dimanche 21 octobre 2012

A contretemps

J'ai lu récemment quelques critiques de deux albums dont j'ai du le plus grand bien ici même, ceux de Bat For Lashes et de Efterklang. Mauvaises, les critiques. Sous prétexte que ces deux artistes avaient fait mieux avant. Je ne vais même pas rentrer dans ce débat. Il est d'autant plus stérile que, sur ces mêmes albums, j'ai aussi lu de bonnes critiques. Ce qui montre comme la critique n'est finalement qu'un point de vue. Un point de vue, qui plus est, qui peut changer au fur et à mesure de la distance, et donc, du temps. De toutes façons, quoique je puisse lire, cela ne m'empêchera pas d'apprécier très personnellement, très égoïstement (enfin, pas tout à fait, puisque je les partage ici) ces deux albums. Ce n'est de toutes façons ni la première, ni la dernière fois que j'aimerais l'album d'après alors que, de l'avis général, l'album d'avant était meilleur, ou bien le contraire. J'emmerde l'avis général ! Si un album vous parle, laissez le vous parler sans écouter les commères, les bien pensants qui pensent, par exemple, que le dernier effort de Cat Power n'est pas très glorieux. Or, j'aime beaucoup le dernier album de Cat Power. Grosse surprise en ce qui me concerne et pour cause : je n'ai jamais accroché sur Cat Power. Mais alors jamais. The Greatest, que tout le monde a aimé, c'était peut-être bien mais ça ne me faisait rien. J'allais pas non plus éteindre la radio quand ça passait mais ne voyais pas non plus pourquoi j'irais acheter ça. Et puis, comme toujours curieux, je jette une oreille à Ruin, premier single annonciateur de son nouvel album, Sun. Et c'est comme si sa musique prenait sens et/ou, en tout cas, sa place dans ma discothèque.



Cette impression de décalage marche aussi dans l'autre sens. Evidemment, en fan de la première heure que je suis, c'est à dire bien avant que son nom soit accolé à celui de Salvador, j'ai été très heureux du succès de La Superbe pour Benjamin Biolay. Sans trop comprendre ce que tout le monde trouvait à cet album. Ou bien plutôt en comprenant très bien car c'est précisément ce qu'on trouvait déjà dans Trash Yéyé, l'album d'avant. En mieux. L'album que si peu de gens ont entendu que Biolay s'était fait viré de sa maison de disques. Il y avait pourtant matière à tubes. Une matière d'autant plus émouvante que Biolay était allé gratter ses plaies pour livrer ce qui transpire sa séparation d'alors avec Chiara Mastroiani. J'étais d'ailleurs persuadé qu'il allait décrocher le jackpot avec Rendez-vous qui sait.



Et pour ceux qui ne retrouvent pas dans ce titre le panache de La superbe, je conseille le grandiose et très EnioMorriconien passage sur la lumière du could-have-been-a hit Qu'est-ce que ça peut faire.



A l'heure où sort le nouvel album de Benjamin Biolay, j'ai trouvé, au détour d'un article dans GQ ce mois-ci, une référence à cet album. Le journaliste y dit que c'est le meilleur album de Biolay ! Comme quoi... Cela étant, et même si c'est une petite satisfaction personnelle, je sais très bien que, de l'avis général, c'est encore La Superbe qui s'impose.
De la même manière, si l'on parle de Neneh Cherry, on parlera plus volontiers de son premier album, Raw like sushi (vous savez celui avec les tubes Buffalo stance et Manchild), voire de son troisième album Man (vous savez celui avec les tubes Woman et 7 Seconds), que de son deuxième album Homebrew (vous savez celui avec pas de tubes du tout). Pourtant, vous l'aurez compris, c'est Homebrew mon album préférée de la chanteuse. Et, normalement, dans un monde parfait, c'est à dire où tout le monde entendrait la musique de mon oreille (oui, on a le droit d'être un peu mégalo parfois), Trout, en duo avec Michael Stipe de REM, et son sample malin, aurait du tout déchirer.



Ce ne fut, comme on le sait, pas le cas. Plusieurs années plus tard, Neneh Cherry, alors au sein du groupe Cirkus, était programmé au festival de jazz d'Orléans. Invitée sur la radio où je travaillais, j'étais chargé de la traduction de l'interview de la chanteuse. Pour tous ceux qui se le demandent ("Alors elle est comment, en vrai ?"), Neneh est aussi charmante qu'on se l'imagine. Du coup, même si c'est un exercice auquel je n'aime pas trop plier les artistes (je me dis que ça doit les faire chier + je suis d'une timidité paralysante + de toutes façons, un autographe...),  je n'ai eu aucun problème à lui demander de signer un de mes albums que j'avais tous amenés, histoire de lui montrer que j'étais fan. Elle me sourit mais m'explique qu'elle n'allait tout de même pas tous les signer et me demande donc de lui en désigner. Mon préféré, ajoute-t-elle. Je lui tends donc la pochette de Homebrew. Elle le signe puis, en partant, me glisse : "It's my favorite too". On n'est pas forcément décalés ; on est tous calés sur des fuseaux horaires/musicaux différents.

samedi 20 octobre 2012

Hypnose

De la même façon que le nouveau logo de ce blog (d'ailleurs merci pour tous vos messages de félicitations, non, j'déconne, y'en a eu qu'un, mais merci quand même) mais surtout son arrière plan peut entraîner des réactions hypnotiques, il en va évidemment de même pour la musique. Et, pour cela, la musique a un instrument qui peut s'apparenter au pendule de l'hypnotiseur : la boucle. Ca marche pour la plupart des musiques électroniques et ce n'est pas un hasard si l'un de ses sous genres est la Trance, la transe désignant un état physique proche de l'hypnose. Mais loin de moi ces considérations médicales, et je vous épargnerais, ce matin du moins, parce que y aura bien un moment où vous y aurez droit, les morceaux Trance de mes jeunes années dopées. Non, si je vous parle de boucle, c'est pour deux jolis morceaux apparus sur le Net. Pas plus tard qu'hier je tombe sur Satin Jackets, un duo allemand, qui a judicieusement intitulé son titre You make me feel good et pour débuter le week-end, avouez que ça tombe plutôt bien.



