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mardi 12 février 2013

L'autre côté

Fut un temps où il y avait les faces B. Soit, allais-je écrire, la face un peu malaimée. Sauf qu'à la réflexion... Si l'on prend les choses par le commencement, face A et face B ramènent donc à l'équation du vinyle, et plus encore, du 45 tours. Or la face A, c'était le tube, la face qui prenait le soleil tandis que l'autre se retrouvait la face collée à la platine, cachée, dans l'ombre. Mais si la face A était destinée à la gloire, au grand public, il n'en reste pas moins que la face B était la face où se réfugiaient les curieux, les vrais fans de musique. On y mettait d'ailleurs généralement des curiosités : des choses qui ne rentraient pas forcément dans le répertoire usuel de l'artiste, qui avaient donc bien du mal à se loger sur un album mais qui n'en était pas moins un des visages dudit artiste. C'est un peu comme grimper une montagne par la face nord. C'était aussi un temps béni où vous pouviez choisir : aujourd'hui, quand un artiste sort un nouveau single, comme son nom l'indique, ce n'est qu'un seul titre sous forme de fichier son qui parvient aux radios. Pas question de choisir, on a choisi pour vous. A tort ou à raison. A tort car j'ai récemment appris, par exemple, que Ain't no sunshine, le sublime classique de Bill Withers était une face B. Et ce sont les DJs qui ont préféré programmer cette face plutôt que Harlem en face A. Qui les en blâmera ?



Mais bon, si cet exemple montre que le vrai trésor était en face B, force est de constater que ce n'était pas le plus souvent la règle. On pouvait s'attacher à des morceaux en face B mais comme on chérit une petit chose fragile, un être à part. Prenez So de Soft Cell que j'ai tant aimé que j'en ai fait le générique d'une de mes émissions quand je faisais de la radio libre : c'est un titre instrumental. Un très bon titre instrumental, assurément, si l'on tient compte du fait que des années plus tard, j'ai retrouvé ce titre mixé au milieu d'autres morceaux électroniques, mais instrumental seulement. Il prive donc de la voix de Marc Almond qui était la moitié de Soft Cell. Bref, ce n'était représentatif que d'une moitié de Soft Cell, en l'occurrence Dave Ball, les claviers de Soft Cell. Le morceau annonce d'ailleurs clairement ce que Dave Ball allait faire plus tard, dans les années 90, avec The Grid, des morceaux comme Higher Peaks. Ne me demandez pas, en revanche, ce que représente la vidéo ci-dessous de So, je n'en ai fichtrement aucune idée mais elle présente l'avantage, eh bien d'avoir le titre en bande son.



Toutefois, il existe deux face B que je chéris plus que tout au monde, sans lesquels mon monde de musique ne serait pas tout à fait le même. Ce ne sera pas une surprise pour les lecteurs habituels de ce blog d'apprendre que l'une d'entre elle est signée Kate Bush. En 1985, le premier single du fabuleux Hounds of love, est le non moins fabuleux Running up that hill. Mais, si j'ai le plus grand respect pour cette chanson, que dire alors de la face B, Under the ivy. Sous le lierre donc, ce qui, d'une certaine façon ramenait à l'album précédent, The dreaming, et à sa pochette, où plus exactement le dos de la pochette (déjà une histoire de face B!) où les titres apparaissaient sur fond de lierre. Kate Bush a expliqué que cette chanson racontait juste ce qu'elle chante : l'histoire de quelqu'un qui se retire de la fête, pour aller vers un lieu secret. C'est nostalgique, continuait-elle, parce que c'est peut-être la dernière fois qu'aura lieu ce rendez-vous secret. Malgré les explications, je continue à me dire que c'est une chanson pour ses fans à qui elle aimerait tant donner, sans doute, rendez-vous chez elle, dans ce manoir que j'imagine recouvert de lierre et où elle enregistre ses albums. Un peu comme si elle indiquait la route. Je sais qu'elle chante : "It wouldn't take me long / To tell you how to find it" mais pour moi, c'est comme si elle chantait "It wouldn't take me long / To tell you how to find me". Et ça rend la chanson éminemment personnelle, tant pour elle, que pour moi le fan. Evidemment tout ça ne serait rien si le texte n'était servi par une mélodie exceptionnelle servie par un piano et une voix d'une rare intensité.



