dimanche 6 janvier 2013

2012 de A à Z (en continuant de K à E)

Si vous avez raté le début, c'est ici, puis ici, puis ici et .

Kindness House
Déjà abordé ici, j'avais dit à quel point l'album de Kindness n'était pas à la hauteur de son single. A l'arrivée, il se trouve que j'ai vu l'album de Kindness dans plusieurs classements des meilleurs albums de l'année dernière. Je maintiens ma position et me dis que l'excellence de cette chanson, euh, house est pour beaucoup dans l'attraction qu'exerce l'album chez les uns et les autres. J'attends pour ma part plus du prochain, bien persuadé que Kindness est un musicien à surveiller à l'avenir.



Icona Pop I love it
La chanson pop qui fait BAM! au sens "prend-toi ça dans la gueule" et ça fait sacrément du bien. Je pourrais écrire un milliard de choses sur cette chanson des deux Suédoises comme je l'ai déjà fait ici mais le mieux, bien sûr, pour résumer, c'est : I love it ! I love it ! I love it !



Hot Chip Flutes
Il y a des groupes énervants pour les autres : ceux qui, d'album en album, continuent de pondre des petites merveilles. Hot Chip est de ceux là qui, avec In our heads, leur déjà cinquième album, m'enthousiasme toujours autant (et je ne suis pas le seul, l'album figurant, là encore, au nombre des meilleurs dans nombre de classements). Sommet de l'album, on ne regrette qu'une chose dans Flutes : que le morceau ne dure QUE 7 minutes.



Grizzly Bear Yet again
Ce n'était pas évident de donner une suite à Veckatimest, de loin le meilleur album de 2009. Grizzly Bear a relevé le défi haut la main avec Shields, même si l'album révèle ses charmes moins directement que son prédécesseur. A l'exception de Yet again, percutant et bien choisi second single.


GRIZZLY BEAR - YET AGAIN from Emily Kai Bock on Vimeo.


Graph Rabbit Only fields
L'album Snowblind dont est extrait ce titre est une petite merveille comme je l'ai déjà dit ici Et à l'instar de l'album, Only fields est une petite chose fragile, délicate et sensible comme une petite boîte à musique que je ne me lasserais jamais d'ouvrir.



The Gossip Horns
Conspué à sa sortie, l'album A Joyful Noise de The Gossip ne méritait pas, me semble-t-il, un tel déchaînement de haine et l'on y trouve (certes à côté de choses moins réussies) de vraies perles comme ce Horns. Le passage du punk à la disco peut surprendre mais c'est exactement la même trajectoire qu'avait suivi Blondie avec qui The Gossip partage une même chanteuse iconique. Mais là où certains la voyaient sans doute en Janis Joplin des temps modernes, Beth Ditto s'imagine plutôt en chanteuse soul. Avec la voix qu'elle a, de toutes façons, elle peut faire ce qu'elle veut.



Chilly Gonzales Rideaux lunaires
Gonzales (ou Chilly Gonzales) nous avait déjà fait le coup, il y a huit ans déjà, avec Solo piano. Je me disais qu'il aurait du mal à réitérer la magie de cet album jusqu'à ce que j'écoute Solo piano II où il se réinvente à nouveau en Erik Satie du vingt-et-unième siècles. Il peut refaire le coup autant de fois qu'il le veut en ce qui me concerne.



Melody Gardot Lisboa
Si le jazz, ça n'était que ça, je serais, sans conteste, un très grand amateur de jazz. Melody Gardot est une très grande chanteuse, son album The Absence, une grande réussite, et Lisboa, une caresse.



Françoise Hardy Normandia
C'est marrant comme tout le monde, d'un coup, avec l'album L'amour fou, semble prendre conscience de l'importance de Françoise Hardy. Album crépusculaire, testamentaire, ai-je pu lire, mais j'ai bien plus l'impression d'un spleen commun à tous les albums de Hardy, à elle même en fin de compte. Que tout le monde y goûte cette année, tant mieux mais quand plus personne n'y touchera dans un ou deux ans, bref, quand elle voudra bien revenir, je serais toujours là. Quant à Normandia, il confirme aussi les talents de compositeur de Julien Doré.


Françoise Hardy, Normandia par Telerama_BA

Electric Guest This head I hold
Après avoir écouté l'intégralité de l'album Mondo, je ne donnerais pas cher de l'avenir d'Electric Guest. La vraie question, c'est comment un groupe très moyen a pu sortir ce petit bijou parfait. Et la réponse est sans aucun doute à chercher du côté de leur producteur, Danger Mouse (de Gorillaz, de Gnarls Barkley, de Broken Bells, etc...).

samedi 5 janvier 2013

2012 de A à Z (en continuant de M à L)

 Pour le début, on va ici, ici et .

Major Lazer featuring Amber of Dirty Projectors Get free
Major Lazer est le projet reggae du DJ américain Diplo pour lequel il a enrôlé la chanteuse de Dirty Projectors. Reggae, Diplo, Dirty Projectors : autant de choses qui d'habitude me laissent plutôt froid. Mais Get Free, ballade ensoleillée et irrésistible, m'a finalement fait fondre comme un glaçon.



The Magnetic North Rackwick
Déjà abordé ici, l'album de The Magnetic North reste l'un des plus beaux de l'année écoulée. Comme c'est un album concept, difficile de distinguer une chanson plutôt qu'une autre mais Rackwick est un bel échantillon de cet orfèvrerie pop inspirée qu'est Orkney Symphony.



