mardi 30 octobre 2012

Bref

Je me suis interrogé de longs instants avant de savoir comment poster le Put me to work de PAPA, un nouveau groupe de L.A. qui fait, à juste titre, pas mal de vagues en ce moment sur les blogs du monde entier. Evidemment m'est apparu immédiatement le petit air de famille avec Arcade Fire, notamment dans ces morceaux flamboyants qui finissent par tout emporter sur leur passage façon Lies (Rebellion).



Dans le même ordre d'idée, me sont venus en mémoire d'autres morceaux avec une dimension épique. Comme il y a presque vingt ans, cette déclaration enflammée des Anglais d'Icicle Works, Love is a wonderful colour.



Je me suis demandé si je ne devais pas faire un post sur les morceaux qui ouvrent sur un "One two three four", une série de chiffres qui donnent immédiatement une sacrée énergie. Energie totalement rock. Mais, à vrai dire, je n'en avais qu'un en tête, celui, fabuleux, de Claudia Brücken en ouverture du Jewel de Propaganda. Si fabuleux d'ailleurs que Les enfants du rock en firent le tout début de leur générique avant la musique des Cure.



Et puis je me suis dit merde ; pourquoi ne simplement pas poster la chanson comme ça, telle quelle ? Parce qu'il ne faut tout simplement pas passer à côté de ce titre, d'autant plus qu'il est, à l'heure actuelle, en téléchargement gratuit. Je pense que ça ne durera pas vu son pouvoir de séduction. Je me disais que si je procédais ainsi, j'écrirais sans doute moins que je le fais d'habitude. Mais quand une chanson en impose autant en deux minutes et trente sept secondes, à quoi bon s'emmerder à écrire un roman ?

lundi 29 octobre 2012

C'est déjà Noël

Coup sur coup, ce sont deux artistes qui fréquentent ma discothèque qui sortent un album de Noël : Cee Lo Green (le chanteur de Gnarls Barkley) et Tracey Thorn.


Il n'y a rien d'extraordinaire à ça : Noël, c'est dans deux mois et la chanson, voire, donc, l'abum de chansons de Noël, c'est une tradition très anglo-saxonne. Je me souviens parfaitement de mon premier voyage à New York qui correspondait avec la première semaine de décembre. Dans toutes les boutiques où j'entrais, j'ai bien dit TOUTES, il y avait de la musique de Noël. Selon les lieux, c'était du Noël R'nb, soul, jazz, rock, classique, funk, electro, mais du Noël, toujours du Noël. Au bout d'une semaine, je n'en pouvais plus. Comme n'en pourront plus d'ailleurs, tous ceux qui vivent  au Royaume Uni ou aux Etats Unis dans peu de temps. Aussi, avant que ça ne vous sorte par les oreilles, voici, tant que vous pourrez les apprécier, quelques chansons qui changent du Petit Papa Noël de Tino Rossi.
Le problème du répertoire de Noël français tient d'ailleurs tout entier dans ce seul titre. L'omnipotence de la scie de Tino Rossi fait qu'on va jusqu'à oublier que d'autres chanteurs se sont frottés avec un tout autre talent à la période : Florent Marchet dans l'album pourtant intitulé en anglais Noël's songs le rappelle via des reprises de chansons autrement mieux foutues que l'on devait à l'origine à Nougaro, Barbara ou Piaf.


Mais ma chanson française préférée de Noël, qui fait d'ailleurs partie des chansons reprises par Marchet, c'est sans conteste Noël à la maison. On la doit à un Jean-Louis Murat au top de sa forme, soit au début des années 90, avec son alors habituel Denis Clavaizolle aux claviers. De sa forme musicale, s'entend, parce que, quand on écoute Murat, on a plutôt toujours l'impression qu'il est en petite forme, si vous voyez ce que je veux dire. Le morceau commence par quelques secondes d'ambiance sonore où l'on entend quelqu'un scier du bois (Charles Ingalls dans La petite maison dans la prairie ?) avant que la voix plaintive de Murat ne s'avance sur un traîneau de grelots.



Magique. Du coup, facile de passer à la chanson suivante, d'autant qu'elle vient de mon autre idole musicale : Kate Bush pour December will be magic again. C'est une chanson qu'elle avait enregistré pour deux shows de Noël en 1979 et qui s'est retrouvée sur disque un an plus tard. Sur le Web, c'est précisément les deux premières versions qu'on trouve souvent. Beaucoup moins celle du disque, que je préfère nettement avec l'arrivée triomphante des grelots sur le refrain.


