Je suis tombé ce matin sur un blog dont l'auteur, en postant Landfill des prometteurs anglais de Daughter, s'interrogeait en ces termes : "when can you ever have too much solid material from a burgeoning young singer-songwriter ?" La réponse sous entendue à sa question étant jamais. Non, on ne peut jamais avoir trop de la solide production d'un jeune auteur compositeur émergent.
Daughter - Landfill
J'ai immédiatement eu en tête l'image d'un vampire assoiffé qui n'en aura jamais assez du sang frais. Et n'est-ce pas en quelque sorte ce que nous devenons quand nous courrons perpétuellement à la recherche de la Next Big Thing, essaimant les cadavres de nos découvertes à peine y avons-nous planté les crocs ? Il y a toujours sur le Web un emballement excessif pour tout ce qui est nouveau. L'attrait pour les vierges sans doute. Et l'on fait monter la sauce à l'aune d'un morceau, qui, aussi agréable soit-il, n'est qu'un seul morceau. Cela a sans doute aussi à voir avec notre façon de consommer la musique. Depuis l'avènement du shuffle, on n'écoute plus vraiment un album dans son intégralité mais on préfère un titre ici, puis un titre par là, etc... Mais dans ces conditions, fait-on vraiment émerger des artistes ? Il me semble au contraire que nous les tuons dans l’œuf, ne leur laissant pas le temps de grandir. Car on attribue des qualités aux titres de ces jeunes artistes qu'ils n'ont pas vraiment. Je ne veux pas dire, par exemple, que la musique de Daughter ne soit pas agréable. Mais est-elle à ce point géniale qu'elle se retrouve tout en haut des classements des morceaux les plus appréciés sur le web en ce moment ? Va-t-on encore s'intéresser à Daughter quand ils sortiront leur premier album. Car Daughter n'a sorti, à ce jour, que dix titres (deux EP et un single). Cela condamne les artistes au toujours mieux. Or, c'est une évidence, un artiste émergent, pour se faire remarquer, mettra en avant ce qu'il a de meilleur en stock avant de délivrer des morceaux disons plus fragiles. Et qui risquent donc de se faire briser. Evidemment il y aura toujours, dans le lot, des artistes qui valent le coup tout de suite et dont on poursuivra longtemps les efforts. Mais pour un Daughter (sur l'avenir duquel je ne me fais quand même pas trop de souci), combien de On And On, célébré avant même d'avoir pu peaufiner leur propre style ?
Qu'est-ce qui nous pousse à toujours aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte ? Ce travers m'étreint chaque jour au moment de poster quelques chansons sur ce blog. Je me dis toujours qu'il faut faire connaître des choses nouvelles. Quitte à perdre mon temps à les chercher. Quitte à perdre du temps tout court parce qu'avec cette fuite en avant, j'en oublie que la connaissance ne passe pas seulement par demain, mais aussi par hier. Bon là, je sens que je vous embrouille ou que je vous emmerde, ce qui revient au même. Alors parlons plus concrètement : plutôt que de vous diriger vers de jeunes artistes, qui vous apporteront l'ivresse du beaujolais nouveau, ne vaut-il pas mieux vous orienter vers des artistes qui ont (disons fort à propos) de la bouteille, bref vous servir un excellent Bourgogne tiré tout droit de la cave ? Et se laisser du temps pour voir si la petite piquette ne peut pas donner quelque chose avec l'âge.
On en arrive à des situations absurdes où, pour toujours intéresser le chaland, un musicien doit se réinventer sous une nouvelle identité à peine a-t-il dévoilé la première. C'est le cas de Matt Mondanile, que j'ai découvert l'année dernière avec son groupe Real Estate et qui réapparaît ces jours-ci avec le projet Ducktails.
Il faut dire que les artistes, comme l'industrie du disque, ont su très vite s'adapter à notre inclination naturelle vers le toujours plus frais, toujours plus excitant. De manière très cynique, Bill Drummond, employé d'une maison de disque, en avait démontré le principe avec un livre The Manual (How to Have a Number One the Easy Way) où il expliquait non seulement comment faire un gros succès mais aussi comment, pour continuer d'intéresser les gens, il fallait se réinventer une identité. Le pire, c'est qu'il en a fait la démonstration d'abord avec The Timelords pour Doctorin' the tardis qui fut n°1 des charts anglais en 1988, puis avec The KLF qui atteidra la même place deux ans plus tard.
Toutes ces considérations ne m'empêcheront pas de conclure par un duo américain qui n'a que cinq ans d'existence, un seul album au compteur et toujours le même nom. Mais qui continue d'exciter les curieux. Tout simplement parce qu'ils continuent de faire de la bonne musique, sans baisse de régime. Sans baisse de régime jusqu'à présent. Mais jusqu'à quand Holy Ghost! continuera à nous faire croire qu'ils ont toujours le sang frais ?
Affichage des articles dont le libellé est temps. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est temps. Afficher tous les articles
vendredi 19 octobre 2012
jeudi 4 octobre 2012
(Se) Reprendre
Le problème, je m'en rends bien compte au fur et à mesure que les jours passent, c'est de savoir pour qui j'écris. Enfin plutôt de me rappeler pourquoi j'écris ; c'est à dire autant pour moi que pour toi, lecteur anonyme ou non, mais lecteur quand même qui fait qu'aujourd'hui, j'ai tendance à choisir mes sujets en fonction de ce que je vais bien pouvoir avoir à raconter dessus, de la façon dont je vais le faire ou comment mon introduction va m'amener à ma conclusion. Pourtant, le plus intéressant, je l'ai déjà formulé d'une manière ou d'une autre, c'est ce rapport intime et particulier que j'entretiens avec la musique ; c'est uniquement dans l'exploration de cet aspect très personnel que j'arriverais à t'intéresser, ô lecteur, et non en recherchant le mot qui va faire mouche. En même temps, je viens de passer, on va pas dire quelques minutes mais quelques secondes à trouver "et non en recherchant le mot qui va faire mouche" et j'étais assez content de moi après l'avoir trouvé car il résumait bien ma pensée. Que tu as sans doute du mal, ami lecteur, à trouver clair ce matin ; logique, je suis parti dans ce papier bille en tête, sans même savoir de quoi j'allais parler puisque, précisément, j'avais envie de parler de trop de choses à la fois et que tout ça se bouscule à présent sur les touches de mon clavier.
Ceci étant posé, je vais finalement repartir sur le sujet des reprises pour la simple et bonne raison qu'il me permet de placer le titre de ce post et que c'est exactement ce qu'il faut que je fasse à ce moment précis de ce post. Me reprendre donc. Il y a trois ans, débarquait LaRoux avec son premier album. A priori, LaRoux avait tout pour me plaire puisqu'elle reprenait tous les codes des années 80 revendiquant l'influence de Human League, OMD, Eurythmics, Depeche Mode, Erasure sur sa musique électronique. J'aurais du donc immédiatement tombé sous le charme de Bulletproof, par exemple.
Eh ben non. Je ne dis pas que ça ne m'avait pas plu l'espace des trois minutes que dure la chanson mais, très vite, je trouvais ça léger. Je trouvais les claviers trop "cheap", limite caricaturaux par rapport à ceux auxquels ils se référaient et la voix de LaRoux, aussi agressive à mes oreilles que son maquillage ; j'avais du mal à voir revenir le fluo. Plus que tout et avant même de découvrir (pas plus tard que... ce matin!) dans la note biographique de LaRoux qu'il s'agit non pas d'une chanteuse, mais d'un duo, LaRoux me faisait par trop penser à une autre de leurs références : Yazoo. Yazoo en moins bien, évidemment. En deux albums, Yazoo a réussi une carrière exemplaire. Les synthés sont peut-être les mêmes mais la voix, putain, la voix ! Alison Moyet, merde ! L'Adèle de son temps, si voulez mon avis.