En guise d'entrée, avouez que c'est agréable. Mais passons au plat de résistance : ce qui est incroyable dans ces morceaux, en tout cas ceux réussis, c'est qu'on ne peut plus se détacher de cette boucle. Ou plus particulièrement d'un motif de la boucle. On est fasciné, on en veut toujours plus, on ne veut surtout pas que ça s'arrête dans un break et on est soulagé quand ça réapparaît plus loin dans le morceau. En cela le morceau de Night Works  I tried so hard ne cesse de me parler au sens où je n'en aurais jamais assez de ce piano mélancolique qui débute et clôt le morceau.



Ca peut sembler on ne peut plus simple ce morceau : tu trouves le bon motif et tu le boucles, c'est pas sorcier. Sauf que trouver le bon motif, celui qui ne cessera de fasciner, n'est pas donné à tout le monde. Le fait que derrière Night Works se cache le premier bassiste de Metronomy ne m'étonne absolument pas. Il faut être musicien pour pondre un truc pareil, aussi simplissime que cela pourra paraître à certains. A qui je dis : "Tu la boucles !" Jeu de mots, merci Maître Capello et je remets dix francs dans le nourrain. Remarquez, dans le style jeu de mots à deux balles, mais involontaire j'imagine, une personne a commenté le titre de Nightworks sur Youtube en écrivant : "En boucle dans mon casque". Toutefois, cela illustre bien l'effet hypnotique d'un titre comme celui-ci. Un effet qu'on peut remettre sur le dos du remix de Don't Understand du Danois Tomas Barfod par les Anglais d'Abstraxion. Cette fois c'est la voix qui vous entrâine ne cessant de répéter tel un mantra : "And I'm walking in dream / And I'm walking so fast".



J'en profite, au passage, pour vous conseiller le très bon album de Tomas Barfod pour qui, évidemment, s'intéresse aux musiques électroniques. En même temps, si vous ne vous intéressez pas aux musiques électroniques, vous n'êtes sans doute pas en train de lire ces lignes. Ou alors vous vous faites du mal. Masochiste ! Ou bien encore vous êtes hypnotisé. Aussi hypnotiques soient-elles, ces musiques ne pourront jamais m'ordonner de dormir profondément. Pour une bonne raison, c'est que je ne peux pas m'endormir en musique. Evidemment, ça m'est arrivé, un peu comateux, de tomber après une certaine heure disons avancée de la soirée, alors que la musique hurlait encore des baffles. Mais jamais la musique ne m'a bercé au point de m'endormir. Il semblerait que l'écoute d'un morceau, même à volume minimum chez moi, laisse invariablement ma conscience sur "on". Sauf pour UN disque. Je mets "un" en capitale, car il n'y a bien que ce disque qui ait cet effet et on atteint des sommets, ce disque étant l'un de ceux que j'ai le plus écouté, le plus usé de ma vie ; et ce n'est pas parce qu'il est le seul à avoir cet effet soporifique, au premier degré du terme, qu'il l'est, au second degré. The Guardian, qui l'a classé dans sa liste des 1000 albums à écouter avant de mourir, en parle comme d'un "chef d'oeuvre intemporel d'une insondable beauté". Je sens que j'ai assez fait  monter la sauce pour briser la le suspense : Mesdames et Messieurs,  roulement de tambour, voici 76:14 de Global Communication.


Sorti en 1994, ce disque est considéré pour beaucoup comme l'un des plus beaux albums d'Ambient. Pour moi, c'est LE plus beau et c'est presque dommage de le réduire à un genre. Son titre, c'est sa durée, soit à peu près le maximum de ce que vous pouviez rentrer sur un CD, ce me semble ; Mark Pritchard et Tom Middleton, les deux têtes pensantes de Global Communication, n'avaient pas voulu lui donner de titre (pas plus qu'à chacun des morceaux qui le composent qui, eux aussi, portent leur minutage en guise de nom) de manière à laisser les auditeurs libres d'interpréter comme bon leur semble leur musique. Mon morceau préférée, c'est sans doute le deuxième, le préféré d'ailleurs, je m'en rends compte en allant sur le Web, de beaucoup de personnes qui ont écouté cet album. Il s'ouvre et se ferme par un lent battement métronomique qui pourrait tout aussi bien être le son de la trotteuse d'une horloge. D'ailleurs pour moi, elle s'apparente exactement à ce bruit : petit garçon, on me faisait dormir, chez mes grands parents, dans un lit installé au salon où trônait une horloge qui avait la même sonnerie que Big Ben. Tous les quarts d'heure, elle se manifestait et, entre deux quarts d'heure, toutes les secondes, émettait ce bruit un rien stressant puisque je savais que je n'avais que quinze minutes pour m'endormir. Rien ne prédisposait donc ce bruit à devenir un ingrédient phare d'une de mes chansons, c'est le cas de le dire, de chevet. D'ailleurs, ce bruit, me semble-t-il, renvoie tout le monde au temps qui passe. Mais ce qui pourrait être anxiogène ailleurs est ici étrangement réconfortant. On est littéralement bercé, passant au ralenti d'un motif à un autre. Car, c'est là où Global Communication fait très fort, ce n'est pas à un motif qu'il vous attache mais à plusieurs qui reviennent en boucles, se liant, se déliant, envoûtant, hypnotisant. Autant vous dire, que si vous avez commencé la journée du bon pied avec le premier morceau de cette page, vous risquez de la voir se terminer bien vite. Plus exactement dans 14 minutes et 31 secondes, qui vous laisseront, sans doute, quelque peu engourdi. Si vous aimez, faites passer, faites tourner.

vendredi 19 octobre 2012

Vampires

Je suis tombé ce matin sur un blog dont l'auteur, en postant Landfill des prometteurs anglais de Daughter, s'interrogeait en ces termes : "when can you ever have too much solid material from a burgeoning young singer-songwriter ?" La réponse sous entendue à sa question étant jamais. Non, on ne peut jamais avoir trop de la solide production d'un jeune auteur compositeur émergent.