Kate Bush "December Will Be Magic Again" (1980) from Derek Langille on Vimeo.

Parce que c'est ça, l'ingrédient indispensable à toute bonne chanson de Noël : les grelots, ces mêmes grelots qu'on trouvera fatigants à la fin du mois de décembre mais qui, dès qu'on les entend, vous plonge dans une ambiance sapin, guirlande et papiers cadeau. Je ne sais pas vraiment s'il s'agit de grelots ce qu'on entend sur l'intro en fade in (qui apparaît progressivement, pour les non anglophones) des Pretenders. Mais même s'il ne s'agit pas de cela, le son les évoque (tout comme le xylophone plus loin dans la chanson) et vous plonge de la même façon dans l'ambiance pour une des chansons de Noël les plus inspirées qui soit : 2000 Miles.



Ceux qui me connaissent se doutent bien que je n'allais pas me contenter de vous montrer la pochette de l'album de Tracey Thorn, connaissant mon admiration pour l'artiste, ma vénération pour sa voix. Sister Winter est l'une, peut-être LA plus belle chanson de Noël que je connaisse. C'est une reprise d'une chanson de Sufjan Stevens qu'il avait, lui aussi, écrit pour un album de Noël. La version originale débute par sa petite voix fragile seulement accompagnée de la guitare - typiquement Sufjan Stevens  - pour s'achever sur une fanfare un peu foutraque - typiquement Sufjan aussi. J'aime beaucoup Sufjan Stevens. Il n'empêche que sa version sonne comme un brouillon de celle de Tracey Thorn. La progression s'y fait par l'ajout successifs de couches au morceau jusqu'à l'arrivée en apothéose... des grelots. Je suis ravi de voir que cette chanson se trouve sur l'album de Tracey Thorn ; ce qui me ravit moins, c'est que ce soit, de loin, la meilleure chanson de l'album. Car la chanson ne date pas de cette année mais d'il y a deux ans : Tracey Thorn l'avait offerte sur son site au moment de la disparition de sa mère, ce qui colle assez bien au thème de la chanson : ce coeur brisé qui tient quand même à souhaiter un joyeux Noël à tous ses amis. Permettez-moi ainsi d'en faire autant. Demain, je vous présente mes voeux et après demain, on fêtera Pâques.

samedi 27 octobre 2012

Toujours à l'West

Je tiens à dire d'entrée de jeu que ce n'est pas parce que j'ai un voyage planifié sur la Côte Ouest des Etats Unis que je vais à nouveau, ici, parler de ce son West Coast que j'ai déjà abordé hier. Pour ceux qui n'ont pas lu hier, laissez moi résumer : je disais que, pour moi, Steely Dan n'était pas la notion que j'ai du son West Coast. Et comment résumer cette notion dans la mesure où le son West Coast n'existe pas. Cherchant, précisément à le définir, j'ai été cherché sa définition sur Wikipedia où l'on nous parle de West Coast Jazz, West Coast blues, West Coast hip hop mais pas de West Coast rock. Aurais-je rêvé le concept ? En fait, non : sur la version française de Wikipedia, là, on parle de West Coast rock, autre appellation du soft rock. Ce devait être une appellation frenchie pour désigner ce qui venait alors (fin 70's, début 80's) des USA, une vision un peu fantasmée de la côte Ouest. Mon fantasme à moi, mon son West Coast si vous préférez, c'est un son un peu feutré où prédominent les claviers (piano ou synthétiseurs). Un son particulièrement américain qui, aujourd'hui, avec le recul, me paraît la seule alternative US crédible au son synthpop anglais qui régnait au début des années 80. A l'heure où, précisément, bon nombre d'artistes vont piocher dans les années 80 et donc dans le répertoire anglais, il m'est apparu logique que deux groupes américains sortent, coup sur coup, un album hommage à Hall & Oates : Koot Hoomi, pour des versions franchement décalées aux guitares psychédéliques, et The Bird and The Bee, beaucoup plus fidèles aux originaux avec, par exemple, cette reprise de Kiss on my list.