La deuxième face B qui relève du miracle est beaucoup plus surprenante pour moi également. Je veux dire qu'elle m'a surprise quand je l'ai découverte car je ne m'attendais pas à ça après ce que j'avais écouté en face A. C'était en 1987, le duo, composé des frères Kane, Hue and Cry, sortait l'un de ses premiers titres, I refuse, une pop un peu sophistiquée (j'ai appris qu'on dit sophisti-pop, qu'il y a une étiquette pour ça, ce que je trouve dans un même élan, fascinant et consternant) mais gentille. Or, en face B donc, il y avait ce morceau, Joe and Josephine, que je trouvais immédiatement grandiose, la voix me filait des frissons, le piano, les nappes de synthé un peu plus loin, tout s'agençait magnifiquement bien. Tout s'agence magnifiquement bien car je suis toujours totalement fou de cette chanson qui fait partie de ces petits trésors cachés que je ne veux pas cacher d'avantage, d'où ce blog, tant caché, en la matière, ce serait gâché. J'étais tellement fou de cette chanson que je me suis précipité sur le premier album de Hue and Cry, car, pensais-je, le groupe qui l'avait écrite ne pouvait me réserver que de bonnes surprises. La vraie surprise, c'est qu'il n'y avait rien de vraiment bon sur l'album de Hue and Cry. Au point que j'en suis aujourd'hui à me demander ce que représentait cette chanson pour le duo : un truc à part, certes, mais l'ont-ils mis en face B parce que c'était seulement à part, ou, parce qu'ils trouvaient ça moins bon ? Je me demande ce qu'aurait été la carrière de ce groupe s'ils avaient décidé de creuser ce filon. Ils ont décidé d'exploiter une autre mine où, pour ma part, je n'ai trouvé aucune pépite. La face B, c'est peut-être ça : des mines qu'on a décidé de ne pas exploiter. peut-être parce que ce n'est pas assez rentable. Pourtant pour une chanson comme ça, je donnerais bien tout l'or du monde.

jeudi 11 octobre 2012

Ricochet

Un ami lecteur me fait parvenir le tracklisting du prochain album de Field Music, qui sort ces jours-ci, avant la tournée anglaise du groupe, pensant que la reprise de Rent des Pet Shop Boys pourrait particulièrement m'intéresser.



C'est surtout l'occasion pour moi de montrer comment ça fonctionne, là-haut, dans un coin de mon crâne, et comment d'une chanson découle une autre puis une autre, puis une autre, etc... C'est aussi la problématique à laquelle je me frotte chaque jour quand je débute l'un de ces posts quotidiens : comment rester sur une seule route quand chaque morceau est un véritable carrefour bourrés de chemins de traverses. Prenons donc l'exemple du Rent de Field Music que j'avais déjà entendu lorsqu'il avait envahi le Web lors de sa sortie en single, au printemps, pour le Record Store Day, reprenant au passage la très belle pochette d'Actually, l'album des Pet Shop Boys


Evidemment, la reprise de Field Music fait apparaître toute la beauté de la chanson des Pet Shop Boys, dont on a trop tendance à résumer le brio aux textes de Neil Tennant. Je ne dis pas que "I love you / You pay my rent" n'est pas un incroyable (et d'un incroyable cynisme) refrain mais si la chanson est devenue l'un des classiques du duo, c'est aussi (surtout ?) parce qu'elle s'appuie sur une très bonne mélodie, ce dont les Pet Shop Boys, eux mêmes, avaient fait la démonstration via cette autre reprise très camp et très Broadway (pléonasme ?) qu'ils avaient dirigé pour Liza Minelli.