Madness My girl 2
J'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais du dernier Madness. Alors oui, y a rien de nouveau, mais My girl 2 est une très bonne chanson, très bien interprétée, très bien arrangée. Le fait qu'elle ouvre un album qui est plein de ce type de chansons suffit à mon bonheur.



The M Machine Faces
The M Machine est un groupe electro de San Francisco qui a été signé sur le label du très en vue Skrillex, qui ne fait pas dans la dentelle. D'ailleurs The M Machine sait aussi taper fort (au sens : on va devenir sourd) quand ils font du dubstep ou de l'electrohouse, étiquette dont qu'ils ont eux même affublé quatre titres de leur EP Metropolis Pt1 sorti l'année dernière (le Part 2 sort l'année prochaine). Les deux restants, en revanche, ont le label "Indie dance". Vu que ce sont les meilleurs, souhaitons que M Machine limite à l'avenir ses activités à cette branche.



Lost Lander Afraid of summer

Il y a des fois où on se demande à quoi ça sert de farfouiller partout sur le Net à la recherche de musique, si ce n'est à perdre son temps. Il y a heureusement d'autres fois où vous tombez sur des artistes comme Lost Lander. Ce groupe de Portland a sorti son premier album l'année dernière, Drrt, passé malheureusement inaperçu. Afraid of summer, single avant coureur et fausse ballade folk, aurait pourtant du les mettre en lumière. Il est toujours temps de se rattraper (le single est à télécharger ici).



Little Dragon Sunshine
Et revoilà des Suédois, déjà mentionnés ici. Moins cérébral et plus direct que n'importe lequel des titres de leur album Ritual Union paru en 2011, j'espère que cette petite perle electropop annonce un album pour le même style cette année. Wait and see. And dance.



Lilly Wood and the Prick Let's not pretend
J'ai aussi parlé récemment ici de l'album de ce duo franco israëlien. Sauf que les morceaux dont je parlais sur cette page ne correspondaient pas à la vidéo que j'avais postée. L'erreur est réparée, ce dont je me félicite puisque, du coup, vous avez désormais trois chansons pour découvrir The Fight, excellent album entre pop, rock et disco, que je ne saurais trop vous recommander.



The Lighthouse and the Whaler Venice
Déjà mentionnée en ces pages, la petite perle pop rock n'a hélas, jusqu'à présent, eu d'écho que sur le Net. Leur album étant sorti à la fin de cette année, même s'il est en ligne depuis bien plus longtemps, on peut encore avoir de l'espoir.



Lescop Slow disco
La sensation française de l'année (déjà mentionnée ici). A force de l'entendre partout, on s'en est peut-être déjà lassé. D'ailleurs tout le problème de Lescop va être de donner une suite à ce galop d'essai certes très réussi mais qui n'est autre qu'un écho de la pop eighties de Daho, tel ce Slow Disco après lequel je vous suggère de réécouter les Promesses de Daho. C'est peut-être ça le problème de Lescop : c'est qu'on finit toujours par préférer l'original à la copie.



Lianne La Havas featuring Willy Mason No room for doubt
Deux voix magnifiques et qui se marient à merveille sur cette chanson pour illustrer un très joli premier album, Is your love big enough ?, où Lianne La Havas n'est jamais meilleure que seule avec sa guitare (ou accompagné de Willy Mason, donc, le temps de cette suave délicatesse déjà postée ici)

2012 de A à Z (en continuant de R à M)

Si vous avez manqué le début, vous allez ici puis .

RAC Hollywood (featuring Penguin Prison)
RAC pour Remix Artist Collective, ce qui n'est pas tout à fait vrai puisque derrière ce "collectif" se cache un remixeur de Portland qui s'est associé à un autre artiste connu pour ses remixes, Penguin Prison. Sauf que ni l'un, ni l'autre ne font ici dans le remix : il s'agit de la première composition de RAC sur laquelle Penguin Prison pose sa voix. Il était déjà très bon dans ses remixes ; son premier single, un peu étonnant car pas si electro que ça ni, finalement, très enlevé au niveau du rythme, comparé à ce qu'il avait livré dans ses remixes, est néanmoins une complète réussite. J'ajoute que s'il est téléchargeable gratuitement, c'est parce qu'il est produit par le Green Label Sound, né à l'initiative de la marque de soda Mountain Dew pour aider les artistes émergents en produisant leurs premiers efforts avant de les proposer en ligne. De la pub intelligente donc. Buvez Mountain Dew, direction Hollywood.



Queens of the Stone Age Make it wit chu (Virgin Magnetic Material remix)
Cette chanson ne date pas de l'année dernière mais le remix, si. J'en avais déjà parlé ici puis vous ai reparlé de son auteur . Si Virgin Magnetic Material, Israélien de son état, est LE DJ devant lequel je me prosterne cette année, ce n'est pas seulement parce qu'il partage, à en voir la liste des artistes qu'il remixe (beaucoup de choses des années 80 notamment) nombre de mes goûts, mais surtout parce que je suis totalement accro de ses beats lourds, de ce rythme martial et irrésistible. Make it wit chu est à mon goût l'une de ses plus grandes réussites mais allez voir sa page Soundcloud, y a rien à jeter.