Dans ma West Coast music (c'est d'ailleurs amusant de définir comme West Coast, Hall & Oates qui venaient de la Côte Est...), il y a, en particulier pour les bidouilleurs de claviers, comme The Bird and The Bee, matière à inspiration. Ce son, de la même manière que ce son anglais des eighties, a des résonances contemporaines. M'est avis, par exemple, que Washed Out a pensé, de manière consciente ou inconsciente, à ces sons de claviers. J'ai lu un jour dans un papier que le son de Washed Out était comme celui, je le cite de mémoire, d'une vieille cassette qu'on aurait laissé traîner au soleil sur une plage en été. J'ai trouvé l'image assez jolie et adéquate. J'ajouterais, pour être précis, une K7 où on aurait laissé le Dolby pour enregistrer et qu'on aurait laissé traîner sur une plage de Californie.



N'allez pas là encore penser que ma discothèque fourmille de représentants de la West Coast music telle que je la définis ici. Toutefois, il est un disque que j'ai tout de suite adoré et qui continue de me poursuivre. Au sens propre du terme puisque, pas plus tard qu'il y a quelques jours, alors que je faisais mes courses au supermarché du coin, sort des enceintes Suddenly last summer des Motels.



C'est d'ailleurs étrange d'avoir entendu ça au supermarché du coin. Certes la musique sert à rassurer la ménagère (et le ménager, en ce qui me concerne) en la berçant d'une musique qui la ramène à ses jeunes années, mais je n'ai pas l'impression que ce titre des Motels parle à beaucoup de monde. Même si le titre est monté en haut des Charts aux Etats Unis, je n'ai pas l'impression qu'il ait été un si gros succès par ici. Je trouve la chanson magnifique, typiquement américaine et avec un son vraiment distinct du reste de la production : un peu sourd, un peu étouffé. J'aime toujours beaucoup ce son aujourd'hui. Pourtant, je me souviens qu'à l'époque, je rejetais massivement ce qui venait des Etats Unis synonyme pour moi de gros rock qui tâche, façon Springsteen ou ZZ Top. Quand un groupe américain venait à être diffusé dans mon émission de l'époque, c'est souvent parce qu'ils s'étaient largement inspirés de ce qui se faisait alors en Angleterre. Je me souviens ainsi parfaitement avoir diffusé Obsession. Je donne le titre d'abord car c'est lui qui m'est revenu des limbes de ma mémoire lorsque je préparais ce post. Plus exactement une partie du refrain : "You're na-na-na-tion". Et je ne me souvenais pas de la partie na-na-na. Tout comme il était impossible de me souvenir du nom du groupe. Comment allais-je faire pour le retrouver ? Puis, je suis tombé sur cette liste qui comporte 23 pages ! Heureusement je n'ai eu qu'à aller jusqu'à la page 2 pour trouver, le groupe commençant par A : Animotion.



Tout est assez ridicule dans Obsession. Je ne parle pas seulement des brushings, costumes, mises en scène et autres niaiseries afférentes à l'époque, mais bien plus de cette tentative un peu désespérée de sonner comme les Anglais, voulant à tout prix lorgner du côté de Human League quand le résultat final est bien plus proche de Laura Branigan. C'est balourd. Ca manque d'authenticité. Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui je trouve ce morceau risible et creux, même s'il réveille des souvenirs. C'est pas "cool and classic", une mention que j'ai vu inscrite dans les commentaires qui accompagnent cette autre chanson de l'époque et dont j'étais tombé éperdument amoureux. Pas tout à fait West Coast, mais définitivement Côte Ouest (le groupe venait de Los Angeles), Missing Persons avait définitivement un son très ricain (les guitares, la basse, la batterie peut-être) mais une manière d'y intégrer les synthés plutôt habile (le côté West Coast sans doute). En plus Dale Bozzio, la chanteuse du groupe, est définitivement un brouillon dont s'est servi Lady Gaga. Raison de plus pour se réjouir encore aujourd'hui de Destination Unknown.