On dirait, d'ailleurs, qu'il y a une propension chez les Pet Shop Boys à dissimuler tout le génie de leur musique derrière des paillettes, des arrangements lourds, en rajoutant des tonnes, parfois et même souvent trop, ce qui fait qu'on peut souvent passer à côté d'eux et ne pas toujours comprendre pourquoi ils ont souvent été désignés, en Angleterre, comme le groupe le plus important des années 80 avec... les Smiths ! D'ici, ça peut sembler saugrenu, pourtant le parallèle est évident : deux duos (parce que, avouez-le, à part Johnny Marr et Morrissey, on connaît pas le nom des autres membres de The Smiths) avec un musicien et un parolier, avec des textes considérés pour beaucoup comme les meilleurs de leur époque dotés de titres interminables, les Stop me if you've heard this one before ou Please, please, please, let me get what I want des Smiths répondant aux I don't know what you want but I can't give it anymore ou What have I done to deserve this ? des Pet Shop Boys. Cette dernière chanson, en duo avec Dusty Springfield m'amène d'ailleurs à l'autre point commun des deux groupes : déterrer leurs idoles des 60's. Sandie Shaw pour les Smiths et donc, Dusty Springfield pour les Pet Shop Boys à qui ils offrirent l'une de leurs plus belles chansons, la bande originale du film Scandal, la magnifique Nothing has been proved. 



J'ajoute que cette ballade poignante connut en quelque sorte un prolongement avec une autre chanson que les Pet Shop Boys offrirent pour la bande originale du film The crying game pour Boy George.



J'aurais encore pu ajouter que cette chanson eut droit à une reprise de Little Jimmy Scott, tout ça m'éloignant du sujet, mais le sujet, précisément, n'est-il pas de montrer comment il m'est facile de m'en éloigner. Mais revenons à Field Music, notre point de départ et empruntons une autre route. Car c'est ici l'autre partie de l'équation : le groupe. Or ce n'est pas la première fois que j'entendais parler de Field Music qui a livré un très bon album il y a trois ans : Measure. 



Je n'ai pas tout l'album dans ma discothèque, car, à vrai dire, je ne suis pas un vrai fan de Field Music, allant jusqu'à ignorer qu'ils ont sorti un album en début d'année, Plumb, qui vient pourtant d'avoir l'honneur d'être dans la shortlist du Mercury Prize (pour faire court, l'équivalent du Goncourt pour les disques chez nos amis Britons). En revanche, j'ai tout l'album de The Week That Was. Car, Field Music est le groupe des frères Brewis, l'un d'eux, Peter ayant en parallèle son projet solo : The Week That Was dont vous trouverez ci-dessous le morceau Learn to learn.



Bon, pour tout dire, je n'ai jamais beaucoup écouté ce disque. Mais je me l'étais procuré en raison des incessantes références à Kate Bush dont la Critique agrémentait les chroniques de l'album et quand on écoute Learn to learn puis, par exemple, Sat in your lap, pas compliqué de comprendre pourquoi.



Aux cheminements tortueux de ma pensée, s'ajoutent ceux non moins tortueux du Web. Recherchant Heart, l'autre reprise des Pet Shop Boys par Field Music, je suis finalement tombé sur un papier sur Domino dancing dans lequel j'apprends que pour Neil Tennant, leur excellente chanson est leur version à eux (il y aborde le même thème du casual sex) du Numbers de Soft Cell.