Daughter - Landfill

J'ai immédiatement eu en tête l'image d'un vampire assoiffé qui n'en aura jamais assez du sang frais. Et n'est-ce pas en quelque sorte ce que nous devenons quand nous courrons perpétuellement à la recherche de la Next Big Thing, essaimant les cadavres de nos découvertes à peine y avons-nous planté les crocs ? Il y a toujours sur le Web un emballement excessif pour tout ce qui est nouveau. L'attrait pour les vierges sans doute. Et l'on fait monter la sauce à l'aune d'un morceau, qui, aussi agréable soit-il, n'est qu'un seul morceau. Cela a sans doute aussi à voir avec notre façon de consommer la musique. Depuis l'avènement du shuffle, on n'écoute plus vraiment un album dans son intégralité mais on préfère un titre ici, puis un titre par là, etc... Mais dans ces conditions, fait-on vraiment émerger des artistes ? Il me semble au contraire que nous les tuons dans l’œuf, ne leur laissant pas le temps de grandir. Car on attribue des qualités aux titres de ces jeunes artistes qu'ils n'ont pas vraiment. Je ne veux pas dire, par exemple, que la musique de Daughter ne soit pas agréable. Mais est-elle à ce point géniale qu'elle se retrouve tout en haut des classements des morceaux les plus appréciés sur le web en ce moment ? Va-t-on encore s'intéresser à Daughter quand ils sortiront leur premier album. Car Daughter n'a sorti, à ce jour, que dix titres (deux EP et un single). Cela condamne les artistes au toujours mieux. Or, c'est une évidence, un artiste émergent, pour se faire remarquer, mettra en avant ce qu'il a de meilleur en stock avant de délivrer des morceaux disons plus fragiles. Et qui risquent donc de se faire briser. Evidemment il y aura toujours, dans le lot, des artistes qui valent le coup tout de suite et dont on poursuivra longtemps les efforts. Mais pour un Daughter (sur l'avenir duquel je ne me fais quand même pas trop de souci), combien de On And On, célébré avant même d'avoir pu peaufiner leur propre style ?



Qu'est-ce qui nous pousse à toujours aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte ? Ce travers m'étreint chaque jour au moment de poster quelques chansons sur ce blog. Je me dis toujours qu'il faut faire connaître des choses nouvelles. Quitte à perdre mon temps à les chercher. Quitte à perdre du temps tout court parce qu'avec cette fuite en avant, j'en oublie que la connaissance ne passe pas seulement par demain, mais aussi par hier. Bon là, je sens que je vous embrouille ou que je vous emmerde, ce qui revient au même. Alors parlons plus concrètement : plutôt que de vous diriger vers de jeunes artistes, qui vous apporteront l'ivresse du beaujolais nouveau, ne vaut-il pas mieux vous orienter vers des artistes qui ont (disons fort à propos) de la bouteille, bref vous servir un excellent Bourgogne tiré tout droit de la cave ? Et se laisser du temps pour voir si la petite piquette ne peut pas donner quelque chose avec l'âge.
On en arrive à des situations absurdes où, pour toujours intéresser le chaland, un musicien doit se réinventer sous une nouvelle identité à peine a-t-il dévoilé la première. C'est le cas de Matt Mondanile, que j'ai découvert l'année dernière avec son groupe Real Estate et qui réapparaît ces jours-ci avec le projet Ducktails.


Il faut dire que les artistes, comme l'industrie du disque, ont su très vite s'adapter à notre inclination naturelle vers le toujours plus frais, toujours plus excitant. De manière très cynique, Bill Drummond, employé d'une maison de disque, en avait démontré le principe avec un livre The Manual (How to Have a Number One the Easy Way) où il expliquait non seulement comment faire un gros succès mais aussi comment, pour continuer d'intéresser les gens, il fallait se réinventer une identité. Le pire, c'est qu'il en a fait la démonstration d'abord avec The Timelords pour Doctorin' the tardis qui fut n°1 des charts anglais en 1988, puis avec The KLF qui atteidra la même place deux ans plus tard.



Toutes ces considérations ne m'empêcheront pas de conclure par un duo américain qui n'a que cinq ans d'existence, un seul album au compteur et toujours le même nom. Mais qui continue d'exciter les curieux. Tout simplement parce qu'ils continuent de faire de la bonne musique, sans baisse de régime. Sans baisse de régime jusqu'à présent. Mais jusqu'à quand Holy Ghost! continuera à nous faire croire qu'ils ont toujours le sang frais ?

jeudi 18 octobre 2012

La plus belle chanson du monde

La plus belle chanson du monde n'existe pas. Il y en a trop que j'adore pour en désigner une en particulier. Ce serait comme rentrer dans un musée et dire que telle toile est plus belle que toutes les autres. Ou dans un jardin que telle fleur est plus belle que toutes les autres. Leurs beautés respectives sont tout bonnement incomparables. Nous le savons tous très bien. Il n'empêche que nous continuons tous à nous passionner pour des concours de Miss : qu'ils s'appellent Oscars, Césars, Grammy, Victoire, classement de fin d'années et autres Top en tous genre, nous n'avons de cesse de savoir qui remportera la statuette, qui sera le premier sur le podium. Me demander quelle est la plus belle chanson que je connaisse, c'est un peu comme me demander : "T'écoutes quoi comme musique ?" Une question qu'on m'a souvent posée et à laquelle je réponds souvent embarrassé car cela arrive dans une conversation où ma réponse est attendue en trois minutes maximum quand il me faudrait des heures, des jours, des semaines... D'où l'écriture de ce blog.
Mais pour les gens pressés, et n'étant pas à une contradiction, ainsi, en l'occurrence, qu'à une absurdité près, si je devais désigner la plus belle chanson du monde, ce serait celle-ci.