Purity Ring Fineshrine
Même si tout ce qui relie les titres entre eux sur cette page n'est rien d'autre que l'année 2012 et l'ordre alphabétique, force est de constater que ce troisième titre confirme ce qui pourrait être une tendance de l'année dernière en matière de musique électronique : le rythme s'est ralenti. Ici, c'est un rythme hip hop avec les synthés poussés à fond comme dans une cathédrale par monsieur sur la voix mutine de madame (puisqu'il s'agit d'un duo mixte et Canadien). L'album est aussi recommandable mais cette chanson (qu'on peut télécharger ici) en est, de loin, le sommet.



POP ETC Live it up
J'aurais sans doute l'occasion de réécrire sur POP ETC qui aura sans doute été le groupe avec lequel on aura été le plus injuste en 2012. Il faut dire qu'avant de s'appeler POP ETC, le groupe s'appelait The Morning Benders. Le monde entier ADORAIT l'indie pop rock des Morning Benders, à classer à côté de Grizzly Bear ou Death Cab For Cutie, deux groupes dont ils ont assuré les premières parties. Or, à la faveur de son déménagement de la côte Ouest à la côte Est, Chris Chu, chanteur et leader des Morning Benders, décide de rebaptiser son groupe POP ETC, de montrer son goût pour les synthés et la r'n'b. Pas forcément une bonne idée pour la critique et ses anciens fans qui lui sont tombés dessus. Moi, je trouve que son sens de la mélodie est toujours là, que Live it up, c'est une petite douceur lumineuse et que le meilleur est à venir.



Poolside Slow down
Je l'ai déjà dit ici et là, vous allez me dire, puisqu'il l'a déjà dit (et ça fait un paquet qu'il a déjà dit), pourquoi il se répète. D'abord, ça montre bien que j'ai quelques obsessions musicales et d'autre part ça permet d'enfoncer le clou, histoire de vous rappeler que Pacific standard time, l'album de Poolside est une tuerie et l'un des albums les plus sous estimés de l'année dernière. Slow down est un très bon reflet de la production du duo Californien, qu'on peut, au passage, télécharger ici.



PAPA Put me to work
Ben oui, celui là aussi, je vous l'ai déjà dit (ici) et j'espère que vous m'avez bien écouté la première fois où je vous conseillais de télécharger le morceau tant qu'il était en diffusion gratuite, ce qui, prédisais-je alors, ne pouvait durer. La madame Irma en moi avait vu juste mais que rien ne vous empêche, si vous avez raté le coche, de vous rattraper en allant acheter la chanson sur Itunes car ce serait dommage de se priver de la chanson rock la plus énergique et la plus prometteuses de l'année dernière.



Niki & the Dove The drummer
Une pythie folk qui n'est pas sans rappeler Stevie Nicks associée à un petit bidouilleur electro ingénieux, le tout né sous le ciel de la Suède (Ah ! la Suède...). Leurs compatriotes de Miike Snow leur ont confié leurs premières parties ; je les aurais aimé rien que pour ça mais leur album est une vraie réussite et là encore je vous le recommande chaudement. The drummer qui m'évoque une version contemporaine du Sat in your lap de Kate Bush me parle forcément plus que d'autres et ma tricherie (la chanson date de 2011) n'en est pas vraiment une tant, encore une fois, ce choix est pour mettre en lumière l'album Instinct, sorti cette année (enfin, l'année dernière, mais je vais pas vous refaire le coup à chaque fois, hein). Ah ! Un dernier truc : j'avais déjà parlé d'eux (avec un autre titre de l'album) ici. Oui, encore !



Night Works I tried so hard
Bon, on va aller vite vu que celui ci, on vous en avait, aussi, eh oui, déjà parlé (finalement, ça sert à rien ce best of, vont pester les uns et les autres, mais je vous l'avais bien dit, non ?). Une boucle de piano qui vous hante jusqu'au bout de la nuit, un moment pour lequel semble avoir été composée cette complainte de l'ex bassiste de Metronomy, qui le place en un coup sur la liste des plus grands espoirs de l'année 2013.



Napoleon With you on my mind
Il y a un truc formidable aujourd'hui via Soundcloud (et autres outils du Net mais, en l’occurrence, Soundcloud) : on peut laisser des commentaires sur les morceaux aux artistes qui s'ils sont polis et pas trop occupés, pas trop connus donc, risquent de vous répondre. C'est exactement ce qui s'est passé avec Napoleon que je suis sur Soundcloud depuis que j'ai appris que derrière ce pseudo se cachait la moitié du groupe Bent. Concernant ce morceau, je lui écrivis : "J'ai toujours pensé que Bent était l'un des groupes les plus beaux et des plus sous estimés groupes du monde. Je vous dois certains de mes plus merveilleux rêves musicaux. Ce morceau est définitivement l'un d'entre eux". Très poliment, Napoleon m'a répondu : "Thanks. Deeply appreciated". J'aurais pu écrire la même chose de With you on my mind.