Bref, jolie série de ricochets qui, en fait, n'en finirait plus si je n'y mettais moi même un point final. Cette suite de causes à effets peut produire des effets indésirables. A peine me suis-je arrêté sur tel truc que je suis poussé vers tel autre et si j'embarque quelqu'un, comme toi lecteur, dans ce délire, j'ai peur qu'il ne se perde en route. Ou bien qu'il ait besoin, lui, de s'arrêter quand je suis déjà à poursuivre ma route. Par exemple, si je suis déjà à la fin de ce papier, n'ayant pas forcément pris soin d'écouter intégralement tous les morceaux que j'y poste (et pour cause, y'en a un paquet), où en es-tu toi, lecteur ? Arrivé ici, n'as-tu pas oublié ton point de départ ? T'y repères-tu dans tous ces méandres ? Mais, tandis que tu t'interroges et cherches des réponses, je suis déjà loin ; ricochet, m'ayant renvoyé au Ricochet days, le meilleur morceau de Modern English, lui même me renvoyant... etc...

mardi 2 octobre 2012

Reprise

Ceci n'est sans doute que le premier post d'une longue série tant, comme d'autres mélomanes, je suis fasciné par les reprises, rangées sous la seule appellation "cover" dans ma discothèque. Attention, pour être étiquetée "cover", il faut bien sûr que l'original soit identifiable sous ses nouveaux atours ; je veux dire par là que si un artiste enregistre une version d'une chanson qu'on ne connaît pas, on aura bien du mal à l'étiqueter "reprise". Ce sera la nouvelle chanson de Truc et non pas la chanson de Machin reprise par Truc. Remplaçons les Machin et Truc pour que tout cela vous parle d'avantage : en 1981, un duo anglais a la bonne (ou mauvaise - ça dépend de quel point de vue on se place) idée de reprendre la face B d'un single sorti en 1964, single qui n'était rentré dans les charts ni en Grande Bretagne, ni aux Etats Unis, signé d'une certaine Gloria Jones, dont l'heure de gloire n'allait arriver qu'une décennie plus tard, et encore, par personne interposée, puisqu'elle fut la petite amie de Marc Bolan de T-Rex jusqu'à sa mort en 1977. Récemment, au cours d'une lecture aléatoire de ma discothèque, mon copain a découvert la chanson, ignorant qu'il s'agissait de l'original et pensant, comme beaucoup sans doute, qu'il s'agissait d'une reprise. Dans l'ordre, ci-dessous, on trouve donc, pour ceux qui ne le savent pas encore, l'original de Gloria Jones, PUIS la reprise, et non le contraire.





A part le clip (sic ou sick à l'anglaise d'ailleurs), ce que je trouve très triste concernant Soft Cell (et c'est là où reprendre un morceau inconnu n'était peut-être pas une si bonne idée que ça), c'est que tout le monde, je dis bien TOUT LE MONDE les prend pour les créateurs de Tainted love. Leur chanson la plus connue, voire leur seule chanson connue (en tout cas, dans le monde), c'est Tainted love au point où, quand on la voit chanter à la Nouvelle Star ou The Voice, personne ne s'étonne de voir inscrit leur nom à côté de la chanson. Le problème, outre que les droits d'auteur ne sont pas allés dans leurs poches mais dans celles d'Ed Cobb, c'est que Tainted love a totalement éclipsé le reste de la carrière de Soft Cell et leurs talents (à Marc Almond, le chanteur, comme à Dave Ball, son comparse aux claviers) pourtant immenses d'auteur/compositeur. Soft Cell reste pour moi l'un des très, très grand groupe des années 80, voire le meilleur. Et c'est pourquoi, je suis très reconnaissant à David Gray, d'avoir à son tour repris une chanson de Soft Cell sur son album White ladder, dans ce qui est l'une des techniques les plus communes de la reprise : le dépouillement. Prenez donc l'original, que je trouve déjà magnifique, mais que vous allez sans doute trouver daté avec ses claviers vintage, et cette façon très cabaret qu'avait Marc Almond de chanter qui, je le sais, peut en irriter plus d'un (sans compter qu'on dirait un peu Dustin Hoffman dans Tootsie, question look).



Maintenant donc, enlevez tout le décorum. Reprenez la substantifique moelle de la chanson, texte et mélodie, et, pour ça, vous n'aurez besoin que d'une guitare et d'une voix : celles de David Gray.