Je connais cette chanson par coeur. Je dis bien PAR COEUR et, par capitales interposés, je ne veux pas parler du texte. C'est quand même pas compliqué de connaître un texte qui doit connaître quatre lignes ; une fois que vous connaissez le titre de la chanson, vous connaissez déjà le refrain ! Non, je veux dire que je connais les notes de clavier, le moment précis où la basse attaque puis celui où démarre la voix angélique de James Warren, le chanteur des Korgis, où l'instant magique où les nappes de synthé apparaissent comme sous le premier "I Neeeeeeeeeeed your lovin'".  Je peux l'écouter n'importe où, n'importe quand, cette chanson me fout systématiquement des frissons.
Et puis mon histoire avec cette chanson commence avec mon histoire avec la musique. Je me souviens très bien que c'est le premier disque de ma discothèque. Je veux dire le premier disque que j'ai voulu, que j'ai demandé à ma mère d'acheter. Avant, il y avait bien eu les disques de mes soeurs ainées dont, pour certains, je raffolais jusqu'à ce qu'ils s'usent. Et puis ma mère m'avait bien acheté des disques et j'en garde, pour certains, un souvenir très précis. Par exemple, je me souviens parfaitement, mais alors parfaitement de Chansons pour de vrai de Jeanne-Marie Sens et en particulier de C'est une histoire très jolie qu'avec un sens particulier du sadisme, je ne peux m'empêcher, ici, de vous proposer.



Voilà, voilà. En même temps, votre torture n'aura duré qu'une minute et trente secondes. Et puis, c'était mignon, quoi ! Qui plus est, je suis persuadé que c'est aussi avec ce genre de disques que s'est fait mon oreille. Je pourrais en dire autant d'Emilie Jolie, autre grand classique de notre maison mais revenons au Korgis. Je voulais donc absolument ce 45 tours. Absolument. Et je l'ai réclamé si fort qu'un jour ma mère l'a acheté au supermarché. Je me souviens très bien, c'était un Leclerc et les disques étaient à l'entrée du magasin. Ma mère avait pris le 45 tours, l'avait mis sous son bras et avait continué à faire ses courses dans le magasin en poussant son chariot. Moi, je n'avais pas quitté le 45 tours des yeux. A la caisse, ma mère avait mis toutes les affaires sur le tapis. Moi, je n'avais toujours pas quitté le 45 tours des yeux qui était... resté sous le bras de ma mère. Elle paya, on sortit et c'est alors que je lui fis remarquer qu'elle n'avait pas payé le disque qu'elle avait totalement oublié. Un début de relation placée sous le signe de la clandestinité, ce qui n'est pas pour me déplaire.
J'ai passé, repassé ce disque sans jamais m'en lasser jusqu'à connaître donc la moindre de ses respirations. Au cours des années qui ont suivi, la carrière des Korgis étant ce qu'elle fut, le groupe réinterpréta sa chanson, la réenregistrant avec parfois d'infimes changements. Il n'empêche que je les reconnais systématiquement. Par exemple dans cette version que j'ai failli vous poster, en écoutant que le début, l'erreur se glisse à 1'12'' avec un nouveau couplet qui dit : "Everyday / So confused inside"etc... So confused indeed, pourrais-je rajouter. Troublé, je l'ai quand même été un peu aujourd'hui en regardant la video du titre sur Youtube. Ce n'est pas cette version que j'ai choisi d'intégrer à cette page car les plus attentifs d'entre vous auront remarqué que la version vidéo dure 3'34'' alors que la version ci-dessus, celle du 45 tours, dure 4'13" et qu'il était impensable de se priver de 40" de la chanson la plus belle du monde, merde. En tout cas en regardant le clip, je suis un peu eberlué quand démarre le solo de saxo à 2'10". Enfin, ce que j'avais toujours pris pour un saxo jusqu'à ce que, dans le clip, je vois ce type s'emparer d'un violon pour nous faire son solo. Je tends l'oreille, vais fouiller sur Internet, et, oui, c'est bien un violon. Electrique, façon Catherine Lara, mais un violon quand même. Comme quoi, même les choses que vous pensez connaître par coeur...
J'ai longtemps pensé qu'il était impossible de reprendre cette chanson. Il y a pourtant eu une flopée de reprises par des gens parfois très recommandables, comme celle pastorale et acoustique des Anglais de Dream Academy ou celle plus sombre et torturée de Beck pour la BO d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Aucune n'atteint pour moi l'original, l'original étant pour moi la perfection absolue. Ou plutôt, car, pour reprendre cette chanson, il ne faudrait pas reprendre que la mélodie mais aussi toute son instrumentation, ce qui en fait tout le charme à mes oreilles. Or, c'est précisément ce qu'a fait The Field sur l'album Looping State of Mind. Cet artiste electro suédois (ils sont forts ces Suédois!), obsédé par la boucle, comme le nom de son album l'indique, a tout simplement samplé l'original pour y poser sa voix, bouclant, rebouclant, jusqu'à livrer cette version parfaite ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même, au charme envoutant.



