmée par le plutôt moyen, à mon goût, With Arms Outstretched de Rilo Kiley, inconnue à mon bataillon et qui le restera, du coup, jusqu'à prochain ordre (et, oui, d'accord, ma phrase était un peu longue).
On sent bien l'effet recherché, façon, justement, Six Feet Under. Mais quand Alan Ball clôt Six Feet Under, au moins a-t-il la décence de tuer (au sens propre comme figurer) dignement tous ses personnages. Ce n'est pas la première fois qu'un auteur fait du mal à des personnages que j'aime : j'avais eu la même impression en lisant Les chroniques de San Franciso d'Armistead Maupin ou Les chroniques du plateau Mont Royal de Michel Tremblay. Si comme l'écrit Martin Winckler dans son livre qu'il consacre aux séries (américaines), celle-ci sont "les miroirs de la vie", pourquoi nous présenter ce sale reflet de nous mêmes ? J'imagine qu'à la manière du chanteur qui chante depuis des années la même chanson parce que c'est son seul tube, la chanson que lui demande son public, l'auteur finit par se lasser de ce qui a fait son succès. Par exemple, si The Rembrandts existent toujours aujourd'hui, m'est avis qu'ils doivent en avoir sacrément marre de chanter I'll be there for you.
Certaines musiques sont ainsi indissociables des séries auxquelles elles sont liées et mon goût pour telle ou telle série indissociable sans doute de l'attention portée à la musique. J'en veux pour preuve mon attachement à Grey's Anatomy, qui n'est pas la meilleure série du monde mais est tout de même une série dont je raffole depuis huit ans, m'apprêtant à rentrer dans la neuvième saison déjà. Pourtant j'ai bien des reproches à adresser à la série de Shonda Rhimes : ça finit par tourner en rond, l'héroïne est quand même l'un des points les plus faiblards, etc... A la vue du tracklisting des différents épisodes, ca ne m'est pas difficile de comprendre pourquoi je reste un fan de la série médicale tant les chansons semblent avoir été rassemblées par un fan obsessionnel de musique. En regardant Grey's Anatomy, j'ai découvert des artistes que je ne connaissais pas comme Psapp qui a composé le générique.
Psapp - Cosy in the rocket by www.drago.mobi
Mais aussi Kate Havnevik. Kate Havnevik est l'artiste qui représente le mieux l'univers musical de Grey's Anatomy. On retrouve pas moins de 8 de ses chansons au générique de différents épisodes, ce qui est énorme, considérant que Kate Havnevik n'a sorti à ce jour que deux albums ! Mais ce n'est pas seulement le fait d'avoir déniché cette artiste norvégienne inconnue jusqu'alors que j'admire mais l'utilisation qui est faite de sa musique. Dans l'extrait du neuvième épisode de la troisième saison qui suit, on a l'impression que c'est la musique (qui apparaît à 45" du début) qui conduit tout le reste.
De manière plus évidente, dans l'épisode chanté de Grey's Anatomy (18ème épisode de la 7ème saison pour les documentalistes), c'est un autre titre de Kate Havnevik, Grace, que reprend Sara Ramirez qui interprète le personnage de Calie dans la série
La musique dans cette série et dans les séries en général participent à l'émotion qu'elle (la série, pas la musique, vous suivez ?) me procure. Le top du top, dans ce mariage de la musique, des images et des émotions restant pour moi l'utilisation de Breathe Me de Sia sur le final de Six Feet Under, où l'on voit mourir un à un les personnages de la série dans une scène de flash forward magistralement exécutée et ô combien poignante (je me souviens avoir pleuré tout du long quand je l'ai vue la première fois, puis une heure durant après visionnage et ai encore les larmes qui montent aux yeux quand je la vois maintenant).
Une chanson bien choisie me met en quelques secondes dans l'ambiance dans la série. Par exemple, je suis tout de suite sous tension avec le générique de Damages, When I Am Through signé The VLA avec ses paroles répétées adnauséum : "When I am through with you / There won't be anything left (Quand j'en aurais fini avec toi / Il ne restera plus rien)"
Mieux encore, j'ai découvert récemment l'excellente série suédo-danoise The Bridge (Bron/Broën en VO) et le générique m'a non seulement instantanément mis dans l'ambiance, mais m'a fait m'accrocher à la série (il fallait avoir envie quand même de la regarder, comme ce fut mon cas, en suédois et danois, le tout sous titré en anglais !) et j'ai, bien sûr, immédiatement voulu savoir qui chantait et découvert du même coup Choir of Young Believers, artiste danois dont la chanson s'intitule Hollow Talk.
Mais revenons en au dernier épisode de Weeds. Dans un flash forward là encore mais qui dure cette fois tout l'épisode, on se retrouve avec les personnages plus d'une dizaine d'années plus tard et on les découvre cabossés par la vie, finalement plus très beaux à voir, et l'on en veut à la scénariste Jenji Kohan de tirer ainsi sa révérence aux personnages qui l'ont fait pourtant connaître des téléspectateurs, et auxquels, du même coup, elle devait me semble-t-il, un peu plus de respect, ou tout du moins, une fin moins en eau de boudin que celle-ci rythmée par le plutôt moyen, à mon goût, With Arms Outstretched de Rilo Kiley, inconnue à mon bataillon et qui le restera, du coup, jusqu'à prochain ordre (et, oui, d'accord, ma phrase était un peu longue).
On sent bien l'effet recherché, façon, justement, Six Feet Under. Mais quand Alan Ball clôt Six Feet Under, au moins a-t-il la décence de tuer (au sens propre comme figurer) dignement tous ses personnages. Ce n'est pas la première fois qu'un auteur fait du mal à des personnages que j'aime : j'avais eu la même impression en lisant Les chroniques de San Franciso d'Armistead Maupin ou Les chroniques du plateau Mont Royal de Michel Tremblay. Si comme l'écrit Martin Winckler dans son livre qu'il consacre aux séries (américaines), celle-ci sont "les miroirs de la vie", pourquoi nous présenter ce sale reflet de nous mêmes ? J'imagine qu'à la manière du chanteur qui chante depuis des années la même chanson parce que c'est son seul tube, la chanson que lui demande son public, l'auteur finit par se lasser de ce qui a fait son succès. Par exemple, si The Rembrandts existent toujours aujourd'hui, m'est avis qu'ils doivent en avoir sacrément marre de chanter I'll be there for you.
jeudi 4 octobre 2012
(Se) Reprendre
Le problème, je m'en rends bien compte au fur et à mesure que les jours passent, c'est de savoir pour qui j'écris. Enfin plutôt de me rappeler pourquoi j'écris ; c'est à dire autant pour moi que pour toi, lecteur anonyme ou non, mais lecteur quand même qui fait qu'aujourd'hui, j'ai tendance à choisir mes sujets en fonction de ce que je vais bien pouvoir avoir à raconter dessus, de la façon dont je vais le faire ou comment mon introduction va m'amener à ma conclusion. Pourtant, le plus intéressant, je l'ai déjà formulé d'une manière ou d'une autre, c'est ce rapport intime et particulier que j'entretiens avec la musique ; c'est uniquement dans l'exploration de cet aspect très personnel que j'arriverais à t'intéresser, ô lecteur, et non en recherchant le mot qui va faire mouche. En même temps, je viens de passer, on va pas dire quelques minutes mais quelques secondes à trouver "et non en recherchant le mot qui va faire mouche" et j'étais assez content de moi après l'avoir trouvé car il résumait bien ma pensée. Que tu as sans doute du mal, ami lecteur, à trouver clair ce matin ; logique, je suis parti dans ce papier bille en tête, sans même savoir de quoi j'allais parler puisque, précisément, j'avais envie de parler de trop de choses à la fois et que tout ça se bouscule à présent sur les touches de mon clavier.