The Mary Onettes A breaking heart is a brilliant start
OK, ils ont un nom à con (Monsieur et Madame Onette ont une fille, ils l'appellent Marie - rires garantis chez les moins de cinq ans). Mais faut comprendre aussi : ils sont Suédois (Ah ! La Suède...) Et puisqu'on en est là : oui, je vous en ai déjà parlé (ici). J'y disais d'ailleurs combien il m'ait été difficile de choisir entre Love's taking strange ways et cette chanson, toutes deux figurant au générique de leur excellent EP Love forever sorti l'année dernière. Dans leur exploration du son des années 80, leur obsession depuis leurs débuts, ils font revivre cette fois (mais le savent-ils seulement) les Lotus Eaters (promis : je vous en parle un de ces jours si vous ne connaissez pas) avec cette même émotion à fleur de peau. J'attends avec impatience leur troisième album prévu en mars.

vendredi 4 janvier 2013

2012 de A à Z (en continuant de T à R)

Si vous avez raté le début, allez voir ici.

Sébastien Tellier Cochonville (The Magician remix)
J'ai un problème avec Sébastien Tellier ; j'ai toujours l'impression qu'il ne donne pas tout ce qu'il pourrait donner. "Doué mais doit faire des efforts" pourrais-je conclure sur son bulletin annuel. Résultat, il y a toujours un ou deux titres sur ses albums toujours très biens mais qui, précisément, ne font pas un album. My god is blue ne déroge pas à la règle et Cochonville ne doit sa présence ici que par ce remix du Magician (c'est lui qui avait déjà transformé le I follow rivers de Lykke Li en tube) qui lui confère côté plus froid et sec qui lui convient à merveille.



Summer Heart I wanna go
Souviens toi, amateur de musique, c'était hier et c'est comme si c'était il y a un siècle, la Chillwave. Soit la rencontre entre Chill Out et New Wave et vu comme j'aime et l'un et l'autre, j'étais aussi tombé sous le charme de la Chillwave. Sauf que tout le monde s'est mis à faire de la Chillwave sans le talent d'un Washed Out, meilleur représentant de la catégorie, jusqu'à tuer dans l’œuf le mouvement naissant. Summer Heart est donc arrivé trop tard et c'est sans doute pourquoi on n'a pas beaucoup parlé de son très bon album About a feeling. Lui préfère dire qu'il fait de la summerwave. Si ça peut vous décider à jeter une oreille sur son album, va pour moi. Une dernière chose : il vient de Suède (Ah ! la Suède...)



Singtank The party
Un frère et une soeur très hype (surtout la soeur, Josephine, épouse du très en vue producteur Mark Ronson), le duo français formé par les De La Baume avaient tout pour me déplaire et la particule n'arrangeait rien. Sauf que j'ai rendu les armes à l'écoute de leur album In wonder produit par Nelle Hopper (qui produisit notamment Björk, Massive Attack ou Garbage) à l'écriture pop très britannique. Je m'étonne encore aujourd'hui que The Party ne soit pas devenu le tube qu'il aurait du être. La faute à la hype sans doute.



Edward Sharpe & the Magnetic Zeros Dear believer (Timmy the Terror remix)
Je sais que le Rolling Stone américain a classé dans son top 10 l'album du groupe mais je suis absolument incapable de vous en parler : là encore, cette chanson arrive ici grâce à son remixeur, Timmy The Terror donc (jamais entendu parler), qui noie la voix du chanteur sous une montagne d'échos et de synthés. C'est ce qui en fait toute sa saveur.



Séverin La revanche
Au contraire de ce qui précède, je conseille aussi bien cette chanson que l'album de Séverin, qui, bien avant Lescop, s'était fait remarquer, il y a deux ans, avec un single, Noir et blanc, qui revendiquait haut et fort la pop française des 80's. Peut-être trop tôt, allez savoir. Son album, plus variété il est vrai que celui de Lescop, mérite pourtant tout autant le détour. La revanche est une petite ballade aux paroles acides et au charme aussi insidieux que certaines chansons d'Alain Souchon.



Sattelite Stories Sirens (Slow Magic mix)
C'est déjà, je sais, le troisième remix de cette page (et pas le dernier si l'on range le mashup, à venir, dans cette catégorie). Est-ce bien raisonnable ? Mais suis-je ici pour faire des choses raisonnables ? Non, je fais ce que je veux d'abord, na ! D'où Sattelite Stories, groupe finlandais qui a sorti son premier album l'année dernière avec cette chanson dont l'original un peu plus énervé mais pas déplaisant se situe quelque part entre Vampire Weekend et Two Door Cinema Club. Le bien nommé Slow Magic a réduit le tempo, rajouté quelques synthés et à rendu ces Sirens forcément irrésistibles.



Saint Motel Puzzle pieces
Saint Motel est un groupe rock américain (L.A.) dont je n'avais pas écouté le reste de l'album (plutôt pas mal maintenant que je l'ai écouté) avant il y a quelques minutes. Faut dire que tout n'est pas forcément réussi dans Puzzle pieces ; les couplets sont un peu lourdauds, balourds. Mais l'intro, les couplets et ce piano sautillant sont plein d'une énergie très communicative et assez jouissive pour figurer ici.



Xavier Rudd Follow the sun
Xavier Rudd est un artiste australien qui chante mais qui peint aussi. Je ne connaissais rien de sa carrière avant l'année dernière et n'en connaît pas plus aujourd'hui. Disons qu'il navigue quelque part dans le Bush entre folk et new age avec force didgeridoo et autres spécialités locales. A ce titre, sa vidéo est éloquente : entre carte postale d'Australie et reportage chez les aborigènes, elle finit même par ressembler à une parodie. Raison pour laquelle, vous n'avez droit, ici, qu'au seul titre de Xavier Rudd, cette délicate, fragile complainte à la guitare qui pourrait vous émouvoir. Après, et après seulement, vous pourrez voir la vidéo et vous moquer, cyniques que vous êtes. A moins, bien sûr, que vous soyez en plein trip New Age.