Entre parenthèses, les plus attentifs d'entre vous auront vu que le texte en incrustation annonce Nobody's Diary par Yaz et non Yazoo, ce qui veut dire que c'est une vidéo américaine, Yazoo ayant été obligé de se débaptiser aux US où un autre groupe portait déjà son nom. Entre nouvelles parenthèses, vous aurez aussi remarqué que j'ai préféré Nobody's diary à Don't go, le deuxième album de Yazoo, You and me both, étant à mes yeux et surtout mes oreilles le meilleur. C'est d'ailleurs dingue, pour ouvrir une troisième parenthèse, d'avoir ainsi appelé l'album : You and me both donc, soit Toi et Moi Ensemble avec, sur la pochette, deux Dalmatiens en train de se livrer à ce qui ressemble à une bataille à mort, ambiance lourde confirmée par le fait que sur l'album, Alison Moyet et Vince Clarke, signait à tour de rôle de chacune des chansons sans qu'une seule fois leurs noms n'apparaissent ensemble, le tout finissant, comme on le sait (et si vous ne savez pas je vous l'apprends) par la séparation du duo. Fermez les parenthèses. Mon histoire avec LaRoux aurait pu donc s'en tenir aux affaires classées. Mais il y a trois ans également, le Web a été envahi par cette version de Lou Barlow. Lou Barlow est un musicien américain à des lieues de LaRoux, non seulement géographiquement, mais surtout, bien sûr, par son registre musical puisqu'il fut membre de Dinosaur Jr. et Sebadoh, qui, pour le dire vite, ne manquent pas de faire beaucoup de bruit avec des grosses guitares. Mais Lou Barlow sait aussi débrancher sa guitare, la preuve :
Me devais-je donc de revoir mon jugement sur LaRoux après cette interprétation qui m'a littéralement scotché et m'a fait voir à quelle point "this song is great" comme le dit lui même Lou. D'autant que peu de temps après je tombais sur cette petite ritournelle qui sut plus d'une fois me faire taper du pied (et c'est encore le cas aujourd'hui) signé d'un petit groupe électro de Boston, Yes Giantess, qui pour remercier LaRoux, qui leur avait laissé faire leur première partie lors de leur tournée américaine, reprenait I'm not your toy.
Yes Giantess - I'm not your toy by Cestunevie.com
Mieux encore, Miike Snow, que je vénérais alors à l'aune de ce qui reste l'un des meilleurs albums de ces dernières années, reprenait à son tour en live In for the kill, autre chanson de LaRoux, avec le même effet de séduction.
Me suis-je donc totalement trompé sur LaRoux ? Plus ou moins, dans les plus, on mettra que je suis passé à côté de chansons quand même sacrément bien écrite dont heureusement des fans, comme je l'expliquais ici, ont su me montrer la beauté. Je pense aussi avoir agi en vieux con et c'est là que je vois que je n'ai plus 16 ans : si je commence à m'embarquer dans le c'était mieux avant, ou, ça a déjà été fait avant, ce n'est plus la peine de continuer d'écouter de la musique car ça fait un moment, finalement, qu'on n'invente plus grand chose (mais est-ce que c'est déjà pas un peu "vieux con" d'écrire ça ?). Je veux dire que si j'avais eu l'innocence de mes 16 ans en découvrant LaRoux, j'aurais sans doute trouvé ça génial et peu me serait importé qu'un autre groupe eut fait exactement la même chose près de trente ans plus tôt. En mieux. Ben oui, permettez moi de persister quand même dans ma (vieille?) connerie. Parce que bon, d'accord, LaRoux écrit de très bonnes chansons mais Elly Jackson, c'est le nom de la chanteuse de LaRoux n'a pas une voix, comment dirais-je, amicale. On dirait qu'elle aboie, ou pire, qu'elle va mordre quand elle chante. Prenez la même chanson, Bulletproof, enlevez la voix et remplacez la par celle d'un morveux qui vient de découvrir le Tune In ou tout autre logiciel qui permet de chanter juste à n'importe quel crétin. (car, ne vous y trompez pas, Curtis Drew, dont vous trouverez l'interprétation de cette chanson ici, n'est pas un grand chanteur mais simplement un ado d'aujourd'hui obsédé par son image, Katy Perry et/ou Mariah Carey et qui passe son temps à poster des vidéos sur le Web) et vous obtenez une chanson autrement plus audible. Bon, OK : une chanson autrement plus audible pour moi. Mais je vous l'ai dit dès le départ que je parlais de moi, non ?
Ceci étant posé, je vais finalement repartir sur le sujet des reprises pour la simple et bonne raison qu'il me permet de placer le titre de ce post et que c'est exactement ce qu'il faut que je fasse à ce moment précis de ce post. Me reprendre donc. Il y a trois ans, débarquait LaRoux avec son premier album. A priori, LaRoux avait tout pour me plaire puisqu'elle reprenait tous les codes des années 80 revendiquant l'influence de Human League, OMD, Eurythmics, Depeche Mode, Erasure sur sa musique électronique. J'aurais du donc immédiatement tombé sous le charme de Bulletproof, par exemple.
Eh ben non. Je ne dis pas que ça ne m'avait pas plu l'espace des trois minutes que dure la chanson mais, très vite, je trouvais ça léger. Je trouvais les claviers trop "cheap", limite caricaturaux par rapport à ceux auxquels ils se référaient et la voix de LaRoux, aussi agressive à mes oreilles que son maquillage ; j'avais du mal à voir revenir le fluo. Plus que tout et avant même de découvrir (pas plus tard que... ce matin!) dans la note biographique de LaRoux qu'il s'agit non pas d'une chanteuse, mais d'un duo, LaRoux me faisait par trop penser à une autre de leurs références : Yazoo. Yazoo en moins bien, évidemment. En deux albums, Yazoo a réussi une carrière exemplaire. Les synthés sont peut-être les mêmes mais la voix, putain, la voix ! Alison Moyet, merde ! L'Adèle de son temps, si voulez mon avis.