D'un seul coup, la chanson devient sublime. Oui mais non, vous répondrais-je, la chanson étant sublime à la base, pour moi. C'est peut-être ça d'ailleurs, le secret d'une reprise réussie : que l'artiste vous fasse découvrir la beauté d'une chanson, ou, tout du moins, la beauté qu'il y a découverte. Car je ne pense pas qu'on puisse reprendre une chanson sans en être fan à la base. Fan, mais pas trop, car après, vous risquez le sacrilège : toucher l'intouchable, la chanson parfaite. C'est du moins la théorie que j'avais sur la question jusqu'à ce que Théo Bleckmann, jazzman gay allemand installé à New York, commette "l'irréparable" : faire un album entier de chansons de Kate Bush dont j'ai déjà dit ici l'importance à mes yeux.  Eh bien, même si je ne suis pas un grand amateur de jazz, je trouve l'album plutôt réussi et, mieux, la reprise de Running up that hill, monument de la dame, hautement recommandable dans la version de monsieur (on pourrait croire, à nouveau qu'il s'agit d'une version dépouillée mais à 4'30'', tout change).



Alors c'est quoi une bonne reprise ? Sans doute un truc qui fait vivre un peu les deux artistes en même temps, un truc où chacun peut trouver sa place, façon "moi, je chante et je fais les arrangements, toi, tu écris et tu composes". Un donnant donnant où la nostalgie du souvenir (l'original) le dispute à l'attrait de l'inconnu (la reprise), si vous voyez ce que je veux dire. Ou alors une séance réussie de relooking. Enfin, à vos yeux, évidemment. Bon, je sens qu'il faut encore que je m'explique ; vous avez tous vu une de ces émissions de relooking où l'on prend une personne mal fagotée, où on l'envoie chez le coiffeur, le maquilleur et le styliste, pour la redécouvrir, splendide à la fin. C'est la même personne mais c'est aussi une autre. Il arrive toutefois que vous ne soyez pas d'accord avec Cristina Cordula, et que, non, ma chérie, le résultat n'est pas "magnifaïk". Je sais très bien, par exemple, ce que certains d'entre vous penseront de la reprise de Rolling in the deep d'Adele par Mike Posner, présenté comme le nouveau Justin Timberlake. C'est un peu comme si on enlevait la belle robe de soirée noire d'une très belle dame soul pour lui mettre une mini jupe, des talons hauts et des trucs clinquants : et alors ? J'ai quand même le droit de la trouver plus fun comme ça, d'autant que Mike Posner a la bonne idée de sampler la voix d'Adele (il n'est pas à la hauteur, et il le sait très bien) pour les moments de bravoure de sa reprise.



Evidemment, tout cela a débuté par une reprise que j'ai entendue ces jours-ci et que je ne sais plus très bien comment amener à ce moment de la conversation si ce n'est, précisément, en disant qu'elle est à la base de cette conversation. Chet Faker est un Australien qui, outre le fait qu'il ait trouvé l'un des meilleurs noms de scène qu'il m'ait été de découvrir ces dernières année, a sorti un premier EP plutôt pas mal. Le problème, c'est que le meilleur morceau est une reprise du groupe Blackstreet dont je vous épargne l'original tant celui-ci est éloigné de ce que j'écoute d'habitude. Pas un mauvais morceau (Radio Nova en a fait un de ses classiques) mais morceau soul et rap, genres qui ne rencontrent chez moi qu'un écho limité. Chet Faker a agi sur la chanson avec une autre technique connue en matière de reprise : le décalage. Soit donc une chanson qui appartient à un univers et que l'on fait pénétrer dans un autre. Le sien en l'occurence. En espérant qu'en faisant pénétrer cet chanson dans son univers, elle ne finisse pas par bouffer tout l'espace de Chet Faker. Vu l'engouement qu'elle provoque sur le Web (et chez moi en particulier), c'est plutôt mal barré.

mercredi 26 septembre 2012

One hit wonder

Le mois dernier, je suis tombé pour la première fois sur Conner Youngblood, jeune musicien, auteur compositeur, multiinstrumentiste de Dallas, via son Warpath, que je trouvais immédiatement addictif.



