J'ai souvent dans l'idée de passer d'un sujet à l'autre ici, comme on peut le faire, sur d'autres sujets, dans la "vraie vie". De la même manière, histoire de ne pas lasser mon lectorat, je me suis toujours dit que j'allais alterner les sujets français et internationaux. D'autant plus que j'ai, à en croire les statistiques de ce blog, un gros following en Russie, Lituanie ou Allemagne, ce que j'ai beaucoup de mal à m'expliquer (en cet instant se forment des images d'un agent du KGB glissant à un autre "Chef, on est repérés !") mais bon, voilà. Or, dans le souci essentiel de faire que ce que j'ai envie de faire, na-na-na-na-nè-reu, et puis parce qu'il arrive, dans la vraie vie, que le sujet de la veille déborde sur le lendemain, je reprends mon sujet d'hier où il m'avait amené : Jay Alanski.
J'avais bien sûr vu le nom de Jay Alanski derrière quantité de chansons de Lio comme Banana Split. J'ai même du voir son nom au revers du single des Innocents, Jodie, qu'il avait produit. Mais je n'ai commencé à réellement m'intéresser à son nom qu'avec le deuxième album de Jil Caplan, La charmeuse de serpents. Cet album était bien au dessus de tout ce qui se faisait alors dans le domaine de la variété française. Il y avait une attention portée à tous les morceaux, que ce soient dans la composition ou les arrangements, et même dans la façon parfaite qu'ils avaient de s'enchaîner sur l'album, qui révélaient une envie de faire de la "bonne chanson française" comme un artisan rêve de faire de la "belle ouvrage", si vous voyez ce que je veux dire. Et comme, la pochette indiquait que c'était "joué, arrangé et produit par Jay Alanski" et qu'il était l'auteur et compositeur (Caplan co-signe 3 chansons sur les quinze de l'album), je m'en suis assez vite fait l'image d'un pygmalion maniaque préférant se cloitrer dans son studio et laissant briller sa créature, Jil Caplan en l'occurrence. Je m'en suis même assez vite fait l'idée d'un couple plus forcément sur la même longueur d'ondes ; mais était-ce la réalité ou juste des images que je plaquais sur les thèmes développés dans des chansons comme Tout c'qui nous sépare ou le très beau duo Je t'apprends rien ?
En fait, je n'ai jamais vraiment su s'il s'était effectivement passé quelque chose entre le créateur et sa créature (c'est lui qui a trouvé le nom de Jil Caplan inspiré de La mort aux trousses d'Hitchcock). Je sais juste qu'après Avant qu'il ne soit trop tard, dernier album qu'il ait fait pour elle, la musique de Jil Caplan ne m'a plus intéressé que très anecdotiquement. Je suis d'ailleurs un grand fan de ce dernier album qui a été, en 93, un très très gros fiasco. Un morceau comme La grande malle (III) (oui, parce que, sur l'album, y avait La grande malle (I) et La grande malle (II) aussi, mais bon fallait bien choisir) me met toujours une pêche incroyable avec ses "toudoudoudou doutou toutoudou" (ou quelque chose comme ça) et montre bien qu'au delà de Caplan (finalement assez peu présente dans le morceau), c'était bien Jay Alanski qui me fascinait.
Reste qu'il avait, comme qui dirait, le cul entre deux chaises : celui d'une variétoche facile que pouvaient programmer les radios et une ambition que je sentais plus artistique. Une sensation dont j'eus la confirmation trois ans plus tard avec la parution sur F.Com, le label électro alors très pointu de Laurent Garnier, des premiers EP d'A Reminiscent Drive. A Reminiscent Drive, c'est le pseudo de Jay Alanski qui faisait absolument tout sur ces disques et s'était pour le coup totalement libéré des textes n'offrant plus que des musiques derrière ce masque d'artiste Ambient. Tous les morceaux de ces EP (dont la plupart se retrouveront sur le premier et magnifique album Mercy Street) auraient pu figurer sur une compilation Cafe Del Mar ; plus exactement, sur les premières compilations du nom, quand le nom, précisément n'était pas encore galvaudé comme il le sera plus tard, à l'instar de cette musique. Nombre d'artistes ont en effet pu croire, durant les années qui ont suivi, qu'en faisant dans l'éthéré, ils allaient faire dans l'inspiré. Mais peu sont arrivés à comprendre toute la complexité d'un morceau comme Sky, si simple en apparence mais qui dégage une véritable ambiance, un climat, quelque chose d'habité.