Ceci étant posé, je vais finalement repartir sur le sujet des reprises pour la simple et bonne raison qu'il me permet de placer le titre de ce post et que c'est exactement ce qu'il faut que je fasse à ce moment précis de ce post. Me reprendre donc. Il y a trois ans, débarquait LaRoux avec son premier album. A priori, LaRoux avait tout pour me plaire puisqu'elle reprenait tous les codes des années 80 revendiquant l'influence de Human League, OMD, Eurythmics, Depeche Mode, Erasure sur sa musique électronique. J'aurais du donc immédiatement tombé sous le charme de Bulletproof, par exemple.
Eh ben non. Je ne dis pas que ça ne m'avait pas plu l'espace des trois minutes que dure la chanson mais, très vite, je trouvais ça léger. Je trouvais les claviers trop "cheap", limite caricaturaux par rapport à ceux auxquels ils se référaient et la voix de LaRoux, aussi agressive à mes oreilles que son maquillage ; j'avais du mal à voir revenir le fluo. Plus que tout et avant même de découvrir (pas plus tard que... ce matin!) dans la note biographique de LaRoux qu'il s'agit non pas d'une chanteuse, mais d'un duo, LaRoux me faisait par trop penser à une autre de leurs références : Yazoo. Yazoo en moins bien, évidemment. En deux albums, Yazoo a réussi une carrière exemplaire. Les synthés sont peut-être les mêmes mais la voix, putain, la voix ! Alison Moyet, merde ! L'Adèle de son temps, si voulez mon avis.
Entre parenthèses, les plus attentifs d'entre vous auront vu que le texte en incrustation annonce Nobody's Diary par Yaz et non Yazoo, ce qui veut dire que c'est une vidéo américaine, Yazoo ayant été obligé de se débaptiser aux US où un autre groupe portait déjà son nom. Entre nouvelles parenthèses, vous aurez aussi remarqué que j'ai préféré Nobody's diary à Don't go, le deuxième album de Yazoo, You and me both, étant à mes yeux et surtout mes oreilles le meilleur. C'est d'ailleurs dingue, pour ouvrir une troisième parenthèse, d'avoir ainsi appelé l'album : You and me both donc, soit Toi et Moi Ensemble avec, sur la pochette, deux Dalmatiens en train de se livrer à ce qui ressemble à une bataille à mort, ambiance lourde confirmée par le fait que sur l'album, Alison Moyet et Vince Clarke, signait à tour de rôle de chacune des chansons sans qu'une seule fois leurs noms n'apparaissent ensemble, le tout finissant, comme on le sait (et si vous ne savez pas je vous l'apprends) par la séparation du duo. Fermez les parenthèses. Mon histoire avec LaRoux aurait pu donc s'en tenir aux affaires classées. Mais il y a trois ans également, le Web a été envahi par cette version de Lou Barlow. Lou Barlow est un musicien américain à des lieues de LaRoux, non seulement géographiquement, mais surtout, bien sûr, par son registre musical puisqu'il fut membre de Dinosaur Jr. et Sebadoh, qui, pour le dire vite, ne manquent pas de faire beaucoup de bruit avec des grosses guitares. Mais Lou Barlow sait aussi débrancher sa guitare, la preuve :
Me devais-je donc de revoir mon jugement sur LaRoux après cette interprétation qui m'a littéralement scotché et m'a fait voir à quelle point "this song is great" comme le dit lui même Lou. D'autant que peu de temps après je tombais sur cette petite ritournelle qui sut plus d'une fois me faire taper du pied (et c'est encore le cas aujourd'hui) signé d'un petit groupe électro de Boston, Yes Giantess, qui pour remercier LaRoux, qui leur avait laissé faire leur première partie lors de leur tournée américaine, reprenait I'm not your toy.
Yes Giantess - I'm not your toy by Cestunevie.com
Mieux encore, Miike Snow, que je vénérais alors à l'aune de ce qui reste l'un des meilleurs albums de ces dernières années, reprenait à son tour en live In for the kill, autre chanson de LaRoux, avec le même effet de séduction.
Me suis-je donc totalement trompé sur LaRoux ? Plus ou moins, dans les plus, on mettra que je suis passé à côté de chansons quand même sacrément bien écrite dont heureusement des fans, comme je l'expliquais ici, ont su me montrer la beauté. Je pense aussi avoir agi en vieux con et c'est là que je vois que je n'ai plus 16 ans : si je commence à m'embarquer dans le c'était mieux avant, ou, ça a déjà été fait avant, ce n'est plus la peine de continuer d'écouter de la musique car ça fait un moment, finalement, qu'on n'invente plus grand chose (mais est-ce que c'est déjà pas un peu "vieux con" d'écrire ça ?). Je veux dire que si j'avais eu l'innocence de mes 16 ans en découvrant LaRoux, j'aurais sans doute trouvé ça génial et peu me serait importé qu'un autre groupe eut fait exactement la même chose près de trente ans plus tôt. En mieux. Ben oui, permettez moi de persister quand même dans ma (vieille?) connerie. Parce que bon, d'accord, LaRoux écrit de très bonnes chansons mais Elly Jackson, c'est le nom de la chanteuse de LaRoux n'a pas une voix, comment dirais-je, amicale. On dirait qu'elle aboie, ou pire, qu'elle va mordre quand elle chante. Prenez la même chanson, Bulletproof, enlevez la voix et remplacez la par celle d'un morveux qui vient de découvrir le Tune In ou tout autre logiciel qui permet de chanter juste à n'importe quel crétin. (car, ne vous y trompez pas, Curtis Drew, dont vous trouverez l'interprétation de cette chanson ici, n'est pas un grand chanteur mais simplement un ado d'aujourd'hui obsédé par son image, Katy Perry et/ou Mariah Carey et qui passe son temps à poster des vidéos sur le Web) et vous obtenez une chanson autrement plus audible. Bon, OK : une chanson autrement plus audible pour moi. Mais je vous l'ai dit dès le départ que je parlais de moi, non ?