Entre parenthèses, les plus attentifs d'entre vous auront vu que le texte en incrustation annonce Nobody's Diary par Yaz et non Yazoo, ce qui veut dire que c'est une vidéo américaine, Yazoo ayant été obligé de se débaptiser aux US où un autre groupe portait déjà son nom. Entre nouvelles parenthèses, vous aurez aussi remarqué que j'ai préféré Nobody's diary à Don't go, le deuxième album de Yazoo, You and me both, étant à mes yeux et surtout mes oreilles le meilleur. C'est d'ailleurs dingue, pour ouvrir une troisième parenthèse, d'avoir ainsi appelé l'album : You and me both donc, soit Toi et Moi Ensemble avec, sur la pochette, deux Dalmatiens en train de se livrer à ce qui ressemble à une bataille à mort, ambiance lourde confirmée par le fait que sur l'album, Alison Moyet et Vince Clarke, signait à tour de rôle de chacune des chansons sans qu'une seule fois leurs noms n'apparaissent ensemble, le tout finissant, comme on le sait (et si vous ne savez pas je vous l'apprends) par la séparation du duo. Fermez les parenthèses. Mon histoire avec LaRoux aurait pu donc s'en tenir aux affaires classées. Mais il y a trois ans également, le Web a été envahi par cette version de Lou Barlow. Lou Barlow est un musicien américain à des lieues de LaRoux, non seulement géographiquement, mais surtout, bien sûr, par son registre musical puisqu'il fut membre de Dinosaur Jr. et Sebadoh, qui, pour le dire vite, ne manquent pas de faire beaucoup de bruit avec des grosses guitares. Mais Lou Barlow sait aussi débrancher sa guitare, la preuve :
Me devais-je donc de revoir mon jugement sur LaRoux après cette interprétation qui m'a littéralement scotché et m'a fait voir à quelle point "this song is great" comme le dit lui même Lou. D'autant que peu de temps après je tombais sur cette petite ritournelle qui sut plus d'une fois me faire taper du pied (et c'est encore le cas aujourd'hui) signé d'un petit groupe électro de Boston, Yes Giantess, qui pour remercier LaRoux, qui leur avait laissé faire leur première partie lors de leur tournée américaine, reprenait I'm not your toy.
Yes Giantess - I'm not your toy by Cestunevie.com
Mieux encore, Miike Snow, que je vénérais alors à l'aune de ce qui reste l'un des meilleurs albums de ces dernières années, reprenait à son tour en live In for the kill, autre chanson de LaRoux, avec le même effet de séduction.
Me suis-je donc totalement trompé sur LaRoux ? Plus ou moins, dans les plus, on mettra que je suis passé à côté de chansons quand même sacrément bien écrite dont heureusement des fans, comme je l'expliquais ici, ont su me montrer la beauté. Je pense aussi avoir agi en vieux con et c'est là que je vois que je n'ai plus 16 ans : si je commence à m'embarquer dans le c'était mieux avant, ou, ça a déjà été fait avant, ce n'est plus la peine de continuer d'écouter de la musique car ça fait un moment, finalement, qu'on n'invente plus grand chose (mais est-ce que c'est déjà pas un peu "vieux con" d'écrire ça ?). Je veux dire que si j'avais eu l'innocence de mes 16 ans en découvrant LaRoux, j'aurais sans doute trouvé ça génial et peu me serait importé qu'un autre groupe eut fait exactement la même chose près de trente ans plus tôt. En mieux. Ben oui, permettez moi de persister quand même dans ma (vieille?) connerie. Parce que bon, d'accord, LaRoux écrit de très bonnes chansons mais Elly Jackson, c'est le nom de la chanteuse de LaRoux n'a pas une voix, comment dirais-je, amicale. On dirait qu'elle aboie, ou pire, qu'elle va mordre quand elle chante. Prenez la même chanson, Bulletproof, enlevez la voix et remplacez la par celle d'un morveux qui vient de découvrir le Tune In ou tout autre logiciel qui permet de chanter juste à n'importe quel crétin. (car, ne vous y trompez pas, Curtis Drew, dont vous trouverez l'interprétation de cette chanson ici, n'est pas un grand chanteur mais simplement un ado d'aujourd'hui obsédé par son image, Katy Perry et/ou Mariah Carey et qui passe son temps à poster des vidéos sur le Web) et vous obtenez une chanson autrement plus audible. Bon, OK : une chanson autrement plus audible pour moi. Mais je vous l'ai dit dès le départ que je parlais de moi, non ?
mardi 25 septembre 2012
Sweet sixteen
Parler de (écrire sur) Prefab Sprout m'a ramené à l'année 85, année fondatrice dans ma passion de la musique. Est-ce parce que j'ai eu seize ans cette année-là que je considère que c'est l'une des meilleures années qui soient en matière de musique ? Ou bien ai-je eu la de chance d'avoir seize ans cette année-là ? Très franchement, je pencherais pour la première option. Car, après avoir consulté les sorties de cette année-là, je m'interroge clairement sur le caractère "exceptionnel" de cette année. Mettons d'ores et déjà de côté Hounds of Love de Kate Bush, qui, étant (et c'est sans doute amener à le rester) le meilleur album de mon Idole, est le disque que j'emmènerais sur une île déserte si toutefois je ne devais en emmener qu'un (parlez pas de malheur, ça sert à quoi un Ipod, merde!). Après je pense tout de suite au Steve McQueen de Prefab Sprout qui est sans doute, là encore, leur meilleur album. Mais tout ça est un peu convenu ; tout le monde sait que si l'on ne doit retenir qu'un seul album de ces deux artistes, c'est ceux que je viens de citer (quoiqu'on puisse légitimement revendiquer Jordan the Comeback comme le meilleur album des Prefab, mais c'est une autre histoire et comme elle ne sert pas mon propos, on va l'oublier).
Il faut donc parler du reste. Franchement, Songs from the big chair de Tears for Fears n'a-t-il pas vieilli ? Si, bien sûr, et le succès planétaire de Shout et, surtout, d'Everybody wants to rule the world a quelque peu englué le groupe et l'album dans son époque. De toutes façons, j'ai toujours préféré The Hurting à Songs from the big Chair. Et c'est bien parce que j'avais adoré ce premier album de Tears For Fears (rarement vinyle de ma collection n'a connu autant de craquements) The Hurting (qui, à mon avis, reste le meilleur album du groupe) que je m'étais précipité sur le second. Pourtant j'avais adoré Songs from the big chair, principalement, je m'en rends compte pour deux chansons : The working hour ou, plus encore, Listen, qui me fait toujours dresser les poils sur les bras quand je l'écoute aujourd'hui.
Même dans ce succès de masse qu'était à l'époque Tears For Fears, je cherchais le recoin que je pourrais qualifier d'intimité.
Meat is murder n'est, de l'avis général, pas le meilleur album des Smiths. Mais c'est celui que j'aurais le plus écouté et Barbarism begins at all reste dans mes chansons préférées de celles signées Johnny Marr & Morrissey.
A la liste des albums qui ont fait mon année 1985, qui ont constitué la BO de mes seize ans, il y avait aussi Cupid & Psyche de Scritti Politti, A Secret Wish de Propaganda, Filigree and Shadow de This Mortal Coil, divers maxis (oui, pour EP, on disait comme ça à l'époque, voire "twelve inch" si on voulait se la jouer anglais dans le texte) des Cocteau Twins, etc... Mouais, pas bien probant le côté exceptionnel de l'année 1985. A vrai dire, je m'en étais déjà plus ou moins aperçu il y a quelques temps ; redécouvrant un album que je n'avais pas écouté depuis, euh, longtemps, ravi de ce que j'entendais, je mailais immédiatement le morceau à un ami pour lui dire quel plaisir j'avais eu à retrouver ce morceau. Simple nostalgie ? lui demandais-je.