Il y a eu un autre album d'A Reminiscent Drive, Ambrosia, puis Jay Alanski a repris son patronyme, retrouvant également sa voix sur l'album Les yeux crevés. Pas très fan. Et, du coup, j'ai un peu lâché l'affaire. J'ai jeté un coup d'oreille à Derrière la porte qui marquait ses retrouvailles avec Jil Caplan en 2007, ai été heureux de voir qu'ils avaient retrouvé la recette de leur accord (notamment sur le très réussi On n'entre plus chez toi) mais en même temps, c'est comme si je n'y étais plus. Les autres non plus d'ailleurs qui ont (très) peu acheté l'album. Pour les besoins de ce post, j'ai même trouvé sur la bio officielle de Jay Alanski, qu'il faisait ces temps-ci des titres sous le nom de sEYmour disponibles gratuitement via son Bandcamp. Et The New Gun ou The Sour Milk n'ont vraiment pas à rougir par rapport à tout ce qui se fait aujourd'hui.
Il n'empêche que, malgré le fait que j'ai tendance à le classer haut dans mon panthéon personnel du paysage musical français, Jay Alanski trouve plus facilement sa place dans la catégorie des Beautiful Losers. J'ai d'ailleurs constaté, toujours en lisant sa bio, que The Beautiful Losers était le nom de son premier groupe, signataire d'un album visiblement culte pour certains qui bénéficia même d'une réédition il y a quelques années. En écrivant tout ce post, je me suis d'ailleurs dit plusieurs fois que je n'avais qu'une vision très parcellaire de Jay Alanski. Je ne connaissais pas ses premières aventures discographiques, ni ses dernières, et encore moins l'immense production photo et vidéo dont il est l'auteur ces dernières années. Mais l'image que j'en ai (qui n'a peut-être rien à voir avec le vrai Jay Alanski mais je pourrais en dire autant de tous les artistes dont je parle) est celle d'un artiste aussi à part que brillant. C'est sans doute d'ailleurs parce qu'il brillait en tant que compositeur, producteur, musicien, artiste, vidéaste, photographe, que, finalement, il n'a su briller réellement nulle part. Il ne faudrait pas non plus oublier ses talents d'auteur car celui qui a longtemps été associé au génial parolier Jacques Duvall (pour Banana split notamment), savait lui aussi manier le verbe. Il n'y a qu'à écouter Palais royal qu'il avait fait pour Chamfort et qui est pour moi, une pièce maîtresse de ce puzzle un peu foutraque qu'est Jay Alanski.
Affichage des articles dont le libellé est Ambient. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ambient. Afficher tous les articles
mercredi 24 octobre 2012
samedi 20 octobre 2012
Hypnose
De la même façon que le nouveau logo de ce blog (d'ailleurs merci pour tous vos messages de félicitations, non, j'déconne, y'en a eu qu'un, mais merci quand même) mais surtout son arrière plan peut entraîner des réactions hypnotiques, il en va évidemment de même pour la musique. Et, pour cela, la musique a un instrument qui peut s'apparenter au pendule de l'hypnotiseur : la boucle. Ca marche pour la plupart des musiques électroniques et ce n'est pas un hasard si l'un de ses sous genres est la Trance, la transe désignant un état physique proche de l'hypnose. Mais loin de moi ces considérations médicales, et je vous épargnerais, ce matin du moins, parce que y aura bien un moment où vous y aurez droit, les morceaux Trance de mes jeunes années dopées. Non, si je vous parle de boucle, c'est pour deux jolis morceaux apparus sur le Net. Pas plus tard qu'hier je tombe sur Satin Jackets, un duo allemand, qui a judicieusement intitulé son titre You make me feel good et pour débuter le week-end, avouez que ça tombe plutôt bien.
En guise d'entrée, avouez que c'est agréable. Mais passons au plat de résistance : ce qui est incroyable dans ces morceaux, en tout cas ceux réussis, c'est qu'on ne peut plus se détacher de cette boucle. Ou plus particulièrement d'un motif de la boucle. On est fasciné, on en veut toujours plus, on ne veut surtout pas que ça s'arrête dans un break et on est soulagé quand ça réapparaît plus loin dans le morceau. En cela le morceau de Night Works I tried so hard ne cesse de me parler au sens où je n'en aurais jamais assez de ce piano mélancolique qui débute et clôt le morceau.