Ceci étant posé, je vais finalement repartir sur le sujet des reprises pour la simple et bonne raison qu'il me permet de placer le titre de ce post et que c'est exactement ce qu'il faut que je fasse à ce moment précis de ce post. Me reprendre donc. Il y a trois ans, débarquait LaRoux avec son premier album. A priori, LaRoux avait tout pour me plaire puisqu'elle reprenait tous les codes des années 80 revendiquant l'influence de Human League, OMD, Eurythmics, Depeche Mode, Erasure sur sa musique électronique. J'aurais du donc immédiatement tombé sous le charme de Bulletproof, par exemple.
Eh ben non. Je ne dis pas que ça ne m'avait pas plu l'espace des trois minutes que dure la chanson mais, très vite, je trouvais ça léger. Je trouvais les claviers trop "cheap", limite caricaturaux par rapport à ceux auxquels ils se référaient et la voix de LaRoux, aussi agressive à mes oreilles que son maquillage ; j'avais du mal à voir revenir le fluo. Plus que tout et avant même de découvrir (pas plus tard que... ce matin!) dans la note biographique de LaRoux qu'il s'agit non pas d'une chanteuse, mais d'un duo, LaRoux me faisait par trop penser à une autre de leurs références : Yazoo. Yazoo en moins bien, évidemment. En deux albums, Yazoo a réussi une carrière exemplaire. Les synthés sont peut-être les mêmes mais la voix, putain, la voix ! Alison Moyet, merde ! L'Adèle de son temps, si voulez mon avis.
Entre parenthèses, les plus attentifs d'entre vous auront vu que le texte en incrustation annonce Nobody's Diary par Yaz et non Yazoo, ce qui veut dire que c'est une vidéo américaine, Yazoo ayant été obligé de se débaptiser aux US où un autre groupe portait déjà son nom. Entre nouvelles parenthèses, vous aurez aussi remarqué que j'ai préféré Nobody's diary à Don't go, le deuxième album de Yazoo, You and me both, étant à mes yeux et surtout mes oreilles le meilleur. C'est d'ailleurs dingue, pour ouvrir une troisième parenthèse, d'avoir ainsi appelé l'album : You and me both donc, soit Toi et Moi Ensemble avec, sur la pochette, deux Dalmatiens en train de se livrer à ce qui ressemble à une bataille à mort, ambiance lourde confirmée par le fait que sur l'album, Alison Moyet et Vince Clarke, signait à tour de rôle de chacune des chansons sans qu'une seule fois leurs noms n'apparaissent ensemble, le tout finissant, comme on le sait (et si vous ne savez pas je vous l'apprends) par la séparation du duo. Fermez les parenthèses. Mon histoire avec LaRoux aurait pu donc s'en tenir aux affaires classées. Mais il y a trois ans également, le Web a été envahi par cette version de Lou Barlow. Lou Barlow est un musicien américain à des lieues de LaRoux, non seulement géographiquement, mais surtout, bien sûr, par son registre musical puisqu'il fut membre de Dinosaur Jr. et Sebadoh, qui, pour le dire vite, ne manquent pas de faire beaucoup de bruit avec des grosses guitares. Mais Lou Barlow sait aussi débrancher sa guitare, la preuve :
Me devais-je donc de revoir mon jugement sur LaRoux après cette interprétation qui m'a littéralement scotché et m'a fait voir à quelle point "this song is great" comme le dit lui même Lou. D'autant que peu de temps après je tombais sur cette petite ritournelle qui sut plus d'une fois me faire taper du pied (et c'est encore le cas aujourd'hui) signé d'un petit groupe électro de Boston, Yes Giantess, qui pour remercier LaRoux, qui leur avait laissé faire leur première partie lors de leur tournée américaine, reprenait I'm not your toy.
Yes Giantess - I'm not your toy by Cestunevie.com
Mieux encore, Miike Snow, que je vénérais alors à l'aune de ce qui reste l'un des meilleurs albums de ces dernières années, reprenait à son tour en live In for the kill, autre chanson de LaRoux, avec le même effet de séduction.
Me suis-je donc totalement trompé sur LaRoux ? Plus ou moins, dans les plus, on mettra que je suis passé à côté de chansons quand même sacrément bien écrite dont heureusement des fans, comme je l'expliquais ici, ont su me montrer la beauté. Je pense aussi avoir agi en vieux con et c'est là que je vois que je n'ai plus 16 ans : si je commence à m'embarquer dans le c'était mieux avant, ou, ça a déjà été fait avant, ce n'est plus la peine de continuer d'écouter de la musique car ça fait un moment, finalement, qu'on n'invente plus grand chose (mais est-ce que c'est déjà pas un peu "vieux con" d'écrire ça ?). Je veux dire que si j'avais eu l'innocence de mes 16 ans en découvrant LaRoux, j'aurais sans doute trouvé ça génial et peu me serait importé qu'un autre groupe eut fait exactement la même chose près de trente ans plus tôt. En mieux. Ben oui, permettez moi de persister quand même dans ma (vieille?) connerie. Parce que bon, d'accord, LaRoux écrit de très bonnes chansons mais Elly Jackson, c'est le nom de la chanteuse de LaRoux n'a pas une voix, comment dirais-je, amicale. On dirait qu'elle aboie, ou pire, qu'elle va mordre quand elle chante. Prenez la même chanson, Bulletproof, enlevez la voix et remplacez la par celle d'un morveux qui vient de découvrir le Tune In ou tout autre logiciel qui permet de chanter juste à n'importe quel crétin. (car, ne vous y trompez pas, Curtis Drew, dont vous trouverez l'interprétation de cette chanson ici, n'est pas un grand chanteur mais simplement un ado d'aujourd'hui obsédé par son image, Katy Perry et/ou Mariah Carey et qui passe son temps à poster des vidéos sur le Web) et vous obtenez une chanson autrement plus audible. Bon, OK : une chanson autrement plus audible pour moi. Mais je vous l'ai dit dès le départ que je parlais de moi, non ?
mercredi 3 octobre 2012
D'époque
Il y a quelques semaines de ça, je suis tombé en arrêt devant une chanson que diffusait Nova. Enfin, pour être précis, je finissais par tomber en arrêt. Dès les premières notes, dès les premières intonations, j'avais reconnu Mathieu Boogaerts. Pas que je sois un grand fan, mais le monsieur a un style si caractéristique qu'il est difficile de passer à côté. Pour tout dire, j'ai découvert, comme beaucoup, Mathieu Boogaerts en 1995 avec Ondulé, et c'était très cool, en 1995, d'écouter Mathieu Boogaerts.