Comme quoi, ça pouvait se reprendre. Comme dit la chanson, everybody's got to learn sometimes.

mercredi 17 octobre 2012

Préjugés

En ouvrant Libération ce matin, je suis tombé sur deux pages sur le nouvel album de Raphaël et n'ai pu m'empêcher de pousser un "Oh non ! Pas Raphaël". Depuis quand Raphaël est-il devenu cool ? Attention, hein, c'est pas le pire : quand on est programmateur à France Bleu (oui, sachons nommer les coupables), Raphaël, c'est presque une bulle de bonheur quand on doit caser dans la journée les titres de Michel Sardou,   Chimène Badi ou la soupe infâme cuisinée par les so called comédies musicales françaises. On s'étonnera, après, que l'industrie du disque aille mal ; allez à Broadway, vous comprendrez ce que c'est qu'une comédie musicale ! Il n'empêche qu'une fois que vous n'êtes plus programmateur à France Bleu, oublier Sur la route ou Caravane et le timbre nasillard de leur créateur est un bonheur. Or donc, ce serait cool d'écouter Raphaël aujourd'hui. Bon. Je suis donc allé, curieux, écouter Manager, single annonciateur de l'album Super Welter qui sort dans quelques jours. Et ça l'a pas fait du tout. Désolé, là, je vois pas, y a comme un mystère qui m'échappe. Perso, je me dis que si Raphaël n'avait pas fait filmer sa tournée par Jacques Audiard, réalisateur qui, lui, "a la carte", comme on dit, il n'aurait pas de telles faveurs de la presse autorisée à vous dire ce qui est ou pas de bon goût. Mais je peux me tromper et proclamer exactement l'inverse dans une semaine, une fois que j'aurais écouté l'album ? Je revendique le droit à la contradiction la plus totale ; elle fait partie de mon paysage musical. Il n'empêche que Raphaël part avec un à priori défavorable.
On a tous des idées préconçues. Sur les choses, les gens et donc les artistes. Quitte à passer à côté de très jolies choses. Tenez, par exemple, si je vous dis R'n'b, vous allez tous penser à ce truc nauséabond qui coule des radios FM à destination des jeunes (les pauvres !) et vous n'aurez pas totalement tort, le pensant longtemps moi-même. Et si on voyait ça juste comme un moyen d'expression pour certains artistes. Je veux dire que j'aurais vingt ans et serais artiste aujourd'hui, je ne sais pas si, en vivant aux Etats Unis par exemple, je ne ferais pas moi même du R'n'b. Parce que le R'n'b serait alors comme une seconde nature pour moi, un truc dans lequel j'aurais grandi et qui serait, en quelque sorte, ma grammaire, ma langue maternelle, celle allant de soit dans mon mode d'expression . Est-ce pour autant que je serais un mauvais artiste ? Non. The Weeknd, jeune Canadien de 22 ans, est venu apporter de l'eau à mon moulin via la publication de trois albums entre l'année dernière et cette année (qui seront d'ailleurs regroupés sous l'appellation Trilogy à paraître début nobembre). Ses morceaux ont immédiatement envahi les blogs du monde entier, mais c'est le cas de bien d'autres artistes R'n'B et le fait qu'il ait mis ses albums en téléchargement gratuit sur son site y a sans doute largement contribué (maintenant c'est trop tard, fallait vous y prendre avant). Il n'empêche que je suis tombé sur cette musique "à priori" pas à mon goût et que, via le sample malin du Happy House de Siouxsie & the Banshees, je suis rentré dans cet univers (tous les albums étant recommandables).


Ceci étant dit, je ne connaissais pas The Weeknd avant de l'écouter et n'émettais des réserves que sur son style musical. Les préjugés ne seraient-ils pas plus difficiles à combattre s'ils portaient précisément sur l'artiste. Il m'a fallu, dans les années 90, passer cette barrière, que certains croient, hélas, infranchissable, pour jeter une oreille à l'album Bevillacqua de Christophe. Pour moi, Christophe, c'était" Allo Stéphanie / Ne raccroche pas" et "Avec les filles/J'ai un succès fou/ Ouh Ouh Ouh". Ouille ouille ouille. Soient les pathétiques gesticulations d'un chanteur des sixties pour rester au top dans les années 80. Et on avait beau me dire que Le beau bizarre, album paru dans les années 70, était génial, je voyais pas trop le truc dans Les mots bleus ou Señorita, sans doute aussi, parce que je travaillais à Radio France en région (l'ancêtre encore fréquentable des France Bleu) et devais me le coltiner une à deux fois par semaine. J'ajouterais qu'en plus des daubes suscitées (parce que faut pas déconner non plus, on va pas tout réévaluer), Christophe est aussi responsable (il faut dénoncer l'insupportable) de l'épuisante scie Comme une boule de flipper de Corinne Charby dont il suffit d'écrire le titre pour que la chanson reste gravée dans votre tête pour la journée (et si c'est pas le cas, tenez, cadeau). Bref, ça partait mal. Ce qui m'avait intrigué dans l'article que j'avais lu alors, c'était que Christophe avait bossé avec quelques musiciens de la scène Techno, ce qui m'avait poussé à écouter Bevilacqua. Et là, grosse claque : c'était pour moi un des meilleurs albums français de l'année 96. Maintenant, je vais être parfaitement honnête, je ne trouve pas que l'album ait entièrement bien vieilli. Mais c'est le cas de pas mal de sons de synthés de ces années-là. Et il n'empêche que J't'aime à l'envers reste pour moi une petite merveille où Christophe parle d'inverser sa voix, ce qui se produit à la fin du titre mais l'étrangeté de sa voix et de son interprétation, ce côté ovni (décuplé sur la partie où il parle d"un mec qui s'appelait Cannelle/Bizarre pour un mec") font que je ne cesse de me demander si Christophe a chanté l'intégrale de la chanson à l'endroit pour renverser la fin à l'envers, ou bien le contraire. Et vous n'avez qu'à écouter si vous trouvez ma phrase trop longue ou trop compliquée.