Revolver Wind song
Il m'arrive assez souvent de ne plus pouvoir supporter une chanson que j'ai beaucoup aimé mais qu'on a entendu partout. Et ce fut le cas du Wind song de Revolver. Pas assez, donc, pour que je m'en lasse. Si l'album est agréable, il n'atteint que rarement (peut-être aussi sur l'autre single Let's get together) les sommets atteints par cette chanson, véritable petite perle de concision pop qui marque une vraie avancée dans l'écriture de ce groupe français auquel je ne m'intéressais que peu jusqu'à présent et dont j'attendrais désormais impatiemment les prochaines livraisons.



The Reborn Identity This charming video game
 Rencontre improbable de deux titres qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre, le mash up peut sembler anecdotique, ce qu'il est souvent. Mais il existe un petit génie du genre à Manchester qui se fait connaître sous le nom de The Reborn Identity en postant chaque mois (voire plus souvent) sur son site une petite merveille du genre (je vous ai déjà conseillé ici son mash up entre Abba et Ellie Goulding). Et effectivement les chansons retrouvent une identité sous ses mains comme cette chanson sautillante des Smiths devenue torch song incandescente à la lumière de Lana del Rey.

2012 de A à Z (en commençant par Z à T)

Voici donc, en dehors des chansons de Patrick Watson et Mike Snow dont je parlais ici, quelques chansons qui m'ont marqué d'avantage que d'autres l'année dernière parmi celles, évidemment, qu'il m'a été donné d'écouter. Ben oui : je n'ai pas la prétention de connaître l'entière production discographique de 2012 et je sais que, dès les jours prochains, je découvrirais d'autres chansons qui auraient pu, découvertes à temps, se retrouver ici. Ne comptez pas sur moi pour un classement non plus : certaines chansons correspondent à certaines humeurs, certains moments et sont donc, chacune à leur façon, les meilleures de l'année. J'ai choisi l'ordre alphabétique parce qu'il en fallait bien un et, tant qu'à brouiller d'avantage les pistes, l'ai pris à l'envers. Et comme je ne vais pas faire ça pendant des jours et des jours, ça va être une dizaine par post. Vous n'êtes bien entendu pas obligé de tout écouter. Voici donc 2012, dans un premier temps de Z à T.
The Zolas Knot in my heart
J'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de cette chanson. Quelquechose dans le piano du couplet. The Zolas ont sorti un plutôt bon album mais rien à la mesure de cette chanson qui se démarque vraiment du lot.



Yuna Live your life
Yuna est une chanteuse Malaisienne et je crois que c'est la première artiste malaisienne qui passe entre mes oreilles. M'étonnerait toutefois que Live your life doive beaucoup au folklore malaisien. Chanté en anglais, j'ai découvert cet ballade sur le site rcrdlbl qui a la bonne idée de proposer de la musique gratuite. C'est toujours un plaisir d'y trouver de la musique de qualité prouvant que gratuité n'est pas forcément synonime de rogaton. Vous allez me dire que cette petite ballade n'a rien d'exceptionnel et vous aurez raison. Il n'empêche que son côté feelgood music reste chaleureusement dans un coin de ma tête. Je n'en demande pas plus.



The XX Chained
Un ami lecteur m'interrogeait récemment : "Vraiment, tu le trouves bien l'album de XX "? A cette question, je réponds ô combien positivement. Certes, Coexist ne fait pas franchement avancer le schmilblick par rapport au premier album. Mais le minorer revient à minorer la parfaite formule qu'a trouvé The XX : un musique dance totalement déshabillée qu'on pourrait confondre (le look sans doute et la prédominance de la basse) avec une musique indie gothique et ascétique. La petite boîte à rythme de Chained rappelle qu'il s'agit bien de danser ; ce sera volontiers.



Bobby Womack featuring Lana Del Rey Dayglo reflection
Comme pour the XX, un choix qui reflète aussi bien mon goût pour l'album que pour cette chanson dont j'ai déjà dit ici le plus grand bien. Enfin pas tout à fait. Je veux dire que j'aime beaucoup l'album de Bobby Womack. Mais cette chanson est, n'ayons pas peur des mots, magnifique. Et je sais très bien que j'ai écrit pas de classement ; n'empêche, n'étant pas à une contradiction près, celle ci occuperait bien la première place. Le fait que Bobby Womack vienne d'avouer souffrir d'Alzheimer ("Comment puis-je ne pas me souvenir de chansons que j'ai moi même écrites ?" a-t-il déclaré) ne fait qu'ajouter de la mélancolie à cette plainte des plus classieuses.



Yan Wagner featuring Etienne Daho The only one
Le son Daho du début des années 80 est revenu à la mode en 2012 (déjà dit ici). Merci à Yan Wagner d'assumer à fond l'héritage en offrant à Daho l'une de ses meilleures chansons depuis longtemps, en conjugant, à merveille, sa voix de fan à celle de son idole.