Puis, Mathieu Boogaerts a continué... à faire du Mathieu Boogaerts. Et c'est devenu moins cool d'écouter Mathieu Boogaerts. Enfin, on n'en avait plus envie, on était passé à autre chose. Rejetant aux gémonies, au mieux à l'indifférence, un chanteur que nous avions pourtant aimé. Un temps. Alors qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, cette "nouvelle" chanson de Mathieu Boogaerts m'interpelle au point que j'ai téléchargé ce matin son nouvel album ?
Mais le plus étrange dans tout ça, c'est qu'il n'y a pas que moi qui ait un soudain regain d'interêt pour Mathieu Boogaerts. Déjà, ça faisait un moment que Nova ne le programmait plus avant Avant que je m'ennuie. Et puis il y a eu deux pages d'abord lundi dans Libération, avec critique élogieuse, un adjectif qu'on peut reprendre pour la critique de Télérama, publiée aujourd'hui, avec une note maximale de 4 clés. Ca m'embête d'être d'accord avec Valérie Lehoux qui signe l'article de Télérama. Ca m'énerve même tant je déteste Valérie Lehoux et son goût régulier pour une chanson française (elle en est la spécialiste) encore trop naphtalinée par l'importance qu'elle (Valérie comme la Chanson) accorde au texte. D'ailleurs, ça ne loupe pas, dans son article, Valérie appuie sur les textes. Seulement voilà, à part deux trois mots, je ne sais absolument pas de quoi parle Mathieu Boogaerts dans Avant que je m'ennuie. Mon inconscient le sait sans doute, mais mon attention consciente ne se porte que sur des lignes mélodiques portées par des mots. Si les mots ne "sonnent" pas, je n'entendrais pas les mots. Après il y a sans doute adéquation entre les mots et le sentiment que laisse la chanson après l'avoir écoutée, mais ça, c'est une autre histoire sur laquelle - le sujet est vaste - je reviendrais encore et encore. Mais pour l'instant pourquoi Mathieu ? Car, comme l'écrit Valérie Lehoux le comparant à M avec qui il a commencé, Mathieu Boogaerts "suit sa route sans les paillettes, mais avec une impeccable rigueur" et il "est mûr aujourd'hui pour imposer à tous son délicieux petit chant". Et c'est vrai qu'on reconnaît presque le même homme entre Ondulé et Avant que je m'ennuie, le premier étant sans doute plus joyeux, et le second plus joyeusement désabusé. Tout ça ne nous dit pas pourquoi l'on s'intéresse à nouveau à Mathieu Boogaerts. Et, au cas où vous diriez que tout ça n'est qu'un truc de journalistes un brin perchés, sachez que Boogaerts a écrit 6 chansons pour le prochain album de Vanessa Paradis, celle-ci en ayant retenu... 5! Le son Boogaerts est redevenu in, ce qu'annonçait déjà le Moi c'est de Camelia Jordana, où l'on reconnaissait immédiatement son style, son écriture, cette manière justement de faire sonner des mots.
Si je trouve fascinant que Mathieu Boogaerts arrive à nouveau à être dans le coup, c'est précisément qu'il n'a pas changé de route et qu'il apparaît naturellement aujourd'hui, à tout le monde, d'une grande pertinence. Oui, car pour en arriver là, d'autres se choisissent des arguments plus fashion. Prenez Bobby Womack ; si son retour est réussi, c'est parce que c'est Damon Albarn qui produit. Et si ce dernier a la bonne idée de faire chanter la pourtant très, voire trop entendue mais terriblement hype Lana Del Rey sur la plus belle chanson de l'album, évidemment, ça va le faire.
Mais pourquoi ça le fait aussi pour Mathieu Boogaerts sans avoir besoin d'en passer par là ? Que Dan Croll, surgi de nulle part (de Liverpool en fait mais de nulle part, ça fait quand même mieux, d'autant que son premier single s'appelle From Nowhere), soit pertinent en 2012 va finalement plus de soi : il a trouvé le son qui va bien en 2012 parce qu'il fait partie des jeunes pousses de cette année. Il a le bon son, le bon look, à savoir un no look - tshirt sombre et jean - où brille seulement le choix de ses lunettes de bigleux, aussi polies que sa coupe, le situant de facto entre Où est Charlie (Waldo en VO) et Harry Potter. Il a aussi ce détachement poli, se remuant gentiment, et son tambourin itou, alors que, avouez-le, il est en train de larguer une bombinette pop qui aurait le droit de le rendre autrement plus euphorique (à l'image de ses musiciens qui, eux, ne s'en privent pas).
A peu près pour les mêmes raisons, on peut en dire autant de Sohn, un Londonien qui vit aujourd'hui en Autriche, et dont la musique ne pouvait avoir été faite que cette année - cette façon un peu rnb, un peu dubstep, un peu tout ça des sons qu'il tire de son clavier sans doute. A l'instar de Dan Croll, le single de Sohn The wheel est totalement dans son époque.
Mais d'une curieuse façon, Mathieu Boogaerts réussit donc lui aussi à s'inscrire avec pertinence dans notre époque. A nouveau. Et moi de m'étonner, pour reprendre une image jardinière, sur l'étonnante floraison de cette plante qui ne donnait plus rien, ou qu'on avait oublié dans un coin du jardin. Ce n'est pas une première ; on a déjà vu des come backs similaires de chanteurs, mais aussi d'auteurs, de réalisateurs, de peintres, bref d'artistes qui n'avaient pourtant pas dévié de leur ligne de conduite. Si je m'interroge sur le pourquoi de la chose, je pense que je n'obtiendrais pas de réponse factuelle convaincante. Ce serait comme s'interroger sur l'alchimie à la base d'une histoire d'amour bien qu'il est ici non pas question d'allumer, mais, de rallumer la flamme.
Puis, Mathieu Boogaerts a continué... à faire du Mathieu Boogaerts. Et c'est devenu moins cool d'écouter Mathieu Boogaerts. Enfin, on n'en avait plus envie, on était passé à autre chose. Rejetant aux gémonies, au mieux à l'indifférence, un chanteur que nous avions pourtant aimé. Un temps. Alors qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, cette "nouvelle" chanson de Mathieu Boogaerts m'interpelle au point que j'ai téléchargé ce matin son nouvel album ?