Ca peut sembler on ne peut plus simple ce morceau : tu trouves le bon motif et tu le boucles, c'est pas sorcier. Sauf que trouver le bon motif, celui qui ne cessera de fasciner, n'est pas donné à tout le monde. Le fait que derrière Night Works se cache le premier bassiste de Metronomy ne m'étonne absolument pas. Il faut être musicien pour pondre un truc pareil, aussi simplissime que cela pourra paraître à certains. A qui je dis : "Tu la boucles !" Jeu de mots, merci Maître Capello et je remets dix francs dans le nourrain. Remarquez, dans le style jeu de mots à deux balles, mais involontaire j'imagine, une personne a commenté le titre de Nightworks sur Youtube en écrivant : "En boucle dans mon casque". Toutefois, cela illustre bien l'effet hypnotique d'un titre comme celui-ci. Un effet qu'on peut remettre sur le dos du remix de Don't Understand du Danois Tomas Barfod par les Anglais d'Abstraxion. Cette fois c'est la voix qui vous entrâine ne cessant de répéter tel un mantra : "And I'm walking in dream / And I'm walking so fast".
J'en profite, au passage, pour vous conseiller le très bon album de Tomas Barfod pour qui, évidemment, s'intéresse aux musiques électroniques. En même temps, si vous ne vous intéressez pas aux musiques électroniques, vous n'êtes sans doute pas en train de lire ces lignes. Ou alors vous vous faites du mal. Masochiste ! Ou bien encore vous êtes hypnotisé. Aussi hypnotiques soient-elles, ces musiques ne pourront jamais m'ordonner de dormir profondément. Pour une bonne raison, c'est que je ne peux pas m'endormir en musique. Evidemment, ça m'est arrivé, un peu comateux, de tomber après une certaine heure disons avancée de la soirée, alors que la musique hurlait encore des baffles. Mais jamais la musique ne m'a bercé au point de m'endormir. Il semblerait que l'écoute d'un morceau, même à volume minimum chez moi, laisse invariablement ma conscience sur "on". Sauf pour UN disque. Je mets "un" en capitale, car il n'y a bien que ce disque qui ait cet effet et on atteint des sommets, ce disque étant l'un de ceux que j'ai le plus écouté, le plus usé de ma vie ; et ce n'est pas parce qu'il est le seul à avoir cet effet soporifique, au premier degré du terme, qu'il l'est, au second degré. The Guardian, qui l'a classé dans sa liste des 1000 albums à écouter avant de mourir, en parle comme d'un "chef d'oeuvre intemporel d'une insondable beauté". Je sens que j'ai assez fait monter la sauce pour briser la le suspense : Mesdames et Messieurs, roulement de tambour, voici 76:14 de Global Communication.
Sorti en 1994, ce disque est considéré pour beaucoup comme l'un des plus beaux albums d'Ambient. Pour moi, c'est LE plus beau et c'est presque dommage de le réduire à un genre. Son titre, c'est sa durée, soit à peu près le maximum de ce que vous pouviez rentrer sur un CD, ce me semble ; Mark Pritchard et Tom Middleton, les deux têtes pensantes de Global Communication, n'avaient pas voulu lui donner de titre (pas plus qu'à chacun des morceaux qui le composent qui, eux aussi, portent leur minutage en guise de nom) de manière à laisser les auditeurs libres d'interpréter comme bon leur semble leur musique. Mon morceau préférée, c'est sans doute le deuxième, le préféré d'ailleurs, je m'en rends compte en allant sur le Web, de beaucoup de personnes qui ont écouté cet album. Il s'ouvre et se ferme par un lent battement métronomique qui pourrait tout aussi bien être le son de la trotteuse d'une horloge. D'ailleurs pour moi, elle s'apparente exactement à ce bruit : petit garçon, on me faisait dormir, chez mes grands parents, dans un lit installé au salon où trônait une horloge qui avait la même sonnerie que Big Ben. Tous les quarts d'heure, elle se manifestait et, entre deux quarts d'heure, toutes les secondes, émettait ce bruit un rien stressant puisque je savais que je n'avais que quinze minutes pour m'endormir. Rien ne prédisposait donc ce bruit à devenir un ingrédient phare d'une de mes chansons, c'est le cas de le dire, de chevet. D'ailleurs, ce bruit, me semble-t-il, renvoie tout le monde au temps qui passe. Mais ce qui pourrait être anxiogène ailleurs est ici étrangement réconfortant. On est littéralement bercé, passant au ralenti d'un motif à un autre. Car, c'est là où Global Communication fait très fort, ce n'est pas à un motif qu'il vous attache mais à plusieurs qui reviennent en boucles, se liant, se déliant, envoûtant, hypnotisant. Autant vous dire, que si vous avez commencé la journée du bon pied avec le premier morceau de cette page, vous risquez de la voir se terminer bien vite. Plus exactement dans 14 minutes et 31 secondes, qui vous laisseront, sans doute, quelque peu engourdi. Si vous aimez, faites passer, faites tourner.