Simple nostalgie, me confirmait-il. Et je suppose que ce qui s'applique à Sapho peut aussi s'appliquer à Anne Pigalle (même si on peut encore admirer le son, signé Trevor Horn, alors au top de sa forme puisque producteur à l'époque de Frankie Goes To Hollywood, Art of Noise ou Propaganda)
De manière objective, on peut donc juger tout cela daté et faire de l'année 1985 une année comme les autres, une année ordinaire. Chose que je ne peux absolument pas faire, la subjectivité l'emportant sur toute impartialité quand il s'agit d'évoquer cette année là. Je prends encore du plaisir à écouter Train de Paris et Hé stranger! et je n'ai même pas honte de le dire. J'ai entendu des choses bien meilleures par la suite mais qui ne se sont pas forcément imprimées dans mes oreilles avec autant de force que ces chansons là. Sans doute, parce que mes oreilles étaient encore assez vierges et que, depuis, tout ce que j'écoute se mesure à l'aune de ces chansons-là, ou, tout du moins, des sensations, des sentiments que m'ont procuré ces chansons-là. Peu m'importe ce que vous pensez de Go away des Strawberry Switchblade et de sa production "so 80's" ; pour moi, ça reste l'une des chansons les plus déchirantes qui soit. Le serait-elle encore si je ne l'avais pas entendu pour la première fois l'année de mes seize ans ?
Il faut donc parler du reste. Franchement, Songs from the big chair de Tears for Fears n'a-t-il pas vieilli ? Si, bien sûr, et le succès planétaire de Shout et, surtout, d'Everybody wants to rule the world a quelque peu englué le groupe et l'album dans son époque. De toutes façons, j'ai toujours préféré The Hurting à Songs from the big Chair. Et c'est bien parce que j'avais adoré ce premier album de Tears For Fears (rarement vinyle de ma collection n'a connu autant de craquements) The Hurting (qui, à mon avis, reste le meilleur album du groupe) que je m'étais précipité sur le second. Pourtant j'avais adoré Songs from the big chair, principalement, je m'en rends compte pour deux chansons : The working hour ou, plus encore, Listen, qui me fait toujours dresser les poils sur les bras quand je l'écoute aujourd'hui.
Même dans ce succès de masse qu'était à l'époque Tears For Fears, je cherchais le recoin que je pourrais qualifier d'intimité.
Meat is murder n'est, de l'avis général, pas le meilleur album des Smiths. Mais c'est celui que j'aurais le plus écouté et Barbarism begins at all reste dans mes chansons préférées de celles signées Johnny Marr & Morrissey.
A la liste des albums qui ont fait mon année 1985, qui ont constitué la BO de mes seize ans, il y avait aussi Cupid & Psyche de Scritti Politti, A Secret Wish de Propaganda, Filigree and Shadow de This Mortal Coil, divers maxis (oui, pour EP, on disait comme ça à l'époque, voire "twelve inch" si on voulait se la jouer anglais dans le texte) des Cocteau Twins, etc... Mouais, pas bien probant le côté exceptionnel de l'année 1985. A vrai dire, je m'en étais déjà plus ou moins aperçu il y a quelques temps ; redécouvrant un album que je n'avais pas écouté depuis, euh, longtemps, ravi de ce que j'entendais, je mailais immédiatement le morceau à un ami pour lui dire quel plaisir j'avais eu à retrouver ce morceau. Simple nostalgie ? lui demandais-je.
Simple nostalgie, me confirmait-il. Et je suppose que ce qui s'applique à Sapho peut aussi s'appliquer à Anne Pigalle (même si on peut encore admirer le son, signé Trevor Horn, alors au top de sa forme puisque producteur à l'époque de Frankie Goes To Hollywood, Art of Noise ou Propaganda)
De manière objective, on peut donc juger tout cela daté et faire de l'année 1985 une année comme les autres, une année ordinaire. Chose que je ne peux absolument pas faire, la subjectivité l'emportant sur toute impartialité quand il s'agit d'évoquer cette année là. Je prends encore du plaisir à écouter Train de Paris et Hé stranger! et je n'ai même pas honte de le dire. J'ai entendu des choses bien meilleures par la suite mais qui ne se sont pas forcément imprimées dans mes oreilles avec autant de force que ces chansons là. Sans doute, parce que mes oreilles étaient encore assez vierges et que, depuis, tout ce que j'écoute se mesure à l'aune de ces chansons-là, ou, tout du moins, des sensations, des sentiments que m'ont procuré ces chansons-là. Peu m'importe ce que vous pensez de Go away des Strawberry Switchblade et de sa production "so 80's" ; pour moi, ça reste l'une des chansons les plus déchirantes qui soit. Le serait-elle encore si je ne l'avais pas entendu pour la première fois l'année de mes seize ans ?
lundi 24 septembre 2012
Rien ne sert de courir
Juste après avoir écrit ça, je me retrouve sur Arte devant Forever Young, un documentaire plutôt bien fait qui, dans sa première partie, s'interrogeait sur ce qu'il "reste de rebelle dans le rock alors que sa musique et son imagerie sont largement récupérées par la publicité et le marketing" tandis que la seconde, titrée Tweets and chats montraient comment les 15-25 ans utilisent les nouveaux outils pour communiquer. Nouveaux outils comme les réseaux sociaux ou... les blogs ! Suis-je en train d'essayer de communiquer ? Ground countrol to major Tom ? A la fin du premier volet de Forever Young, on rappelait que le rock avait été un objet de rebellion au sein même de la famille quand il était apparu dans les années 50 mais plus d'un demi siècle plus tard, comment pourrait-il en être de même quand papa et maman écoutent les mêmes disques que le fiston, voire papy et mamy. Et de conclure que nous, les parents, étions un peu pathétiques de nous accrocher comme ça (c'était un journaliste anglais qui parlait et son "pathetic" avec l'accent nous fait baisser deux fois plus la tête, un peu honteux), parce que nous ne voulions pas voir partir notre jeunesse. D'une, je n'ai pas d'enfant, ce qui m'excuse, non ? De deux, j'écris aussi pour eux, non ? Alors j'ai le droit de courir encore un peu même si je dois bien dire qu'Arte m'a bien plombé - Arte m'a tuer.
Finalement tout cela m'a ralenti, et, contrairement à ce que j'avais prévu, m'amène à parler de Piramida, le nouvel album d'Efterklang non pas "avant", mais "le jour de" sa sortie. C'est déjà ça ; au moins, donc, je n'aurais pas trop d'avance. Car depuis vendredi, je me gave de cet album et aussi bon soit-il (à mon avis l'un des meilleurs de l'année 2012), je sais que bientôt je me lancerais à la recherche de nouvelles sensations fortes, précisément au moment où Efterklang devrait arriver aux oreilles de la majorité, me privant du même coup d'un élan collectif - mais est-ce ce que je cherche vraiment ? Efterklang est un groupe Danois porté sur l'expérimentation à la manière de Peter Broderick qui a d'ailleurs joué avec les Danois sur scène (et que j'évoquais ici). J'avais bien aimé leur album Modern Chairs paru il y a deux ans mais celui-ci a une véritable atmosphère dûe, sans doute, à Piramida, qui est une île minière désertée par les Russes dans le cercle polaire et dans laquelle Efterklang est parti enregistrer toute une série de sons qui ont accouché de cet album comme on le comprend mieux avec cette vidéo.
Si vous voulez connaître ma véritable opinion sur tout ça, c'est que c'est un peu de la branlette d'artiste parce qu'après tout, taper sur des bouteilles (ou sur des bambous bien sûr, et c'est numéro 1) ou courir sur des lattes en bois, on n'est pas obligé, pour ça, d'aller se taper une île près du pôle Nord. Mais si toutefois, c'est là-bas qu'ils ont croisé leur muse alors pourquoi pas au vu du résultat à essayer par deux fois ci-dessous.