Mais le plus étrange dans tout ça, c'est qu'il n'y a pas que moi qui ait un soudain regain d'interêt pour Mathieu Boogaerts. Déjà, ça faisait un moment que Nova ne le programmait plus avant Avant que je m'ennuie. Et puis il y a eu deux pages d'abord lundi dans Libération, avec critique élogieuse, un adjectif qu'on peut reprendre pour la critique de Télérama, publiée aujourd'hui, avec une note maximale de 4 clés. Ca m'embête d'être d'accord avec Valérie Lehoux qui signe l'article de Télérama. Ca m'énerve même tant je déteste Valérie Lehoux et son goût régulier pour une chanson française (elle en est la spécialiste) encore trop naphtalinée par l'importance qu'elle (Valérie comme la Chanson) accorde au texte. D'ailleurs, ça ne loupe pas, dans son article, Valérie appuie sur les textes. Seulement voilà, à part deux trois mots, je ne sais absolument pas de quoi parle Mathieu Boogaerts dans Avant que je m'ennuie. Mon inconscient le sait sans doute, mais mon attention consciente ne se porte que sur des lignes mélodiques portées par des mots. Si les mots ne "sonnent" pas, je n'entendrais pas les mots. Après il y a sans doute adéquation entre les mots et le sentiment que laisse la chanson après l'avoir écoutée, mais ça, c'est une autre histoire sur laquelle - le sujet est vaste - je reviendrais encore et encore. Mais pour l'instant pourquoi Mathieu ? Car, comme l'écrit Valérie Lehoux le comparant à M avec qui il a commencé, Mathieu Boogaerts "suit sa route sans les paillettes, mais avec une impeccable rigueur" et il "est mûr aujourd'hui pour imposer à tous son délicieux petit chant". Et c'est vrai qu'on reconnaît presque le même homme entre Ondulé et Avant que je m'ennuie, le premier étant sans doute plus joyeux, et le second plus joyeusement désabusé. Tout ça ne nous dit pas pourquoi l'on s'intéresse à nouveau à Mathieu Boogaerts. Et, au cas où vous diriez que tout ça n'est qu'un truc de journalistes un brin perchés, sachez que Boogaerts a écrit 6 chansons pour le prochain album de Vanessa Paradis, celle-ci en ayant retenu... 5! Le son Boogaerts est redevenu in, ce qu'annonçait déjà le Moi c'est de Camelia Jordana, où l'on reconnaissait immédiatement son style, son écriture, cette manière justement de faire sonner des mots.
Si je trouve fascinant que Mathieu Boogaerts arrive à nouveau à être dans le coup, c'est précisément qu'il n'a pas changé de route et qu'il apparaît naturellement aujourd'hui, à tout le monde, d'une grande pertinence. Oui, car pour en arriver là, d'autres se choisissent des arguments plus fashion. Prenez Bobby Womack ; si son retour est réussi, c'est parce que c'est Damon Albarn qui produit. Et si ce dernier a la bonne idée de faire chanter la pourtant très, voire trop entendue mais terriblement hype Lana Del Rey sur la plus belle chanson de l'album, évidemment, ça va le faire.
Mais pourquoi ça le fait aussi pour Mathieu Boogaerts sans avoir besoin d'en passer par là ? Que Dan Croll, surgi de nulle part (de Liverpool en fait mais de nulle part, ça fait quand même mieux, d'autant que son premier single s'appelle From Nowhere), soit pertinent en 2012 va finalement plus de soi : il a trouvé le son qui va bien en 2012 parce qu'il fait partie des jeunes pousses de cette année. Il a le bon son, le bon look, à savoir un no look - tshirt sombre et jean - où brille seulement le choix de ses lunettes de bigleux, aussi polies que sa coupe, le situant de facto entre Où est Charlie (Waldo en VO) et Harry Potter. Il a aussi ce détachement poli, se remuant gentiment, et son tambourin itou, alors que, avouez-le, il est en train de larguer une bombinette pop qui aurait le droit de le rendre autrement plus euphorique (à l'image de ses musiciens qui, eux, ne s'en privent pas).
A peu près pour les mêmes raisons, on peut en dire autant de Sohn, un Londonien qui vit aujourd'hui en Autriche, et dont la musique ne pouvait avoir été faite que cette année - cette façon un peu rnb, un peu dubstep, un peu tout ça des sons qu'il tire de son clavier sans doute. A l'instar de Dan Croll, le single de Sohn The wheel est totalement dans son époque.
Mais d'une curieuse façon, Mathieu Boogaerts réussit donc lui aussi à s'inscrire avec pertinence dans notre époque. A nouveau. Et moi de m'étonner, pour reprendre une image jardinière, sur l'étonnante floraison de cette plante qui ne donnait plus rien, ou qu'on avait oublié dans un coin du jardin. Ce n'est pas une première ; on a déjà vu des come backs similaires de chanteurs, mais aussi d'auteurs, de réalisateurs, de peintres, bref d'artistes qui n'avaient pourtant pas dévié de leur ligne de conduite. Si je m'interroge sur le pourquoi de la chose, je pense que je n'obtiendrais pas de réponse factuelle convaincante. Ce serait comme s'interroger sur l'alchimie à la base d'une histoire d'amour bien qu'il est ici non pas question d'allumer, mais, de rallumer la flamme.
mardi 2 octobre 2012
Reprise
Ceci n'est sans doute que le premier post d'une longue série tant, comme d'autres mélomanes, je suis fasciné par les reprises, rangées sous la seule appellation "cover" dans ma discothèque. Attention, pour être étiquetée "cover", il faut bien sûr que l'original soit identifiable sous ses nouveaux atours ; je veux dire par là que si un artiste enregistre une version d'une chanson qu'on ne connaît pas, on aura bien du mal à l'étiqueter "reprise". Ce sera la nouvelle chanson de Truc et non pas la chanson de Machin reprise par Truc. Remplaçons les Machin et Truc pour que tout cela vous parle d'avantage : en 1981, un duo anglais a la bonne (ou mauvaise - ça dépend de quel point de vue on se place) idée de reprendre la face B d'un single sorti en 1964, single qui n'était rentré dans les charts ni en Grande Bretagne, ni aux Etats Unis, signé d'une certaine Gloria Jones, dont l'heure de gloire n'allait arriver qu'une décennie plus tard, et encore, par personne interposée, puisqu'elle fut la petite amie de Marc Bolan de T-Rex jusqu'à sa mort en 1977. Récemment, au cours d'une lecture aléatoire de ma discothèque, mon copain a découvert la chanson, ignorant qu'il s'agissait de l'original et pensant, comme beaucoup sans doute, qu'il s'agissait d'une reprise. Dans l'ordre, ci-dessous, on trouve donc, pour ceux qui ne le savent pas encore, l'original de Gloria Jones, PUIS la reprise, et non le contraire.