Villa Kang Lady from Shanghai
Le vrai titre de cette chanson est Touch of evil mais vu le nombre de fois où ils répètent "Somewhere in the night / With the Lady from Shanghaï", on a tôt fait de ne retenir que son sous titre. Et on le retient bien. Le refrain, orné de quelques chinoiseries of course, se colle à votre mémoire comme un chewing gum à votre chaussure. La différence, c'est qu'on n'a pas envie de s'en débarrasser. Ah, il parait qu'on peut le télécharger là gratos (mais évidemment je ne vous ai rien dit). Quant au reste de la production de ce groupe canadien, à vrai dire, j'en sais rien.



Trails and ways Nunca
Tous les bloggeurs connaissent Trails And Ways qu'ils ont élu comme l'un des meilleurs groupes de l'année 2012. Mais si vous n'êtes pas non stop sur les sites musicaux, il y a peu de chance que vous connaissiez Trails and Ways, très très attendus en 2013. Il faut dire que ce groupe américain d'Oakland n'a encore sorti aucun album mais - c'est très énervant pour la concurrence - une série de EPs absolument parfaits parmi lesquels il m'a été difficile de choisir un titre plutôt qu'un autre (on peut aussi télécharger leur très bon single Tereza à l'adresse indiquée au paragraphe précédent). Pourquoi Nunca donc ? Parce que ce fut le choc initial par lequel je les ai découvert, l'une des chansons les plus postées sur les blogs du monde entier l'année dernière et vous comprendrez pourquoi quand vous l'aurez écoutée. Comment la définir ? Comme ils le font eux même sur leur page Soundcloud : de la Bossanova Dreampop.



Thrupence Synchronous bloom
Ce titre est un extrait de l'album Voyages qui n'est en fait pas un album mais un EP. Mais quand un EP comporte 9 titres, ma foi, j'ai un peu de mal à me repérer. Je sais juste qu'à 5$ sur sa page Bandcamp, c'est une affaire. Voyages est une petite merveille ambient aux sons éthérés made in Australie sur laquelle tous les titres pourraient figurer sur les meilleures des compilations lounge. Ca bouge presque avec Synchronous bloom, le morceau le plus enlevé de Voyages. Bon, presque, j'ai dit.



The Thieves From The North LK
Après l'avoir cherché un peu partout sur le Net pour vous le présenter, je me suis posé cette question : "Mais où j'ai bien pu trouver ça ?". En Suède pourrait être un bon début de réponse vu que le groupe, comme leur nom l'indique, vient bien du Nord de l'Europe et de Suède (Ah ! La Suède...) précisément. Ils ont sorti un album plein de cette bonne humeur printanière un peu hippie (Donovan qui vous fait chanter en choeur autour d'un feu de camp si vous voulez une image) qui règne dans Lk. Finalement j'ai trouvé la réponse à ma question : j'ai été trouver ça sur le très bon site Music Under Fire où je vous ai déjà envoyé précédemment sur cette même page, et où je vous renvoie pour pouvoir écouter et télécharger Lk.

Tennis Petition (Vacationer remix)
Je vous le dis tout de go : le groupe Tennis ne m'intéresse absolument pas. Ce titre doit bien plus à ses remixeurs, le groupe de Philadelphie Vacationer qui a sorti un bon album cette année. Mais leur meilleur travail, assez révélateur de leur son, est donc ce remix qui apporte toute la fraîcheur et légèreté à une chanson qui n'en possédait pas beaucoup au départ. Carton plein sur le Net cette année (enfin, l'année dernière mais vous m'aurez compris).


mercredi 2 janvier 2013

C'était l'année dernière*

J'avais dit pas de best of. Sauf qu'évidemment, à force d'en lire à droite, à gauche, au centre et au milieu, j'ai fini par en faire un. D'autant que c'est bien pratique, plus tard, de se rappeler de ce que j'ai écouté et aimé durant l'année 2012. C'était une habitude dans les années 80, perdue plus tard et revenue l'année dernière, à la faveur des vœux. La technique est simple : si je connais le morceau par cœur, c'est que j'ai du l'écouter une demi douzaine de fois, et donc, à moins d'un grand masochisme de ma part, que je l'ai aimé. Ainsi s'accumulent les morceaux sur une liste qui ne doit pas dépasser les 700 mégaoctets, soit la taille d'un CD à envoyer avec les vœux. Cette année, ma liste compte 79 titres, dont un certain nombre fut posté dans ces pages. A vrai dire, j'hésite à la poster. Ne voulant pas t'importuner, ô lecteur, je tache de limiter tes écoutes à plus ou moins cinq titres par jour. Avec 79, comment dirais-je, j'aurais sévèrement l'impression de dépasser les bornes.
Avant de répondre à cette ô combien terrible question, étant donné que j'ai passé en revue l'année 2012 sur mon Itunes et dans quelques journaux français, anglais ou américains, laissez-moi me mettre en rogne deux minutes contre l'absence, dans tous les classements, de deux albums, qui font, pour moi, partie des meilleurs de l'année. Je sais bien tout ce que cela a de subjectif comme je l'ai déjà dit ici mais, après avoir constitué ma liste Best of 2012, il y a deux albums pour lesquels je n'ai pu choisir entre deux titres et les ai donc, toutes les deux (enfin toutes les quatres, vu qu'il y a deux albums), qualifiées. Vous aurez compris qu'il s'agit de mes injustes oubliés.
Vu l'engouement qu'ils provoquent sur le Net chez les bloggeurs, je ne pense pas que cela affecte réellement Miike Snow. Evidemment leur deuxième album est une déception par rapport au premier. Mais le premier était une telle merveille... Maintenant oubliez le un instant ce premier album et écouter Happy to you sans le comparer à l'incomparable. Cela reste, de loin, parmi les plus belles chansons de l'année, les plus accrocheuses comme Paddling out.