Si tout va bien, Efterklang devrait faire le buzz d'ici quelques semaines. Pas seulement parce qu'ils ont un bon album mais parce qu'ils auront - je leur souhaite - un bon attaché de presse qui saura vendre non seulement le contenu mais surtout l'histoire aux magazines qui vont en raffoler ("Une île désertée par les Russes !? Près du pôle Nord ?! Où ils n'ont pas eu la permission d'aller mais où ils sont allés quand même ? ! Y a un truc à raconter là, coco"). Et après, après seulement et après peut-être, trouveront-ils un écho auprès de vous. Car c'est pas tout d'avoir tout ça, encore faut-il être pertinent dans son époque, je veux dire par là, savoir dire quelque chose au plus grand nombre d'entre nous, et donc au grand public. Prenez Orkney Symphony de Magnetic North. Ca ne dit pas grand chose à grand monde. Pourtant ils avaient tout. Une bonne histoire, celle de Betty Corrigal, jeune femme qui, à la fin du 18ème siècle, se suicida par amour, fut enterrée seule, loin des autres tombes, sur les îles Orcane au Nord de l'Ecosse, où l'on redécouvrit son cercueil par hasard au début du 20ème siècle, son corps miraculeusement préservé. Erland Cooper, le leader de Magnetic North, dit que c'est après qu'en rêve, lui soit apparue Betty Corrigal, qui lui demandait de raconter son histoire, qu'il s'est mis à l'écriture d'Orkney Symphony. Le sujet a tant fasciné Libération qu'ils en ont fait un papier de trois pages signé Bayon. Les Inrockuptibles ont mis 4,5 sur 5 à l'album dans une chronique dythirambique. Et la musique, évidemment, était au diapason de ces éloges.
Quelques mois plus tard et l'on ne peut pas dire qu'Orkney Symphony soit sur toutes les lèvres. Il n'y a pas eu de rencontre même si tous les ingrédients étaient là.
Vous voulez une autre jolie histoire de rendez-vous manqué. En 1998, Louis Philippe sort l'album Azure qu'il est allé enregistré avec l'orchestre philarmonique de Budapest. Louis Philippe est une véritable histoire à lui tout seul : français exilé à Londres, par amour de la pop musique, il fut l'une des figures majeures d'un label aujourd'hui considéré comme l'un des plus influents de son époque, tout en menant une carrière... de journaliste sportif spécialisé dans le football ! Mais, comme il est écrit avec tact dans sa biographie Wikipédia, "le succès commercial se fait attendre malgré l'accessibilité de sa musique et l'estime que les amateurs de pop ont pour lui".
On peut aussi aller écouter et télécharger deux titres extraits d'Azure sur le site de Louis Philippe. Mais ces histoires de magnifiques échecs parfois se terminent bien grâce à un adjectif usé jusqu'à la moëlle ces temps-ci par la publicité qui sait tout le pouvoir du mot, un adjectif que, pourtant, seul le temps peut accorder : culte - alors épargnez moi, svp, les "déjà culte". Car si ces albums ne rencontrent pas tout le monde, ils font, de la part de leurs rares fans, l'objet d'une aussi rare dévotion qui s'apparente à une vraie religion. Et le fan n'aura qu'une idée, convertir l'autre. Et petit à petit, de converti en converti, le cercle s'agrandit, l'album devient culte. D'où ma dernière histoire avant d'aller dormir, les enfants. Elle commence en 1983 à Glasgow quand une boîte du coin, spécialisée en matériel hifi, propose à un groupe débutant d'enregistrer un titre (à découvrir ci-dessous) qui pourrait montrer l'étendue des capacités du matériel de leur marque. Ils sont si contents du résultat qu'ils finiront par créer un label uniquement pour sortir l'album commandé au groupe : A Walk Across The Rooftops de Blue Nile. L'album passe relativement inaperçu mais, donc, touche au coeur les rares qui ont la chance de l'écouter qui n'auront, dès lors, de cesse de partager leur passion.
Et quand sortira, six ans plus tard (!), leur album Hats, les critiques se feront dythirambiques comme si The Blue Nile récoltait enfin le fruit d'une petite graine plantée six ans plus tôt. En même temps, je vais me calmer ; Hats n'est arrivé que 12ème des charts anglais, charts où il connut son meilleur classement. M'est avis que si The Blue Nile a un jour récolté quelque chose de substantifique (niveau matériel s'entend) du culte qu'on leur voue, c'est bien plus grâce à Annie Lennox, dont le premier album solo s'était vendu, rien qu'au Royaume Uni, à plus d'un million d'exemplaires. Et c'est sur cet album qu'on trouve la meilleure chanson d'Annie post Eurythmics, et, très arbitrairement, la meilleure chanson de Blue Nile (même si, ne vous y trompez pas, Paul Buchanan, le chanteur de Blue Nile, est l'une des plus belles voix masculines que je connaisse) : The Gift (appréciez le clip tourné avec 3 fois rien, où une Annie Lennox costumée, perdue au milieu des pigeons vénitiens malgré l'euphorie des touristes qui l'entourent, apparaît plus énigmatique que jamais)
Il faudra que je parle de Eurythmics, tiens. Vous n'êtes pas encore couché ?!
Finalement tout cela m'a ralenti, et, contrairement à ce que j'avais prévu, m'amène à parler de Piramida, le nouvel album d'Efterklang non pas "avant", mais "le jour de" sa sortie. C'est déjà ça ; au moins, donc, je n'aurais pas trop d'avance. Car depuis vendredi, je me gave de cet album et aussi bon soit-il (à mon avis l'un des meilleurs de l'année 2012), je sais que bientôt je me lancerais à la recherche de nouvelles sensations fortes, précisément au moment où Efterklang devrait arriver aux oreilles de la majorité, me privant du même coup d'un élan collectif - mais est-ce ce que je cherche vraiment ? Efterklang est un groupe Danois porté sur l'expérimentation à la manière de Peter Broderick qui a d'ailleurs joué avec les Danois sur scène (et que j'évoquais ici). J'avais bien aimé leur album Modern Chairs paru il y a deux ans mais celui-ci a une véritable atmosphère dûe, sans doute, à Piramida, qui est une île minière désertée par les Russes dans le cercle polaire et dans laquelle Efterklang est parti enregistrer toute une série de sons qui ont accouché de cet album comme on le comprend mieux avec cette vidéo.
Si vous voulez connaître ma véritable opinion sur tout ça, c'est que c'est un peu de la branlette d'artiste parce qu'après tout, taper sur des bouteilles (ou sur des bambous bien sûr, et c'est numéro 1) ou courir sur des lattes en bois, on n'est pas obligé, pour ça, d'aller se taper une île près du pôle Nord. Mais si toutefois, c'est là-bas qu'ils ont croisé leur muse alors pourquoi pas au vu du résultat à essayer par deux fois ci-dessous.