Personne n'a écouté Bevilacqua. Sans doute parce que l'ancien public du chanteur était trop déconcerté, et que ceux auxquels il aurait pu parler n'ont pas daigné l'entendre. Là où l'histoire se termine bien pour Christophe, c'est que cinq ans plus tard, avec Comm'si la terre penchait, il a commis plus ou moins le même album (en moins bien, pour ce qui me concerne) avec un tout autre succès, et un statut culte qui ne s'est pas démenti depuis.
Mais comme on n'est pas au pays des Bisounours, ça ne se passe pas forcément comme ça. Cette même année 1996 sort Chaque jour est un long chemin qui est l'inverse de l'album de Christophe, soit un album très acoustique, folk, et signé... Elsa. Oui, Elsa, la nièce de Marlène Jobert, T'en va pas, Quelque chose dans mon coeur et Le beau roman d'amitié avec Glen Medeiros. Aargh ! Sauf qu'Elsa, en 96, a vingt-trois ans et ne se voit pas, elle a raison, continuer à incarner les parfaites petites filles qu'elle n'est plus. Elle veut montrer qu'elle a grandi et qu'elle écoute Joni Mitchell. Grave erreur quand on sait qu'en France, il n'y a qu'un Johnny et non une Joni (c'est peut-être d'ailleurs là un de nos plus grands problèmes). Elle sort donc cet album qu'il était encore possible, jusqu'à il y a peu, de se procurer dans n'importe quelle brocante ou solderie tant son échec fut total. Pour vous poster la chanson qui l'illustre, il m'a d'ailleurs fallu aller la charger sur le Web. Je ne dis pas que tout l'album passe aujourd'hui encore en boucle entre mes oreilles. En revanche, j'ai du écouter un demi milliard de fois (je vis pas avec un gars du Sud pour rien) Les Affaires de Franck et je trouve cette chanson sublimissime.



Aujourd'hui encore, il faut que je me batte contre mes préjugés. Je vais, par exemple, avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal à écouter le prochain album de Carla Bruni. Et j'aurais sans doute encore plus de mal à le trouver bien (s'il l'est bien entendu, mais faut pas déconner non plus). C'est dommage car c'est sans doute se priver de certains plaisirs. Pourtant, je sais qu'ils sont bien là, ces terribles préjugés, inscrits dans notre histoire personnelle comme dans notre histoire commune. Je veux dire par là que je ne suis pas le seul à jeter l'omerta sur Elsa ou Christophe. On décide qu'un tel ou qu'un autre n'en vaut pas la peine. Et on, c'est toi, c'est moi, c'est nous. C'est beau comme une chanson de Corinne Charby, ce que je viens d'écrire. Bref. J'aimerais m'arrêter un instant (et m'arrêter tout court) sur une dernière victime de ce rejet collectif. Basé sur le fait qu'il a une tête de gland (ce qui est vrai), que c'est pas un musicien (c'est un DJ, faut pas pousser) et qu'il a commis de nombreuses bouses (c'est vrai aussi), la France prend avec des pincettes (ou une pince à linge sur le nez) le cas David Guetta. Français, je suis, mais con, je ne reste pas. D'abord parce que j'ai raffolé d'Acapella de Kelis sorti il y a deux ans avant même de savoir que Guetta en était responsable. C'est précisément quand j'ai su que c'était lui qui était derrière cette bombe que j'ai commencé à me poser des questions. Car, après tout, si Guetta n'est pas à proprement parlé un compositeurs des plus subtils, il a quand même un don pour les titres foutrement efficaces. Sinon pourquoi ça marcherait PARTOUT dans le monde, hein ? Pour sa tête de burne ? Et puis Sia, l'immense Sia qui chante avec lui deux titres, elle est devenue bête d'un seul coup ? Ben, non. D'ailleurs, en tombant plusieurs fois sur des radios de djeunz (oui, j'écoute les radios de djeunz parfois pour mieux identifier l'ennemi) sur l'intro de Titanium (et avant que la chanson ne devienne un tube immédiatement identifiable donc), je me suis pris à penser : "Tiens, c'est pas mal, ça". Et oui. Et c'est David Guetta. Avec Sia certes, mais David Guetta quand même. Oui, les préjugés ont la vie dure. Dure d'oreille, parfois.


mardi 16 octobre 2012

Suède, 12 points

D'aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours voulu voyager en Suède. Je ne sais pas d'où me vient cette obsession. J'ai tendance à la confondre avec mon goût pour Abba, mais, j'ai l'impression que c'est antérieur à ma découverte du groupe. Or deux récentes acquisitions me donnent envie de parler ici de ce pays. J'aurais pu parler, d'une manière plus générale, de la Scandinavie. Parce que les Norvégiens, Danois, Islandais et autre Finnois (si l'on parle de la Scandinavie au sens large) m'ont eux aussi apporté de nombreuses émotions musicales. Mais elles sont si nombreuses que, dans un louable effort de recentrer mon propos, je ne parlerais donc que de la Suède. D'autant qu'ouvrira prochainement un musée à Stockholm, qui, si je ne me trompe pas, devrait être consacré à la pop music de ce pays, à la demande (si je ne me trompe toujours pas) des membres du groupe Abba qui trouvait un peu limitatif de faire un musée seulement autour d'eux. Je ne saurais leur donner tort. D'ailleurs, je me suis toujours demandé si on donnait des cours de pop music à l'école pour qu'un pays qui ne compte que 9 millions d'habitants puisse à ce point compter dans les discothèques du monde entier, et, particulièrement, la mienne. Mon idée sur la question est que vous devez tellement vous faire chier bloqué par la neige en hiver qu'il n'y a qu'écouter et/ou faire de la musique pour faire passer le temps. Résultat des courses, si c'est la première fois que je vous parle de la Suède, c'est loin d'être la dernière.
D'autant que l'un des groupes les plus intéressants qui soit apparu ces dernières années vient de Suède : Miike Snow, qui, méritent à eux tout seul un post en entier. Aussi me permets-je pour aujourd'hui de balayer le sujet avec un remix plutôt chouette de leur Pretender qui vient de sortir, signé Deniz Koyu.