A part le clip (sic ou sick à l'anglaise d'ailleurs), ce que je trouve très triste concernant Soft Cell (et c'est là où reprendre un morceau inconnu n'était peut-être pas une si bonne idée que ça), c'est que tout le monde, je dis bien TOUT LE MONDE les prend pour les créateurs de Tainted love. Leur chanson la plus connue, voire leur seule chanson connue (en tout cas, dans le monde), c'est Tainted love au point où, quand on la voit chanter à la Nouvelle Star ou The Voice, personne ne s'étonne de voir inscrit leur nom à côté de la chanson. Le problème, outre que les droits d'auteur ne sont pas allés dans leurs poches mais dans celles d'Ed Cobb, c'est que Tainted love a totalement éclipsé le reste de la carrière de Soft Cell et leurs talents (à Marc Almond, le chanteur, comme à Dave Ball, son comparse aux claviers) pourtant immenses d'auteur/compositeur. Soft Cell reste pour moi l'un des très, très grand groupe des années 80, voire le meilleur. Et c'est pourquoi, je suis très reconnaissant à David Gray, d'avoir à son tour repris une chanson de Soft Cell sur son album White ladder, dans ce qui est l'une des techniques les plus communes de la reprise : le dépouillement. Prenez donc l'original, que je trouve déjà magnifique, mais que vous allez sans doute trouver daté avec ses claviers vintage, et cette façon très cabaret qu'avait Marc Almond de chanter qui, je le sais, peut en irriter plus d'un (sans compter qu'on dirait un peu Dustin Hoffman dans Tootsie, question look).
Maintenant donc, enlevez tout le décorum. Reprenez la substantifique moelle de la chanson, texte et mélodie, et, pour ça, vous n'aurez besoin que d'une guitare et d'une voix : celles de David Gray.
D'un seul coup, la chanson devient sublime. Oui mais non, vous répondrais-je, la chanson étant sublime à la base, pour moi. C'est peut-être ça d'ailleurs, le secret d'une reprise réussie : que l'artiste vous fasse découvrir la beauté d'une chanson, ou, tout du moins, la beauté qu'il y a découverte. Car je ne pense pas qu'on puisse reprendre une chanson sans en être fan à la base. Fan, mais pas trop, car après, vous risquez le sacrilège : toucher l'intouchable, la chanson parfaite. C'est du moins la théorie que j'avais sur la question jusqu'à ce que Théo Bleckmann, jazzman gay allemand installé à New York, commette "l'irréparable" : faire un album entier de chansons de Kate Bush dont j'ai déjà dit ici l'importance à mes yeux. Eh bien, même si je ne suis pas un grand amateur de jazz, je trouve l'album plutôt réussi et, mieux, la reprise de Running up that hill, monument de la dame, hautement recommandable dans la version de monsieur (on pourrait croire, à nouveau qu'il s'agit d'une version dépouillée mais à 4'30'', tout change).
Alors c'est quoi une bonne reprise ? Sans doute un truc qui fait vivre un peu les deux artistes en même temps, un truc où chacun peut trouver sa place, façon "moi, je chante et je fais les arrangements, toi, tu écris et tu composes". Un donnant donnant où la nostalgie du souvenir (l'original) le dispute à l'attrait de l'inconnu (la reprise), si vous voyez ce que je veux dire. Ou alors une séance réussie de relooking. Enfin, à vos yeux, évidemment. Bon, je sens qu'il faut encore que je m'explique ; vous avez tous vu une de ces émissions de relooking où l'on prend une personne mal fagotée, où on l'envoie chez le coiffeur, le maquilleur et le styliste, pour la redécouvrir, splendide à la fin. C'est la même personne mais c'est aussi une autre. Il arrive toutefois que vous ne soyez pas d'accord avec Cristina Cordula, et que, non, ma chérie, le résultat n'est pas "magnifaïk". Je sais très bien, par exemple, ce que certains d'entre vous penseront de la reprise de Rolling in the deep d'Adele par Mike Posner, présenté comme le nouveau Justin Timberlake. C'est un peu comme si on enlevait la belle robe de soirée noire d'une très belle dame soul pour lui mettre une mini jupe, des talons hauts et des trucs clinquants : et alors ? J'ai quand même le droit de la trouver plus fun comme ça, d'autant que Mike Posner a la bonne idée de sampler la voix d'Adele (il n'est pas à la hauteur, et il le sait très bien) pour les moments de bravoure de sa reprise.
Evidemment, tout cela a débuté par une reprise que j'ai entendue ces jours-ci et que je ne sais plus très bien comment amener à ce moment de la conversation si ce n'est, précisément, en disant qu'elle est à la base de cette conversation. Chet Faker est un Australien qui, outre le fait qu'il ait trouvé l'un des meilleurs noms de scène qu'il m'ait été de découvrir ces dernières année, a sorti un premier EP plutôt pas mal. Le problème, c'est que le meilleur morceau est une reprise du groupe Blackstreet dont je vous épargne l'original tant celui-ci est éloigné de ce que j'écoute d'habitude. Pas un mauvais morceau (Radio Nova en a fait un de ses classiques) mais morceau soul et rap, genres qui ne rencontrent chez moi qu'un écho limité. Chet Faker a agi sur la chanson avec une autre technique connue en matière de reprise : le décalage. Soit donc une chanson qui appartient à un univers et que l'on fait pénétrer dans un autre. Le sien en l'occurence. En espérant qu'en faisant pénétrer cet chanson dans son univers, elle ne finisse pas par bouffer tout l'espace de Chet Faker. Vu l'engouement qu'elle provoque sur le Web (et chez moi en particulier), c'est plutôt mal barré.
A part le clip (sic ou sick à l'anglaise d'ailleurs), ce que je trouve très triste concernant Soft Cell (et c'est là où reprendre un morceau inconnu n'était peut-être pas une si bonne idée que ça), c'est que tout le monde, je dis bien TOUT LE MONDE les prend pour les créateurs de Tainted love. Leur chanson la plus connue, voire leur seule chanson connue (en tout cas, dans le monde), c'est Tainted love au point où, quand on la voit chanter à la Nouvelle Star ou The Voice, personne ne s'étonne de voir inscrit leur nom à côté de la chanson. Le problème, outre que les droits d'auteur ne sont pas allés dans leurs poches mais dans celles d'Ed Cobb, c'est que Tainted love a totalement éclipsé le reste de la carrière de Soft Cell et leurs talents (à Marc Almond, le chanteur, comme à Dave Ball, son comparse aux claviers) pourtant immenses d'auteur/compositeur. Soft Cell reste pour moi l'un des très, très grand groupe des années 80, voire le meilleur. Et c'est pourquoi, je suis très reconnaissant à David Gray, d'avoir à son tour repris une chanson de Soft Cell sur son album White ladder, dans ce qui est l'une des techniques les plus communes de la reprise : le dépouillement. Prenez donc l'original, que je trouve déjà magnifique, mais que vous allez sans doute trouver daté avec ses claviers vintage, et cette façon très cabaret qu'avait Marc Almond de chanter qui, je le sais, peut en irriter plus d'un (sans compter qu'on dirait un peu Dustin Hoffman dans Tootsie, question look).
Maintenant donc, enlevez tout le décorum. Reprenez la substantifique moelle de la chanson, texte et mélodie, et, pour ça, vous n'aurez besoin que d'une guitare et d'une voix : celles de David Gray.