Ou simplement irrésistibles comme Bavarian #1 (Say you will)



Si j'ai une chose à reprocher à Miike Snow en 2012, c'est un live plutôt raté à Paris, sans doute accident de parcours dû à des conditions techniques effroyables dans le parcours d'un groupe sans faute sur scène à en croire les nombreuses éloges lues sur leurs prestations en directes.
Je n'ai absolument rien à reprocher à Patrick Watson, les seconds oubliés des listes, et, à en croire cette vidéo où le groupe canadien interprète en concert Lighthouse qui ouvre le très beau Adventures in your own backyard, je ne pense pas que j'aurais été déçu si j'avais eu la chance de les voir en live.



Pourquoi cet album ne figure ni dans le classement des Inrockuptibles, du New Musical Express ou de Rolling Stone relève pour moi du plus total du mystère. Mais finalement, vous savez quoi, c'est pas plus mal comme ça : on n'a pas envie de partager ce à quoi on tient le plus. Ou alors avec ceux qu'on aime. Comme je vous aime un peu, voici la deuxième chanson qui me fait fondre sur cet album. Une chanson qui pourrait n'être qu'une énième petite ballade folk si ce n'était les arrangements et ces choeurs célestes qui apparaissent à 1'40''. La chanson s'appelle Words in the fire. Des mots dans le feu. Parce qu'un jour tous ces classement sur papier finiront comme allume feu dans la cheminée. On aura tout oublié. Sauf la musique.



Cool : ça en fait quatre. Plus que 75 à venir.

* A tous ceux qui se disent : "Mais merde, ça me dit quelque chose ce titre" sans pour autant mettre le doigt dessus, voici la solution du problème. Pas sûr que vous remerciez pour autant.

mardi 1 janvier 2013

Des paysages

Me voilà revenu aux affaires. Me voila revenu tout court. Avec un paquet d'images en tête et, dessus, un paquet de musiques, vu que mon traveling américain en Ford Mustang s'est effectué avec un remarquable système audio et mon Ipod en shuffle. Bon, on a essayé la radio parce que c'est bien, quand on se trouve dans un autre pays, d'être aussi dépaysé par des éléments tels que la musique qui passe à la radio. Mais, outre le fait que nous n'étions pas si dépaysés que ça (Pink, Ke$ha, Will I Am& Britney ou Psy, on connaît aussi), on en a très vite soupé des chansons de Noël même si je vous conseille le très-kitsh-mais-c'est-pour-ça-qu'on-l'aime Donde esta Santa Claus de Augie Rios, chanson de 1958 qu'il sera toujours temps de ressortir  l'année prochaine pour remplacer le Petit papa Noël de Tino Rossi. Le problème aussi, le problème surtout, c'est que ces musiques n'allaient pas du tout avec les panoramas grandioses et désertiques de Death Valley, par exemple. On peut tous se faire une idée de Death Valley, même si l'on y est jamais allé, via la pochette de l'album Joshua Tree de U2.


Ben oui, parce que même si vous avez un parc national américain qui s'appelle The Joshua Tree, la photo de l'album du même nom par Anton Corbijn, n'a pas été prise dans ce parc mais bien dans cet autre, Death Valley, encore plus monumental, grandiose, démesuré, et, en celà, bien en corrélation avec l'image du groupe que le photographe avait alors sous les yeux. Il faut dire que U2 voulait parler de l'Amérique dans The Joshua Tree, qu'il fallait une image qui en soit le reflet et ce fut donc celle-là. Et l'Amérique dont ils voulaient parler, c'était sans doute ce truc immense, gigantesque, avec désert à perte de vue, bref des paysages qui ne peuvent être que made in USA. Et quand on a tout ça en tête, plutôt que des chansons, on a sans doute envie d'hymnes, à chanter non dans des salles de concerts, mais bien dans des stades. Vous n'avez pas envie de grand mais de grandiose et c'est exactement ce que fut The Joshua Tree. C'était le premier album post Band Aid de U2 qui, lors de l'événement, était devenu LE groupe live le plus enthousiasmant du monde. A l'arrivée, c'était finalement assez logique que The Joshua Tree devienne ce disque événement vendu par camions entiers ; à viser le monumental, le groupe avait atteint son objectif. D'autant que chaque chanson de l'album est une réussite (sans doute le propre de tous les grands albums) même les moins connues de l'album comme la majorité de la face B, telle ce Red Hill Mining Town qui ouvrait cette face.