En guise d'entrée, avouez que c'est agréable. Mais passons au plat de résistance : ce qui est incroyable dans ces morceaux, en tout cas ceux réussis, c'est qu'on ne peut plus se détacher de cette boucle. Ou plus particulièrement d'un motif de la boucle. On est fasciné, on en veut toujours plus, on ne veut surtout pas que ça s'arrête dans un break et on est soulagé quand ça réapparaît plus loin dans le morceau. En cela le morceau de Night Works I tried so hard ne cesse de me parler au sens où je n'en aurais jamais assez de ce piano mélancolique qui débute et clôt le morceau.
Ca peut sembler on ne peut plus simple ce morceau : tu trouves le bon motif et tu le boucles, c'est pas sorcier. Sauf que trouver le bon motif, celui qui ne cessera de fasciner, n'est pas donné à tout le monde. Le fait que derrière Night Works se cache le premier bassiste de Metronomy ne m'étonne absolument pas. Il faut être musicien pour pondre un truc pareil, aussi simplissime que cela pourra paraître à certains. A qui je dis : "Tu la boucles !" Jeu de mots, merci Maître Capello et je remets dix francs dans le nourrain. Remarquez, dans le style jeu de mots à deux balles, mais involontaire j'imagine, une personne a commenté le titre de Nightworks sur Youtube en écrivant : "En boucle dans mon casque". Toutefois, cela illustre bien l'effet hypnotique d'un titre comme celui-ci. Un effet qu'on peut remettre sur le dos du remix de Don't Understand du Danois Tomas Barfod par les Anglais d'Abstraxion. Cette fois c'est la voix qui vous entrâine ne cessant de répéter tel un mantra : "And I'm walking in dream / And I'm walking so fast".
J'en profite, au passage, pour vous conseiller le très bon album de Tomas Barfod pour qui, évidemment, s'intéresse aux musiques électroniques. En même temps, si vous ne vous intéressez pas aux musiques électroniques, vous n'êtes sans doute pas en train de lire ces lignes. Ou alors vous vous faites du mal. Masochiste ! Ou bien encore vous êtes hypnotisé. Aussi hypnotiques soient-elles, ces musiques ne pourront jamais m'ordonner de dormir profondément. Pour une bonne raison, c'est que je ne peux pas m'endormir en musique. Evidemment, ça m'est arrivé, un peu comateux, de tomber après une certaine heure disons avancée de la soirée, alors que la musique hurlait encore des baffles. Mais jamais la musique ne m'a bercé au point de m'endormir. Il semblerait que l'écoute d'un morceau, même à volume minimum chez moi, laisse invariablement ma conscience sur "on". Sauf pour UN disque. Je mets "un" en capitale, car il n'y a bien que ce disque qui ait cet effet et on atteint des sommets, ce disque étant l'un de ceux que j'ai le plus écouté, le plus usé de ma vie ; et ce n'est pas parce qu'il est le seul à avoir cet effet soporifique, au premier degré du terme, qu'il l'est, au second degré. The Guardian, qui l'a classé dans sa liste des 1000 albums à écouter avant de mourir, en parle comme d'un "chef d'oeuvre intemporel d'une insondable beauté". Je sens que j'ai assez fait monter la sauce pour briser la le suspense : Mesdames et Messieurs, roulement de tambour, voici 76:14 de Global Communication.
Inscription à :
Articles (Atom)