D'un seul coup, la chanson devient sublime. Oui mais non, vous répondrais-je, la chanson étant sublime à la base, pour moi. C'est peut-être ça d'ailleurs, le secret d'une reprise réussie : que l'artiste vous fasse découvrir la beauté d'une chanson, ou, tout du moins, la beauté qu'il y a découverte. Car je ne pense pas qu'on puisse reprendre une chanson sans en être fan à la base. Fan, mais pas trop, car après, vous risquez le sacrilège : toucher l'intouchable, la chanson parfaite. C'est du moins la théorie que j'avais sur la question jusqu'à ce que Théo Bleckmann, jazzman gay allemand installé à New York, commette "l'irréparable" : faire un album entier de chansons de Kate Bush dont j'ai déjà dit ici l'importance à mes yeux. Eh bien, même si je ne suis pas un grand amateur de jazz, je trouve l'album plutôt réussi et, mieux, la reprise de Running up that hill, monument de la dame, hautement recommandable dans la version de monsieur (on pourrait croire, à nouveau qu'il s'agit d'une version dépouillée mais à 4'30'', tout change).
Alors c'est quoi une bonne reprise ? Sans doute un truc qui fait vivre un peu les deux artistes en même temps, un truc où chacun peut trouver sa place, façon "moi, je chante et je fais les arrangements, toi, tu écris et tu composes". Un donnant donnant où la nostalgie du souvenir (l'original) le dispute à l'attrait de l'inconnu (la reprise), si vous voyez ce que je veux dire. Ou alors une séance réussie de relooking. Enfin, à vos yeux, évidemment. Bon, je sens qu'il faut encore que je m'explique ; vous avez tous vu une de ces émissions de relooking où l'on prend une personne mal fagotée, où on l'envoie chez le coiffeur, le maquilleur et le styliste, pour la redécouvrir, splendide à la fin. C'est la même personne mais c'est aussi une autre. Il arrive toutefois que vous ne soyez pas d'accord avec Cristina Cordula, et que, non, ma chérie, le résultat n'est pas "magnifaïk". Je sais très bien, par exemple, ce que certains d'entre vous penseront de la reprise de Rolling in the deep d'Adele par Mike Posner, présenté comme le nouveau Justin Timberlake. C'est un peu comme si on enlevait la belle robe de soirée noire d'une très belle dame soul pour lui mettre une mini jupe, des talons hauts et des trucs clinquants : et alors ? J'ai quand même le droit de la trouver plus fun comme ça, d'autant que Mike Posner a la bonne idée de sampler la voix d'Adele (il n'est pas à la hauteur, et il le sait très bien) pour les moments de bravoure de sa reprise.
Evidemment, tout cela a débuté par une reprise que j'ai entendue ces jours-ci et que je ne sais plus très bien comment amener à ce moment de la conversation si ce n'est, précisément, en disant qu'elle est à la base de cette conversation. Chet Faker est un Australien qui, outre le fait qu'il ait trouvé l'un des meilleurs noms de scène qu'il m'ait été de découvrir ces dernières année, a sorti un premier EP plutôt pas mal. Le problème, c'est que le meilleur morceau est une reprise du groupe Blackstreet dont je vous épargne l'original tant celui-ci est éloigné de ce que j'écoute d'habitude. Pas un mauvais morceau (Radio Nova en a fait un de ses classiques) mais morceau soul et rap, genres qui ne rencontrent chez moi qu'un écho limité. Chet Faker a agi sur la chanson avec une autre technique connue en matière de reprise : le décalage. Soit donc une chanson qui appartient à un univers et que l'on fait pénétrer dans un autre. Le sien en l'occurence. En espérant qu'en faisant pénétrer cet chanson dans son univers, elle ne finisse pas par bouffer tout l'espace de Chet Faker. Vu l'engouement qu'elle provoque sur le Web (et chez moi en particulier), c'est plutôt mal barré.
lundi 1 octobre 2012
Masculin / Féminin
Après avoir quelque peu alourdi l'atmosphère ici, j'avais aujourd'hui envie d'être (beaucoup) plus léger. Et de me décider à vous parler de la chanson de "pouf", dont j'ai fait une catégorie de ma discothèque même si j'ai déjà dit ici tout le mal que je pensais des catégories mais bon, on n'est pas à une contradiction près, hein ? Pouf ne correspond pas à ce gros coussin sur lequel vous pouvez vous assoir car il va être question de danser. Non, Pouf, très gentiment (si, si, je vous assure qu'en l'occurence, c'est très gentiment) est un diminutif personnel de pouffiasse soit, selon le Robert, une "femme, fille que l'on trouve vulgaire ou ridicule". Ou les deux, serais-je tenté de rajouter. La chanson de pouf, c'est celle qui va faire se lever sur la piste de danse toutes les femmes/filles, avec sans doute un petit verre dans le nez mais pas encore tout à fait saoules, avec l'irrésistible envie de dandiner du popotin. A l'inverse du hard, musique qu'on présente, comme une musique testostéronée (une musique couillue, si vous préférez, mais ça revient au même), la chanson de pouf est une musique "oestrogénée". Evidemment, la chanson de pouf est mineur ; mais même dans un registre mineur, elle peut engendrer des chefs d'oeuvre, comme le Can't get you out of my head de Kylie Minogue, maître étalon, si vous voulez mon avis de la chanson de pouf.
La chanson de pouf a un côté gnangnan et ce doit être pour ça que, depuis la création de cette chanson, on parle de Kylie Minogue et de ses "na na na" alors que, après une longue étude sur la question, Kylie Minogue fait "la la la", ce qui, vous en conviendrez, n'est pas vraiment pareil, et nous éloigne du sujet, j'en conviens mais pas tout à fait. La chanson de pouf, pour accrocher, doit contenir l'un de ces hooks (un crochet, précisément, en anglais) qui sont à la base de l'essentiel de ce qui est diffusé sur les radios formatés de nos jours. Un vrai hameçon pour ferrer l'auditeur. Le hook, c'est souvent un "na na na" ou un "wo wo wo", mais tout autre onomatopée fait l'affaire du moment qu'elle devient rythmique ou mélodique. D'ailleurs, le hook n'est pas seulement chanté, il peut simplement être mélodique, c'est le cas du "toup toup toup" synthétique qu'on entend dès le début et presque tout du long du Dove de Moony, une de mes chansons de pouf favorites.