vendredi 26 octobre 2012

Un peu à l'Ouest

Un ami lecteur me fait récemment remarquer que j'ai oublié ceci ou cela (d'ailleurs au passage, ne me faites pas remarquer les fautes d'ortographe, je les vois et ça me rend dingue). Un : si je commence à être exhaustif dans ces posts, ce ne sont pas trois, quatre ou cinq morceaux que vous retrouveriez ici mais quelque chose entre mille et dix mille, ce qui, avouons le, ne serait pas très raisonnable, eu égard à votre emploi du temps. Deux : au moment où j'écris le post, ce sont les quelques uns auxquels je pense, alors que ce seraient peut-être d'autres artistes, d'autres morceaux et d'autres sujets sur lesquels j'écrirais si le moment n'était pas le même. Les posts révèlent souvent des humeurs, et les humeurs, des instants. En espérant qu'une fois ces instants mis à bout à bout, ils révéleront un portrait plus global. Mais puisqu'on parle de portrait, je tiens à préciser que, parfois, je m'attache plus à un détail, à une petite ombre par ici, une teinte de couleur par là, alors que je n'ai pas encore donné tous les grands traits de l'esquisse. Ce qui veut dire, pour parler dans le langage de ce blog, que je vais m'attacher à parler d'artistes relativement mineurs dans mes goûts (c'était le cas hier ou avant hier) alors que je n'ai pas encore fait le tour d'artistes ou morceaux qui m'apparaissent indispensables. Il faut remettre les choses à leur place : les artistes que j'évoque depuis le début n'arrivent pas par ordre d'importance ; ils arrivent avec l'air du temps de ma journée. Et le mail d'un autre ami lecteur peut ainsi déterminer l'humeur de ce blog sans pour autant fournir un point essentiel de ma personnalité musicale ; c'est un détail, mais vous savez bien que lorsque vous regardez le tableau, pour avoir une bonne vision d'ensemble, il faut aussi s'arrêter sur les détails.
Le détail du jour me vient donc de ce mail où mon ami lecteur me renvoie quelques unes de ses obsessions, idées fixes, ou en tout cas pensées musicales du jour via quelques souvenirs qu'il conserve, lui, des années 80. C'est toujours un vrai plaisir de se retrouver sur la même longueur d'ondes qu'un autre auditeur. Parce que, quand vous êtes passionné de musique comme je le suis, vous vous dites que vous tenez là un véritable ami. Et cette amitié, logique, prend sa source dans des goûts communs, y compris dans les détails. Donc mon ami lecteur m'informe que Fool's paradise de Rosie Vela fut son premier CD. Moi, je l'ai en vinyle, l'album. Je me demande quelle technologie, le laser ou le diamant, rend le plus justice au son doux, enveloppant de Magic Smile, par exemple.



Ce son très Californien (je précise que j'allais écrire "qualifornien"!), avant d'être celui de Rosie Vela (obscure mannequin, qui, par la suite, retourna à l'obscurité), c'est bien sûr celui de Steely Dan. D'abord parce que Rosie Vela, même si elle a composé l'album, a toujours reconnu qu'ils s'agissait de ses héros. Et puis parce que Walter Becker et Donald Fagen, Steely Dan donc, jouent sur l'album produit par Gary Katz, le producteur de... Steely Dan. Là encore, je tiens à préciser que je ne suis pas fan de Steely Dan au point d'avoir leurs disques. Steely Dan, c'est le genre de trucs (et je dis ça sans dédain aucun, bien au contraire) qui, lorsque ça passe en radio, me fait taper du pied, fredonner, voire monter le son et me dire à la fin (de Hey Nineteen par exemple) que : "Putain, c'que c'est bien foutu"



J'admire l'élégance de Steely Dan même si elle n'est pas primordiale dans ce que je recherche dans la musique. Peut-être en eut-il été autrement si j'avais eu seize ans dans les années 70 plutôt que 80, la carrière de Steely Dan s'étant arrêtée précisément à Hey Nineteen et l'album Gaucho en 1980. D'ailleurs pour être honnête, si je n'ai pas de Steely Dan dans ma discothèque, j'ai par contre l'album The Nightfly de Donald Fagen sorti en 1982 mais qui me parle bien plus car sorti à une époque où je m'intéressais définitivement à la musique. Or, Donald Fagen y reprenait exactement les mêmes obsessions musicales, ce même son, toujours produit par Gary Katz. Y a pas grand chose entre Hey Ninetee, et IGY. Le son Steely Dan est là,un peu jazzy, mais toujours, toujours, avec la même élégance.