Ces jours-ci, c'est A summer song (dont je suis moins fan) qui enflamme le Net. Et de penser que j'avais eu raison de penser que Conner Youngblood était sans doute promis à une grande carrière.


Du coup, désirant en savoir plus sur le bonhomme, je me suis rendu sur le site de Conner Youngblood. Quelle ne fut pas ma bonne surprise de voir qu'on pouvait télécharger tout l'album de Conner Youngblood, ou plutôt tous LES albums de Conner publiés cette année, à savoir Sketches pt 1 et Sketches pt 2. J'allais donc m'empresser de downloader tout ça et, par mesure de précaution, j'écoutais la chose. Or, derrière The Warpath et A Summer Song, il n'y a rien. Enfin, pas grand chose. Rien à la hauteur de ces chansons, promesses que Conner ne sait pas tenir sur la longueur. Et de réviser du même coup mes prévisions de carrière pour Conner (seul le temps me donnera tort ou raison).
Le Web - ou plutôt les Blogs - avait, en l'occurence, fait son travail d'écrémage ne retenant que le meilleur à livrer aux auditeurs mélomanes. C'est d'ailleurs pourquoi ces deux dernières années, je me suis contenté de ne prélever du magma de la production musicale que ces pépites que le Web distingue chaque jour, chaque heure, voire chaque quart d'heure si l'on se fie à Andy Warhol. Rien qu'en 2010, j'ai 980 titres qui ont intégré ma discothèque, oeuvres de 380 artistes différents ! (en 2011, c'étaient 1290 titres et je n'ai pas eu le courage de compter les artistes...) Si l'on s'en tient aux chiffres, il semblerait que j'ai découvert plus d'artistes ces deux dernières années que durant des années entières parfois. Mais les ai-je réellement intégrés ? Non, il y a bien longtemps que mon propre disque dur est plein, ce qui fait que lorsqu'on me pose la question "C'est qui, ça ?" pendant une lecture en shuffle de ma discothèque, je me vois souvent ces temps-ci répondre : "Je sais pas" avant d'aller jeter un coup d'oeil sur l'écran. Faut voir le bon côté des choses : ça donne de chouettes lectures aléatoires. Mais me fait m'interroger sur mon rapport aux artistes ces temps-ci. Est-on un artiste, bon de surcroit, parce qu'on a sorti un bon titre ? Non, sans doute. Me faut-il pour autant bouder ces quelques minutes de bonheur ? Non plus. Il arrive même qu'à force de passer et repasser dans mon oreille, j'arrive à me rappeler le nom d'un groupe qui n'aura sorti qu'un seul disque (ou pas beaucoup plus à ma connaissance) avant de disparaître comme Roguewaves (à ne pas confondre avec Rogue Wave - si en plus, ils s'amusent à ça, comment voulez-vous que je retienne leurs noms ?!) et leur imparable Ruins.


Ces temps-ci, si un titre retient mon attention, je télécharge l'album dans l'espoir, souvent déçu, de développer un truc sur le plus long terme. Parce que ce sont ces relations longues et fidèles qui vous apportent le plus comparées à celles qui équivaudraient à un "one night stand". Il n'empêche qu'il serait dommage de bouder son plaisir face aux "one hit wonder". Ca peut être sacrément bon sur le coup et ils seront toujours plus nombreux que les autres, comme nos amants seront toujours plus nombreux que nos amours. Et s'ils se sont démultipliés ces temps-ci, ils ont toujours fait partie de ma discothèque. Prenez Sense, découvert en 1983, tout ça parce que j'avais lu qu'ils étaient produits par Dave Ball de Soft Cell : notre relation s'est arrêtée - comme leur carrière - à Holding on. Eh bien quand j'ai numérisé ma discothèque 25 ans plus tard, et alors que bien des morceaux, voire des albums n'ont pas passé le barrage de la numérisation (mon écrémage à moi), celui-ci n'a pas été oublié. La merveille d'un seul coup.