Si tout va bien, Efterklang devrait faire le buzz d'ici quelques semaines. Pas seulement parce qu'ils ont un bon album mais parce qu'ils auront - je leur souhaite - un bon attaché de presse qui saura vendre non seulement le contenu mais surtout l'histoire aux magazines qui vont en raffoler ("Une île désertée par les Russes !? Près du pôle Nord ?! Où ils n'ont pas eu la permission d'aller mais où ils sont allés quand même ? ! Y a un truc à raconter là, coco"). Et après, après seulement et après peut-être, trouveront-ils un écho auprès de vous. Car c'est pas tout d'avoir tout ça, encore faut-il être pertinent dans son époque, je veux dire par là, savoir dire quelque chose au plus grand nombre d'entre nous, et donc au grand public. Prenez Orkney Symphony de Magnetic North. Ca ne dit pas grand chose à grand monde. Pourtant ils avaient tout. Une bonne histoire, celle de Betty Corrigal, jeune femme qui, à la fin du 18ème siècle, se suicida par amour, fut enterrée seule, loin des autres tombes, sur les îles Orcane au Nord de l'Ecosse, où l'on redécouvrit son cercueil par hasard au début du 20ème siècle, son corps miraculeusement préservé. Erland Cooper, le leader de Magnetic North, dit que c'est après qu'en rêve, lui soit apparue Betty Corrigal, qui lui demandait de raconter son histoire, qu'il s'est mis à l'écriture d'Orkney Symphony. Le sujet a tant fasciné Libération qu'ils en ont fait un papier de trois pages signé Bayon. Les Inrockuptibles ont mis 4,5 sur 5 à l'album dans une chronique dythirambique. Et la musique, évidemment, était au diapason de ces éloges.
Quelques mois plus tard et l'on ne peut pas dire qu'Orkney Symphony soit sur toutes les lèvres. Il n'y a pas eu de rencontre même si tous les ingrédients étaient là.
Vous voulez une autre jolie histoire de rendez-vous manqué. En 1998, Louis Philippe sort l'album Azure qu'il est allé enregistré avec l'orchestre philarmonique de Budapest. Louis Philippe est une véritable histoire à lui tout seul : français exilé à Londres, par amour de la pop musique, il fut l'une des figures majeures d'un label aujourd'hui considéré comme l'un des plus influents de son époque, tout en menant une carrière... de journaliste sportif spécialisé dans le football ! Mais, comme il est écrit avec tact dans sa biographie Wikipédia, "le succès commercial se fait attendre malgré l'accessibilité de sa musique et l'estime que les amateurs de pop ont pour lui".
On peut aussi aller écouter et télécharger deux titres extraits d'Azure sur le site de Louis Philippe. Mais ces histoires de magnifiques échecs parfois se terminent bien grâce à un adjectif usé jusqu'à la moëlle ces temps-ci par la publicité qui sait tout le pouvoir du mot, un adjectif que, pourtant, seul le temps peut accorder : culte - alors épargnez moi, svp, les "déjà culte". Car si ces albums ne rencontrent pas tout le monde, ils font, de la part de leurs rares fans, l'objet d'une aussi rare dévotion qui s'apparente à une vraie religion. Et le fan n'aura qu'une idée, convertir l'autre. Et petit à petit, de converti en converti, le cercle s'agrandit, l'album devient culte. D'où ma dernière histoire avant d'aller dormir, les enfants. Elle commence en 1983 à Glasgow quand une boîte du coin, spécialisée en matériel hifi, propose à un groupe débutant d'enregistrer un titre (à découvrir ci-dessous) qui pourrait montrer l'étendue des capacités du matériel de leur marque. Ils sont si contents du résultat qu'ils finiront par créer un label uniquement pour sortir l'album commandé au groupe : A Walk Across The Rooftops de Blue Nile. L'album passe relativement inaperçu mais, donc, touche au coeur les rares qui ont la chance de l'écouter qui n'auront, dès lors, de cesse de partager leur passion.
Et quand sortira, six ans plus tard (!), leur album Hats, les critiques se feront dythirambiques comme si The Blue Nile récoltait enfin le fruit d'une petite graine plantée six ans plus tôt. En même temps, je vais me calmer ; Hats n'est arrivé que 12ème des charts anglais, charts où il connut son meilleur classement. M'est avis que si The Blue Nile a un jour récolté quelque chose de substantifique (niveau matériel s'entend) du culte qu'on leur voue, c'est bien plus grâce à Annie Lennox, dont le premier album solo s'était vendu, rien qu'au Royaume Uni, à plus d'un million d'exemplaires. Et c'est sur cet album qu'on trouve la meilleure chanson d'Annie post Eurythmics, et, très arbitrairement, la meilleure chanson de Blue Nile (même si, ne vous y trompez pas, Paul Buchanan, le chanteur de Blue Nile, est l'une des plus belles voix masculines que je connaisse) : The Gift (appréciez le clip tourné avec 3 fois rien, où une Annie Lennox costumée, perdue au milieu des pigeons vénitiens malgré l'euphorie des touristes qui l'entourent, apparaît plus énigmatique que jamais)
Il faudra que je parle de Eurythmics, tiens. Vous n'êtes pas encore couché ?!
vendredi 21 septembre 2012
Courir toujours
The Zolas sont ma dernière découverte en date. C'est un duo canadien qui a publié un premier album il y a deux ans mais qui ne s'attendait pas, avec le premier single de leur second album annoncé pour cet automne, à enflammer la toile comme ils viennent de le faire. A peine postée sur leur site Web, leur nouvelle chanson Knot in my heart se retrouvait n°1 du classement Hypem, l'agrégateur de blogs musicaux bien connus des amateurs. "Une première pour nous" s'enthousiasmaient The Zolas, publiant fièrement, il y a deux jours, leur première place en Une de leur site.
La chanson mérite sa première place au sens où il s'en dégage un charme pop rock que, personnellement, j'attache au piano qui apparaît à 25 secondes du début. Mais cette chanson ne mérite pas plus cette première place que d'autres aussi bien tournées mais qui ne connaîtront pas les honneurs des blogs musicaux les plus en vue, et, du coup, les plus suivis. Pourquoi eux ? Qu'est-ce qui fait le buzz autour de ce groupe ou de cette chanson ? Et qu'est-ce qui le défait ? Car, à l'occasion de ce post, je suis allé voir sur Hypem où en était le groupe. Hypem répertorie les titres dans son classement en deux catégories "Popular last week" et "Popular now", now voulant dire les trois derniers jours en ce qui les concerne et, que ce soit sur la semaine dernière ou sur les trois derniers jours, cela en dit long sur la façon dont nous consommons aujourd'hui la musique. Or The Zolas n'apparaissent plus... nulle part dans aucun des deux classements ! Grosso modo, le temps d'un clignement d'yeux - on l'occurence d'oreilles - vous a fait rater ce qui était pourtant LE morceau à ne pas manquer sur la Toile ces derniers jours. Attention à rester vigilant ! Pour être honnête, le morceau pourra être reposté, réapprécié par les Internautes et rentrer à nouveau dans le classement des titres les plus en vue dans les jours, semaines et même mois à venir. C'est exactement ce qui s'est passé pour le morceau ci-dessous, avec quelquesmois années plus tard le succès que l'on sait (je me rappelle parfaitement avoir entendu ce morceau deux ans avant que les radios en fasse un incontournable de leurs playlists).