J'ai découvert Little Dragon, comme beaucoup j'imagine, sur l'album Plastic Beach de Gorillaz et sur le morceau Empire ants. C'est mon titre préféré de l'album ; j'adore la façon dont la petite plainte presque acoustique de Damon Albarn devient à la moitié du morceau une ritournelle synthétique envoûtante où plane la voix de Yukini Nagano, la chanteuse de Little Dragon. Je me suis donc précipité sur leur album Ritual Union, l'année dernière, pensant qu'après la rampe de lancement Gorillaz (dont ils ont aussi assuré les premières parties de concert), ils ne pourraient que s'envoler. Ritual Union n'est pas un mauvais album. Pas un excellent non plus. Je n'ai pas eu envie de m'y attarder sans doute parce qu'il n'y avait pas LE morceau qui fait qu'on se retourne, un peu comme sur une jolie fille. Ou un joli garçon. Et puis, il y a quelques semaines, alors que j'écoutais Radio Nova, je tombe en arrêt sur un titre. Je reconnais la voix mais suis incapable de dire d'où elle vient. Je pars sur le site de Nova et me dis : ça y est, Little Dragon tient enfin LE titre. Son tube. Et même si ce n'est que chez moi, je peux vous assurer, au nombre de ses lectures sur mon Itunes qu'ici, Sunshine est un tube.



On pourrait croire, passés ces deux premiers titres, que j'aime les Suédois uniquement dans le registre synth pop. Mais dans un style plus rock, j'aime aussi beaucoup The Mary Onettes. On pourra m'objecter que les Mary Onettes sont de très bons copieurs mais pas des créateurs. Je m'en tape un peu quand l'imitation est à ce point réussie. Je les avais découvert avec le très bon Puzzles, il y a trois ans, où ils m'évoquaient Echo & The Bunnymen, période The Killing Moon.  Mais sur leur dernier EP en date, Love Forever, paru en début d'année, je pense plutôt aux Lotus Eaters. Ce n'est une nouvelle fois pas une raison de bouder le plaisir que procure Love's taking strange ways (bon, j'aime aussi beaucoup A broken heart is a brilliant start mais fallait bien choisir).



L'autre actualité suédoise qui m'a amené ici, c'est la sortie imminente du nouvel album d'El Perro Del Mar, qui comme son nom ne l'indique pas du tout, est en fait le projet de l'unique Sarah Assbring. L'album s'appelle Pale fire, sortira en novembre (mais n'allez pas dire que je l'ai déjà écouté et qu'il est très bien) et est précédé par le single Walk on by. J'aurais d'ailleurs pu, ici, vous poster la chanson mais je préfère vous poster A Change Of Heart, sorti il y a trois ans, et à côté de laquelle, il serait dommage de passer. C'est d'ailleurs ce que j'aurais fait si l'excellent blog musical Said The Gramophone n'avait classé, en 2009, cette chanson en deuxième place de leur best of de l'année, la décrivant comme "un Fleetwood Mac satiné et désespéré". Jolie image, très jolie chanson.



Alors évidemment, vous allez me dire que les Suédois trichent un peu puisqu'ils n'utilisent pas leur langue maternelle quand, à l'instar d'El Perro Del Mar, ils ne vont pas carrément nous faire croire qu'ils sortent de je ne sais quel pays latin. C'est d'ailleurs un reproche qu'on pourrait faire aussi à Veronica Maggio. Or Veronica chante, elle, en Suédois. Là, dans votre tête,il y a peut-être des images du chef cuisinier Suédois du Muppet Show qui se forment. Je le sais parce qu'elles y étaient en ce qui me concerne. Je ne sais foutrement pas de quoi parle Veronica Maggio dans Finns det en så finns det flera (à vos souhaits) mais je sais qu'elle me met à chaque fois que je l'entends d'humeur très joyeuse. Et de reprendre en choeur Finns det en så finns det flera qui est un peu une formule magique façon Supercalifragilisticexpiadélicieux de Mary Poppins.



Je ne suis toujours pas parti en Suède. Il faudra quand même que je me renseigne pour connaître le prix du vol pour Stockholm.

lundi 15 octobre 2012

Anonymes

A l'heure où je vous parle/écris, je suis en train de mettre au point une page d'accueil pour ce blog : un truc dingue où chaque lettre de "C'EST UNE VIE" sera faite de pochettes de disques. Wouahou ! Bon, j'en ai marre de cette police, que, certes, j'ai choisi parmi d'autres, mais qui reste une police comme tant d'autres et l'idée d'illustrer par des pochettes de disques m'a paru, si ce n'est révolutionnaire, du moins adéquate. Et puis merde à la fin, je fais ce que je veux, na !
Toujours est-il que pour ce qui sera, à n'en pas douter, une oeuvre majeure du XXIème siècle, j'ai ressorti mes 45 tours du grenier. Au départ, me suis-je dit, j'allais uniquement prendre les pochettes qui parlent à tout le monde. Sauf que ce qui fait de moi l'auditeur que je suis, ce qui est plus ou moins, je vous le rappelle, l'identité de ce blog, c'est aussi les disques qui ne parlent qu'à moi ou, en tout cas, peu aux autres. Et de tomber sur une liste d'anonymes au plus grand nombre mais qui sont chers à mes oreilles. D'autant qu'il y a quelques années (sacrilège !), j'ai revendu une grande partie de ma collection de vinyles ; j'en avais marre, au gré de mes (très) nombreux déménagements, de porter des caisses lourdes bourrées d'objets que je n'écoutais plus. Ce qui veut donc dire que ce qui est là était assez important pour que j'ai envie de les garder ; oui, bon, aussi parce que ça n'avait sans doute aucune valeur marchande, mais c'est un détail. J'ai déjà posté ici les singles d'Yvonne Heim et de Sense et, tout comme ceux-ci, il est clair que les titres qui vont suivre vont me (vous ? nous ?) replonger dans les années 80.
Premier de ceux-là (parce qu'il en faut bien un, hein, pas de notion de préférence), Leisure Process, un duo anglais qui sortit 4 singles au cours de sa carrière longue de deux ans (!). J'en possède trois. C'est dire si je suis un grand malade parfois. Leisure Process, c'était quand même, pour moitié, Gary Barnacle, très grand joueur de saxo qui a aussi bien joué avec Bowie, Simple Minds ou Siouxsie and the Banshees qu'avec Julien Clerc et Alain Bashung (plus une flopée d'autres à découvrir ici). J'ajoute que tous les singles de Leisure Process ont été produit par Martin Rushent, très grand producteur de ces années là à qui l'on doit le son de plusieurs albums des Stranglers, de Téléphone ou de Human League. C'est bien évidemment à ces derniers que font penser Leisure Process et qui dit que l'Histoire ne se serait pas écrite autrement si Love Cascade n'était pas sorti après mais avant Don't you want me des Human League ?