Vous aurez remarqué que la chanson de pouf est systématiquement chantée par une fille. Elles s'adressent aux filles, leur faisant soudain croire qu'elles sont entre elles, ce qui est presque vrai car jetez ces chansons sur le dancefloor (leur élément) et vous verrez sans doute peu de garçons s'y presser. Mais peu ne veut pas dire pas du tout. Oublions le garçon qui a voulu faire plaisir à sa copine et est allé danser sur la chanson préférée de celle-ci ; passons au reste des garçons. Pour danser, et surtout danser là-dessus, il faut clairement assumer sa part féminine. Or, donc, cette musique s'adresse aussi aux gays. Je ne suis pas en train de faire des gays dans leur ensemble (mettre un label sur des personnes, c'est un peu comme catégoriser la musique, si vous voyez ce que je veux dire) une bande de grandes folles. Mais contrairement à l'hétéro de base tendance gros beauf, le gay laissera volontiers vibrer cette corde qui correspond à sa part féminine (entendu que nous avons TOUS une part masculine ET féminine). Attention, mesdames et mesdemoiselles, le métrosexuel se dissimule sous la même enveloppe mais c'est pour mieux vous appater, le métrosexuel n'étant qu'un gros dragueur ayant remarqué comme les gays sont systématiquement entourés de femmes (ou le contraire). Je dis tout ça d'autant plus volontiers qu'évidemment, je suis gay. Et bien plus à mon aise entourée de filles que de garçons. Et cette identité là, tout comme mon environnement, mon histoire, fait de moi, aussi, l'auditeur que je suis. Franchement, si je n'avais pas été gay, aurais-je été aussi sensible au Believe de Cher ?
Tout ça pour en arriver à un constat, la musique, à l'instar de ses interprètes, à l'instar de vous et moi, a, elle aussi, sa part masculine et sa part féminine, la chanson de pouf étant à 100% féminine. Je ne peux pas dire tout à fait la même chose d'AlunaGeorge, puisque comme le nom de ce duo londonien l'indique, la belle Aluna Francis est accompagnée du musicien George Reid, et donc on n'est pas tout à fait entre filles, d'autant que George, passionné de machines, est un grand fan de Radiohead, du rock plus masculin que féminin me semble-t-il. Mais George est galant homme et sait se retirer quand sa musique est toute à la gloire d'Aluna, comme dans ce You know you like it, où Aluna apparaît démultipliée.
Ca a les codes de la chanson de pouf, le goût de la chanson de pouf, la couleur de la chanson de pouf (d'ailleurs quand j'ai posté la chanson sur Facebook, le nombre de "like" féminins était étonnant) mais s'en dégage quand même une classe qui n'est pas tout à fait compatible avec la chanson de pouf (d'où quelques "like", quand même, d'auditeurs mélomanes que je ne peux soupçonner, un seul instant d'être des homosexuels encore au placard). La classe, ça ne va pas avec la chanson de pouf, la vulgarité, je vous le rappelle, faisant indéniablement partie du registre (et relisez tout ça, si vous n'avez pas encore compris). Voilà pourquoi on attendra avec impatience le premier album d'AlunaGeorge prévu pour 2013 alors qu'on se tape de savoir ce que devient Cher.
La chanson de pouf a un côté gnangnan et ce doit être pour ça que, depuis la création de cette chanson, on parle de Kylie Minogue et de ses "na na na" alors que, après une longue étude sur la question, Kylie Minogue fait "la la la", ce qui, vous en conviendrez, n'est pas vraiment pareil, et nous éloigne du sujet, j'en conviens mais pas tout à fait. La chanson de pouf, pour accrocher, doit contenir l'un de ces hooks (un crochet, précisément, en anglais) qui sont à la base de l'essentiel de ce qui est diffusé sur les radios formatés de nos jours. Un vrai hameçon pour ferrer l'auditeur. Le hook, c'est souvent un "na na na" ou un "wo wo wo", mais tout autre onomatopée fait l'affaire du moment qu'elle devient rythmique ou mélodique. D'ailleurs, le hook n'est pas seulement chanté, il peut simplement être mélodique, c'est le cas du "toup toup toup" synthétique qu'on entend dès le début et presque tout du long du Dove de Moony, une de mes chansons de pouf favorites.
Vous aurez remarqué que la chanson de pouf est systématiquement chantée par une fille. Elles s'adressent aux filles, leur faisant soudain croire qu'elles sont entre elles, ce qui est presque vrai car jetez ces chansons sur le dancefloor (leur élément) et vous verrez sans doute peu de garçons s'y presser. Mais peu ne veut pas dire pas du tout. Oublions le garçon qui a voulu faire plaisir à sa copine et est allé danser sur la chanson préférée de celle-ci ; passons au reste des garçons. Pour danser, et surtout danser là-dessus, il faut clairement assumer sa part féminine. Or, donc, cette musique s'adresse aussi aux gays. Je ne suis pas en train de faire des gays dans leur ensemble (mettre un label sur des personnes, c'est un peu comme catégoriser la musique, si vous voyez ce que je veux dire) une bande de grandes folles. Mais contrairement à l'hétéro de base tendance gros beauf, le gay laissera volontiers vibrer cette corde qui correspond à sa part féminine (entendu que nous avons TOUS une part masculine ET féminine). Attention, mesdames et mesdemoiselles, le métrosexuel se dissimule sous la même enveloppe mais c'est pour mieux vous appater, le métrosexuel n'étant qu'un gros dragueur ayant remarqué comme les gays sont systématiquement entourés de femmes (ou le contraire). Je dis tout ça d'autant plus volontiers qu'évidemment, je suis gay. Et bien plus à mon aise entourée de filles que de garçons. Et cette identité là, tout comme mon environnement, mon histoire, fait de moi, aussi, l'auditeur que je suis. Franchement, si je n'avais pas été gay, aurais-je été aussi sensible au Believe de Cher ?
Tout ça pour en arriver à un constat, la musique, à l'instar de ses interprètes, à l'instar de vous et moi, a, elle aussi, sa part masculine et sa part féminine, la chanson de pouf étant à 100% féminine. Je ne peux pas dire tout à fait la même chose d'AlunaGeorge, puisque comme le nom de ce duo londonien l'indique, la belle Aluna Francis est accompagnée du musicien George Reid, et donc on n'est pas tout à fait entre filles, d'autant que George, passionné de machines, est un grand fan de Radiohead, du rock plus masculin que féminin me semble-t-il. Mais George est galant homme et sait se retirer quand sa musique est toute à la gloire d'Aluna, comme dans ce You know you like it, où Aluna apparaît démultipliée.
Ca a les codes de la chanson de pouf, le goût de la chanson de pouf, la couleur de la chanson de pouf (d'ailleurs quand j'ai posté la chanson sur Facebook, le nombre de "like" féminins était étonnant) mais s'en dégage quand même une classe qui n'est pas tout à fait compatible avec la chanson de pouf (d'où quelques "like", quand même, d'auditeurs mélomanes que je ne peux soupçonner, un seul instant d'être des homosexuels encore au placard). La classe, ça ne va pas avec la chanson de pouf, la vulgarité, je vous le rappelle, faisant indéniablement partie du registre (et relisez tout ça, si vous n'avez pas encore compris). Voilà pourquoi on attendra avec impatience le premier album d'AlunaGeorge prévu pour 2013 alors qu'on se tape de savoir ce que devient Cher.
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