Je doute toutefois que The Zolas rencontrent le même succès que Foster The People. Mais force est de reconnaître qu'ils ont, aujourd'hui, la grace, ce truc qui fait qu'on va les écouter avec plus d'attention que les autres. Mais la grace se déplace vite. Et déjà, ce sont les CHVRCHES qui ont pris la place occupée hier par The Zolas. Et demain ? Et après demain ? Pas un jour, pas une minute à perdre, il faut être branché pour ne pas être déconnecté. Mais pourquoi ? Parce que, oui, c'est toujours agréable de découvrir un nouvel artiste, une nouvelle chanson, au sens où trois minutes de parfaite pop song vous procure un shoot instantané de bien être. Mais derrière ce shoot de quelques instants, qu'est-ce qui se cache ? Quelle est la motivation profonde ? Pourquoi connaître l'existence des Zolas est-il primordiable à votre/mon bien être ? Pour ne pas être dépassé. Dépassé par quoi ? Par le temps, bien sûr. Et nous y revoilà. Je me souviens très bien, il y a vingt ans, avoir discuté avec des copains de vingt ans mes ainés, se moquant gentiment de ma musique "branchée" ou, en tout cas, branchée sur son époque, moi me moquant gentiment de leur côté "ringard" et dépassé. "Tu verras, un jour, tu seras comme nous/moi", me juraient-ils. Et je me suis toujours promis de ne pas être comme eux. De continuer à vivre pour ces quelques instants pop qui vous maintiennent au rang d'éternel teenager. C'est le temps que je nargue avec The Zolas et tous les autres, en sachant très bien qui finira par gagner le duel que je suis en train de lui livrer. Mais je gagne, pour l'instant, encore un peu... de temps. Ce qui m'amène à la chanson qui fait de moi, moi, comme me le demandait le test Six Songs of Me du Guardian évoquée ici. A cette question, j'ai répondu Desire as de Prefab Sprout.
"I've got six things on my mind/You're no longer one of them" chante Paddy McAloon tout au long du morceau. J'ai toujours pensé qu'il chantait "I've got sixteen on my mind", ce qui tombait plutôt bien pour une chanson parue l'année de mes seize ans. C'est sans doute pour tout ça que voir ce qu'est devenu aujourd'hui Paddy avec une longue barbe de vieux monsieur - d'ailleurs, je renonce ici à vous le montrer, vous n'avez qu'à chercher ! - m'est difficile parce que j'ai toujours seize ans (ou du moins, je veux y croire) et qu'ainsi, il n'en fait plus partie. Alors qu'à l'époque où ils étaient jeunes et beaux (qu'ils sentaient bon le sable chaud), à l'époque où ils avaient la grâce, Prefab aurait été facile en haut de tous les classements Hypem. C'est comme le temps : Cruel.
La chanson mérite sa première place au sens où il s'en dégage un charme pop rock que, personnellement, j'attache au piano qui apparaît à 25 secondes du début. Mais cette chanson ne mérite pas plus cette première place que d'autres aussi bien tournées mais qui ne connaîtront pas les honneurs des blogs musicaux les plus en vue, et, du coup, les plus suivis. Pourquoi eux ? Qu'est-ce qui fait le buzz autour de ce groupe ou de cette chanson ? Et qu'est-ce qui le défait ? Car, à l'occasion de ce post, je suis allé voir sur Hypem où en était le groupe. Hypem répertorie les titres dans son classement en deux catégories "Popular last week" et "Popular now", now voulant dire les trois derniers jours en ce qui les concerne et, que ce soit sur la semaine dernière ou sur les trois derniers jours, cela en dit long sur la façon dont nous consommons aujourd'hui la musique. Or The Zolas n'apparaissent plus... nulle part dans aucun des deux classements ! Grosso modo, le temps d'un clignement d'yeux - on l'occurence d'oreilles - vous a fait rater ce qui était pourtant LE morceau à ne pas manquer sur la Toile ces derniers jours. Attention à rester vigilant ! Pour être honnête, le morceau pourra être reposté, réapprécié par les Internautes et rentrer à nouveau dans le classement des titres les plus en vue dans les jours, semaines et même mois à venir. C'est exactement ce qui s'est passé pour le morceau ci-dessous, avec quelques
Je doute toutefois que The Zolas rencontrent le même succès que Foster The People. Mais force est de reconnaître qu'ils ont, aujourd'hui, la grace, ce truc qui fait qu'on va les écouter avec plus d'attention que les autres. Mais la grace se déplace vite. Et déjà, ce sont les CHVRCHES qui ont pris la place occupée hier par The Zolas. Et demain ? Et après demain ? Pas un jour, pas une minute à perdre, il faut être branché pour ne pas être déconnecté. Mais pourquoi ? Parce que, oui, c'est toujours agréable de découvrir un nouvel artiste, une nouvelle chanson, au sens où trois minutes de parfaite pop song vous procure un shoot instantané de bien être. Mais derrière ce shoot de quelques instants, qu'est-ce qui se cache ? Quelle est la motivation profonde ? Pourquoi connaître l'existence des Zolas est-il primordiable à votre/mon bien être ? Pour ne pas être dépassé. Dépassé par quoi ? Par le temps, bien sûr. Et nous y revoilà. Je me souviens très bien, il y a vingt ans, avoir discuté avec des copains de vingt ans mes ainés, se moquant gentiment de ma musique "branchée" ou, en tout cas, branchée sur son époque, moi me moquant gentiment de leur côté "ringard" et dépassé. "Tu verras, un jour, tu seras comme nous/moi", me juraient-ils. Et je me suis toujours promis de ne pas être comme eux. De continuer à vivre pour ces quelques instants pop qui vous maintiennent au rang d'éternel teenager. C'est le temps que je nargue avec The Zolas et tous les autres, en sachant très bien qui finira par gagner le duel que je suis en train de lui livrer. Mais je gagne, pour l'instant, encore un peu... de temps. Ce qui m'amène à la chanson qui fait de moi, moi, comme me le demandait le test Six Songs of Me du Guardian évoquée ici. A cette question, j'ai répondu Desire as de Prefab Sprout.
"I've got six things on my mind/You're no longer one of them" chante Paddy McAloon tout au long du morceau. J'ai toujours pensé qu'il chantait "I've got sixteen on my mind", ce qui tombait plutôt bien pour une chanson parue l'année de mes seize ans. C'est sans doute pour tout ça que voir ce qu'est devenu aujourd'hui Paddy avec une longue barbe de vieux monsieur - d'ailleurs, je renonce ici à vous le montrer, vous n'avez qu'à chercher ! - m'est difficile parce que j'ai toujours seize ans (ou du moins, je veux y croire) et qu'ainsi, il n'en fait plus partie. Alors qu'à l'époque où ils étaient jeunes et beaux (qu'ils sentaient bon le sable chaud), à l'époque où ils avaient la grâce, Prefab aurait été facile en haut de tous les classements Hypem. C'est comme le temps : Cruel.