Avant d'entamer ce papier, je n'avais en tête que la trajectoire des Irlandais entre The Joshua Tree en 1987 et Achtung Baby en 1991. J'avais oublié ce détail qui a son importance : quand U2 a sorti The Joshua Tree, j'étais encore au vinyle, au grand format cartonné donc, alors que pour Achtung Baby, j'étais passé au CD, petit boitier plastique. Et c'est sans doute ce même rétrécissement qu'a subi U2, plus ou moins de son plein gré. Quand j'ai acheté The Joshua Tree en 1987, je me souviens que c'était cool d'écouter U2. Un an plus tard, au gré d'un de ces retours de manivelle si communs sur le chemin du succès dont il doit être pavé, ça ne l'était plus du tout. La faute sans doute à un album moins bon que les trois autres que le groupe venait d'enchaîner (Rattle and Hum donc, après War, The Unforgettable Fire et The Joshua Tree) mais pas seulement. Certains - j'en fus, sans doute - se mirent à brûler les idoles qu'ils vénéraient hier. Soudain, U2, et plus particulièrement Bono, son chanteur porte parole, n'était plus cool du tout, devenait fatigant à force de vouloir sauver le monde, avait la folie des grandeurs. Autant de gens qui n'étaient sans doute pas passer par la Death Valley, qui ne comprenait donc pas forcément l'effort du groupe à délivrer, en sons, l'équivalent de grands espaces, de faire de leur musique une communion avec des paysages immenses. Sans doute parce nous sommes trop petits, trop mesquins, trop moqueurs... Trop humains sans doute. Trop européens peut-être d'abord, car dans la vieille et petite Europe, on a du mal à envisager l'échelle américaine. Et au lieu de prendre de la grandeur, de tous nous élancer en volant dans les cieux derrière Bono, nous avons préféré voir les ailes de cet Icare moderne fondre au soleil et rire en le voyant se casser la gueule, puisque, c'est bien connu, le rire est dans la chute. Ce que nous avions oublié, c'est que Rattle and hum n'était qu'anecdotique ; constitué de reprises, lives et seulement une poignée d'inédits, il n'était destiné qu'à illustrer le documentaire filmé lors de leur tournée américaine de 1988. Ce que nous avons oublié aussi, c'est que U2 était encore un grand groupe capable d'agir en conséquences. Quand Bono s'est vu ainsi renvoyer cette image dans laquelle il ne se reconnaissait pas, il a littéralement pris les observateurs à leur propre piège en leur servant sur mesure une rock star créée de toutes pièces : d'où la veste en cuir, les écrans omniprésents et les lunettes façon mouche pour le biennommé The Fly, signe avant coureur de l'album à venir Achtung Baby.



Mieux, la musique du groupe était en osmose avec cette transformation : enregistrée à Berlin, au centre de cette vieille Europe dont elle se voulait le reflet, la musique n'offre plus d'envolée lyrique, se tourne vers un son moins ample, plus terre à terre sans doute, étriqué comme peut l'être la vieille Trabant dans lequel s'entasse le groupe dans l'une des multiples vignettes, également en couleur cette fois mais toujours signées Corbijn, qui composent la pochette d'Achtung baby. 


Et c'est avec cet album que la vieille Europe est retombée sous le charme de U2. Moi, le premier. Loin de moi l'idée de faire ici une thèse sur U2 ou de défendre l'intégralité de leur carrière : après la décennie des 90's où j'ai plutôt admiré leur esprit d'aventure et d'expérimentations, j'ai été déçu par l'album All the things that you can't leave behind, qui représentait précisément tout le contraire, et à peu près tout ce qui a suivi depuis. Mais, s'agissant de décrire mon voyage et mon retour ici, je n'ai rien trouvé de mieux que cette métaphore musicale. Du grand, de l'infiniment grand, difficile à raconter ou à imaginer pour ceux qui pensent et vivent petit. Si je dis "La nature est une force", le genre de choses que vous êtes amenés à penser quand vous contemplez ces paysages, vous allez, vous, penser, rempli d'un cynisme dont je sais aussi me faire le héraut, à un slogan publicitaire (et vous n'aurez pas tort). Des points de vue peu conciliables qui participent sans doute à l'image que nous nous faisons des Américains et l'image, sans doute, que les Américains ont des Européens.
Je revois à l'instant cette scène du Live Aid qui fut pour beaucoup dans la mythologie U2. Comme tous les autres artistes, U2 aurait du faire trois ou quatre chansons live. Ils n'en feront que deux. Soit moins que tous les autres et c'est pourtant d'eux dont on se souviendra à l'issue du concert. Il faut dire que l'une des deux chansons fut Bad dans une version qui dura près de quatorze minutes dans un concert où tout le monde avait droit à un quart d'heure. Pendant la chanson, dans ce passage qui reste gravé en mémoire, Bono sort de scène, se rend derrière les barrières où la foule s'entasse et finit par serrer dans ses bras une des spectatrices. Une image que j'ai trouvé belle autrefois mais que mon esprit cynique peut aujourd'hui trouver too much, un truc un peu trop pensé pour assoir une image. Il se trouve que Bono avait réellement vu, depuis la scène, cette jeune fan se faire écraser par la foule. Le seul moyen qu'il avait trouvé pour la sortir de là, fut, littéralement de la faire sortir par les vigiles en la leur indiquant. Bref de la grandeur d'âme que nous avons vite fait de réduire à de la stratégie : trop humain, je vous dis, trop humain.



PS : Vous vous souvenez du Joshua Tree de The Joshua Tree ? L'arbre de Josué (the Joshua tree donc) est cette espèce d'arbre qui ressemble à un yucca qui ne serait plus une plante d'appartement mais un véritable arbre. On ne le trouve qu'en Israël et dans le Sud Ouest des Etats Unis. Quand on ouvrait la pochette de l'album de U2, il y avait cette photo du groupe auprès de l'un des spécimens de l'espèce.


Eh bien l'arbre, depuis, a été abattu.
Bonne année 2013.