Comme je sens bien que vous êtes fan, je vous ai même trouvé un lien pour le télécharger. Non, non, ne me remerciez pas.
A la même période, Ronny réalisa, elle, trois singles entre mars 1981 et avril 1982. C'est cette fois, Rusty Egan d'Ultravox qui lui mit le pied à l'étrier. M'est avis qu'il lui a mis bien d'avantage mais c'est une autre histoire. Enfin non, pas tout à fait, car Ronny était mannequin et hantait les boites entre Londres et Paris avec un total look garçon et un maquillage digne des grandes heures de Visage. Oscillant entre ces deux pôles, son dernier effort discographique, To have and have not révélait son bel accent germanique façon Marlene Dietrich. Sauf que Ronny n'était pas du tout allemande mais bien française ; c'est peut-être là qu'il y a eu un problème et, à la problématique posée par le titre de sa chanson, Ronny, en fin de carrière, put désormais répondre : have not.


C'est aussi à la France que l'on doit Via Viva, là encore immense carrière : deux singles, l'un en 1983 et l'autre en 1984 (avec, quand même, pochette de Mondino - quoiqu'à l'époque, on peut avoir l'impression que toutes les pochettes étaient signées Mondino). Comme je suis quand même assez marteau, j'ai bien entendu, là encore, les deux 45 tours. Je crois quand même préférer le premier, Propaganda, où, tous synthés dehors, Via Viva évoque, pour le meilleur, Taxi Girl, et, pour le pire, Partenaire Particulier et c'est peut-être là que ça a coincé.



Les synthés prédominent toujours chez Intaferon, duo britannique dont je ne sais pas grand chose si ce n'est que leur chanteur Simon Fellowes abandonna le duo pour tenter une carrière solo sous le nom de Simon F, avec toujours autant de chance. Baby Pain fut le troisième et dernier single d'Intaferon. Très jolie pochette et une bonne chanson. La preuve (et quelle preuve !) : Simon F l'a reprise sur son album.



On arrive, du moins à mon sens et à mon goût, à nettement plus sérieux avec I Start Counting dont j'avais acheté le premier single, Letters to a friend, en Angleterre. Je le sais parce que, bien qu'il s'agisse d'un 45 tours, il y a un petit trou qui fait qu'on avait pas besoin d'un centreur, comme c'était le cas en France. C'est Mute, le label de Depeche Mode, qui avait signé ce groupe et c'est assez logique, étant donné leur son. Le groupe a aussi sorti un album My translucent hands que j'avais aussi acheté tant j'étais tombé sous le charme de Letters to a friend. L'album était pas mal (surtout la chanson titre à mon souvenir), mais bon, pas  assez pour porter mon interet sur la suite de la carrière de I Start Counting, qui, avec la vague techno se rebaptisa Fortan 5, pour finalement devenir Komputer, suite à une première partie assurée pour Kraftwerk. On nage donc également dans les claviers millésimés mais il se dégage de Letters to a friend, un charme intact à mes oreilles ; là où les chansons qui précédaient s'ancrent dans leur époque et réveille en moi des souvenirs, Letters to a friend a toujours une résonance plus intime.



En faisant des recherches pour ce post, j'ai trouvé une vidéo de l'année dernière où I Start Counting (enfin Komputer donc) reprend son succès (si l'on peut dire) séminal. Mal filmé, on y voit (mal) les deux compères dans ce qui semble être un pub, une bouteille de bière accolée au synthé Korg d'un des deux duettistes et c'est assez pathétique pour que je me passe du lien ici. Z'avez qu'à le chercher si vous êtes curieux.
Curieux, c'est précisément l'adjectif que j'utiliserais pour parler du dernier 45 tours que j'évoquerais ici, soit Love has passed me by de Rock Goddess. A priori, rien, je dis bien rien ne me prédisposait à écouter ce titre puisque Rock Goddess est un trio féminin de Hard Rock qui fit notamment les premières parties d'Iron Maiden. Aïe ! Mais, à l'époque, j'écoutais à peu près tout ce qu'on recevait dans la radio libre où je travaillais et je pense que le tirage limité à 1000 exemplaires dans un vinyle bleu (mazette !) m'a incité à poser le disque sur ma platine. Et là, choc : Love has passed me by est une ballade à la guitare nimbée d'écho qui évoque bien plus This Mortal Coil ou les Cocteau Twins que Scorpions.



Pourquoi et comment ce groupe a pondu ce morceau demeure un mystère, mystère bien entretenu par le fait que ce disque, que l'on doit pourtant à un groupe anglais, ne sortit qu'en France. A l'époque Rock Goddess avait des problèmes financiers et contractuels avec sa maison de disque à la suite desquels elles durent changer de nom mais aussi, donc, voir relégué leur album aux oubliettes d'une sortie exclusive et forcément confidentielle en France.
Ce ne sont pas, contrairement à ce que certains penseront, des scories de ma discothèque mais bien des morceaux qui, eux aussi, m'auront construit, tout comme d'autres, plus recommandables. Ce que je trouve toujours étonnant, aujourd'hui, c'est de constater qu'ils ont tout de même été assez importants pour que des personnes, à travers le monde, aient pu aller les numériser et les poster sur Youtube ou Soundcloud. D'accord il n'y a que 25 vues affichées pour le Love has passed me by de Rock Goddess. Mais 25 qui font qu'aujourd'hui, je me sens quand même un peu moins seul.