samedi 15 septembre 2012
Courir encore
L'une des autres raisons qui m'ont poussé à écrire ces pages, c'est le temps. Ou plutôt la perte de temps. Comme je passe une grande partie de mon temps à naviguer sur le Web à la recherche de la prochaine perle qui saura me ravir, eh bien vient un moment de la journée où je regarde l'horloge et où je vois combien de temps j'ai perdu. A priori, on ne perd pas son temps à chercher de la musique quand on aime la musique. Seulement voilà, moi, j'ai l'impression de le perdre. Que tout cela est inutile si ça n'a pas une fin en soi. Cette fin, c'est de partager cette musique avec les autres. Mais j'ai l'impression que, dans mon entourage, il n'y a pas de réel passionné de musique comme je peux l'être. J'ai bien essayé de poster mes découvertes sur Facebook. Mais, outre le fait qu'on a beaucoup d'amis qui n'en sont pas vraiment, je ne connais personne, dans mes amis, qui soient aussi acharnés que moi. Enfin si, un. Mais un, ça fait peu surtout quand il se trouve à l'autre bout du globe et qu'on a pas tous les jours l'occasion de se parler (de se parler musique, cela va sans dire). Et puis, vos messages sur Facebook tombent au beau milieu des autres, finissent par s'y noyer, alors que vous - enfin, moi - ne vouliez qu'on ne voit que ça, cette petite perle que vous avez trouvée et que vous aviez tant envie d'offrir. Tout ça doit être un peu narcissique. Un narcissisme tordu qui fait qu'aujourd'hui j'ai pris soin que mon nom n'apparaisse nulle part sur ce site, que, d'ailleurs, je n'ai fait connaître à personne pour l'instant. Tout cela tient du journal intime pas intime, comptant que le hasard y guide d'improbables lecteurs qui seraient en parfaite adéquation avec ce que je pense. S'ils arrivent à me suivre. Absurde. Ca l'est d'autant plus qu'aujourd'hui, j'ai l'impression de passer plus de temps à comprendre comment fonctionne un blog qu'à réellement écrire sur la musique que j'aime. De là à faire un site. Et imaginez un site qui soit un album. Non, n'imaginez plus, ça existe déjà :
Peter Broderick est un musicien américain que j'ai découvert totalement par hasard. Depuis je suis fan de tout ce qu'il fait. Ca tombe bien puisque ce doux dingue, multi instrumentiste, fan d'expérimentations en tous genres, mais qui n'oublie jamais la mélodie, qu'il accompagne parfois de sa voix toutes en émotions, ce doux dingue donc sort deux albums cette année. These walls of mine, expérimentations autour de la voix, sort dans quelques semaines mais c'est surtout sur It starts hear, que j'aimerais attirer votre attention. Avant d'être un album sur support conventionnel, It starts hear - dont est issue la vidéo ci-dessus, est un album qui est un site. Ou un site qui est un album, si vous préférez. C'est d'autant plus excitant qu'on comprend tout le processus, via des textes, des sons, des photos ou des vidéos, qui ont abouti aux titres qui le composent. J'écris "d'autant plus excitant", car ce qui est avant tout excitant dans cet album, c'est que c'est l'un des meilleurs qu'il m'ait été d'écouter au cours de cette année 2012. Allez le découvrir ici : it starts hear
Peter Broderick est un musicien américain que j'ai découvert totalement par hasard. Depuis je suis fan de tout ce qu'il fait. Ca tombe bien puisque ce doux dingue, multi instrumentiste, fan d'expérimentations en tous genres, mais qui n'oublie jamais la mélodie, qu'il accompagne parfois de sa voix toutes en émotions, ce doux dingue donc sort deux albums cette année. These walls of mine, expérimentations autour de la voix, sort dans quelques semaines mais c'est surtout sur It starts hear, que j'aimerais attirer votre attention. Avant d'être un album sur support conventionnel, It starts hear - dont est issue la vidéo ci-dessus, est un album qui est un site. Ou un site qui est un album, si vous préférez. C'est d'autant plus excitant qu'on comprend tout le processus, via des textes, des sons, des photos ou des vidéos, qui ont abouti aux titres qui le composent. J'écris "d'autant plus excitant", car ce qui est avant tout excitant dans cet album, c'est que c'est l'un des meilleurs qu'il m'ait été d'écouter au cours de cette année 2012. Allez le découvrir ici : it starts hear
Courir
Si j'ai débuté ce blog, comme on débute un journal, c'est aussi parce que, je n'ai de cesse, depuis de longues années, de courir après la musique. Je suis toujours à la recherche de ce qui se fait de bien, quitte à parfois oublier ce qui se fait de bien. Je m'explique : il y a quelques années, à l'époque où c'était encore simple, communiquer ma passion de la musique aux autres passait par la radio, libre de son état. Je n'avais qu'à attendre l'envoi des maisons de disques et lire la presse spécialisée de Best aux Inrockuptibles, en passant par le New Musical Express et Melody Maker, pour faire mes choix. On arrivait généralement au "Disque de la semaine", dont un des touts premiers fut celui-ci : Yvonne Heim - Where have all the flowers gone by Cestunevie.com
J'espère que vous aurez apprécié au passage l'intro très stéréo et les craquements sur le vinyle parce qu'il y a bien longtemps que cette brave Yvonne, néerlandaise de son état, n'a pas commis de disque (à ma connaissance, cette reprise est l'un de ses deux uniques 45 tours - j'aurais pu dire single, mais 45 tours, quand même...). Donc le Disque de la Semaine dans mon émission, comme vous l'aurez avec sagacité remarqué, hebdomadaire, c'était ce que j'avais préféré, ce dont je me délectais et ça pouvait donc durer une semaine. Le problème, c'est qu'avec ma passion dévorante, très vite, je suis passé de coup de coeur hebdomadaires, à coups de coeurs quotidiens. Ca tombait bien, très vite, mon émission allait devenir quotidienne. Et puis, il n'y a plus eu d'émission, plus d'envoi de disque, et il m'est arrivé de passer un mois entier sur le même disque, qui, parfois, n'en valait même pas l'intérêt, mais je l'avais acheté, à l'occasion d'une écoute trop rapide à la Fnac, et il fallait bien que le rentabilise en lui trouvant des qualités dont il était pourtant dénué. Puis est arrivé Internet, un drame. En ouvrant le nombre des possibilités presque à l'infini, l'Internet a changé le cours du temps. A peine me suis-je arrêté quelques minutes sur un artiste prometteur que, déjà, je cours à la recherche du prochain. Comme si, en m'arrêtant, j'avais perdu un temps précieux. J'en oublie ces coups de coeur et si aujourd'hui, je me souviens comme si c'était hier de la plainte synthétique d'Yvonne Heim, serais-je me souvenir, demain, de la ballade acoustique des Staves ?
J'espère que vous aurez apprécié au passage l'intro très stéréo et les craquements sur le vinyle parce qu'il y a bien longtemps que cette brave Yvonne, néerlandaise de son état, n'a pas commis de disque (à ma connaissance, cette reprise est l'un de ses deux uniques 45 tours - j'aurais pu dire single, mais 45 tours, quand même...). Donc le Disque de la Semaine dans mon émission, comme vous l'aurez avec sagacité remarqué, hebdomadaire, c'était ce que j'avais préféré, ce dont je me délectais et ça pouvait donc durer une semaine. Le problème, c'est qu'avec ma passion dévorante, très vite, je suis passé de coup de coeur hebdomadaires, à coups de coeurs quotidiens. Ca tombait bien, très vite, mon émission allait devenir quotidienne. Et puis, il n'y a plus eu d'émission, plus d'envoi de disque, et il m'est arrivé de passer un mois entier sur le même disque, qui, parfois, n'en valait même pas l'intérêt, mais je l'avais acheté, à l'occasion d'une écoute trop rapide à la Fnac, et il fallait bien que le rentabilise en lui trouvant des qualités dont il était pourtant dénué. Puis est arrivé Internet, un drame. En ouvrant le nombre des possibilités presque à l'infini, l'Internet a changé le cours du temps. A peine me suis-je arrêté quelques minutes sur un artiste prometteur que, déjà, je cours à la recherche du prochain. Comme si, en m'arrêtant, j'avais perdu un temps précieux. J'en oublie ces coups de coeur et si aujourd'hui, je me souviens comme si c'était hier de la plainte synthétique d'Yvonne Heim, serais-je me souvenir, demain, de la ballade acoustique des Staves ?
The Staves - Mexico (Official Music Video) from The Staves on Vimeo.
C'est pour, un jour, pouvoir m'en souvenir, ou pour, qu'un jour, quelqu'un s'en souvienne, que j'ai créé ce blog. PS : le premier album des soeurs, The Staves, sortira fin octobre 2012
Inscription à :
Articles (Atom)