C'est d'ailleurs bluffant de voir que vingt ans après, en 2000, pour l'album de la réunion, ils avaient toujours le même son. Comme une recette dont ils seraient les seuls détenteurs. La même, toujours, mais pour un  résultat, toujours, délicieux. Quelques temps avant d'écrire ce post, je m'étais dit que je parlerais de mon goût pour la musique West Coast, ou en tout cas pour le son. Ce que je pourrais donc faire ici. Mais le son de Steely Dan est réellement unique par rapport à celui de, disons, Dary Hall & John Oates ou des Doobie Brothers. Steely Dan étaient les seuls à réellement lorgner du côté du jazz ; c'est peut-être aussi la raison pour laquelle je n'ai pas une réelle proximité avec leur production que je ne fais qu'admirer de loin. Le reste du son West Coast était plus tourné vers la Soul, le funk ou le rock. Il n'empêche que j'étais à deux doigts d'aborder le sujet Michael McDonald, le chanteur des Doobie Brothers, qui est celui que je sentais le plus près de ce son. Quelle n'a pas été ma surprise d'apprendre qu'il tournait actuellement sous l'appellation Dukes of September avec Donald Fagen (et aussi Boz Scaggs, autre tenant de la musique West Coast que je connais moins). J'avais aussi totalement zappé le fait que McDonald avait fait les choeurs sur plusieurs chansons de Steely Dan. Ils partagent quelque chose qui a à voir avec la classe. Classieux, aurait dit Gainsbourg, et ça se serait parfaitement appliqué. Une grâce intemporelle que McDonald, pour sa part, amène à tout ce qu'il touche de sa voix unique. Là encore, pas de trace de McDonald dans ma discothèque ; il n'empêche que lorsqu'il y rentre en catimini via un duo avec Joni Mitchell ou un refrain sur le Some children d'Holy Ghost!, je ne boude pas mon plaisir. Et c'est peut-être ça que je veux dire ici : qu'un plaisir furtif, un truc que vous aimez bien à la radio, mais que vous ne prendriez pas forcément le temps d'acheter, peut lui aussi aider à dresser le portrait de l'auditeur que vous êtes.

jeudi 25 octobre 2012

Fais moi un signe !

Non, ceci n'est pas une supplique ni même un clin d'oeil hippie à Gérard Palaprat mais le titre qui m'est naturellement venu via l'apparition dans la Blogosphère et dans mon univers musical de No Ceremony//. C'est déjà, semble-t-il, le troisième single du groupe et on ne sait pas grand chose d'eux si ce n'est qu'ils sont de Manchester et qu'ils offrent généreusement à qui les suit leur production discographique sur leur site Internet, comme, ces jours-ci, le morceau Feel so low.




Petit aparté : très très bonne chose, la gratuité, pour générer le buzz. Certes, Feel so low est un bon morceau mais je ne sais pas s'il aurait atteint une telle notoriété sans avoir été gratuit. Du coup, vous possédez le morceau, vous l'avez dans votre discothèque et vous retenez le nom du groupe. Ce qui ne sera pas forcément le cas de ce petit groupe sympa que vous avez écouté, là, l'autre jour, sur ce blog, tu sais bien, mais où déjà, ah merde, j'ai oublié. Et puis, la gratuité, ça invite les bloggeurs à en parler à leurs lecteurs dans un souci de "tiens, c'est cadeau". Fin de l'aparté quoique je puisse enchaîner : puisqu'avec la gratuité, on a déjà le buzz, pourquoi en rajouter avec des effets qui relèvent plus de la typographie que de la musique ? Par exemple, on n'écrit pas comme je l'ai écrit depuis le départ Feel so low mais, nuance, FEELSOLOW. De même que No Ceremony s'appelle en fait NOCEREMONY///. Je précise que le point après les trois slashs ne fait pas partie du nom du groupe mais est là pour ponctuer la fin de ma phrase. Alors que les trois slashs eux, font bien partie du nom. A quoi ça sert ? Mystère. Enfin si, ça sert justement à créer tout un mystère et ça a plutôt l'air de fonctionner. A court terme. A long terme, est-ce que ça rend pas les choses un peu lourdingue ? Pour avoir été animateur en radio, et même si je ne les y ai jamais présenté (pas le style de la radio), j'aurais été dans la merde s'il m'avait fallu annoncer AM/FM de !!!



Je ne suis franchement pas certain que cela ait servi la carrière de ce groupe. D'autant que si vous ne savez pas que !!! se prononce Chk Chk Chk, vous pouvez lancer une recherche avec trois points d'interrogation sur Youtube et vous retrouvez avec rien dans le résultat. Maintenant, on pourra aussi se gausser sur la prononciation de Chk Chk Chk, que les gens disent Chic Chic Chic (ah, c'est Chic Chic Chic alors ? Ben non, c'est Chk Chk Chk ! - oui le point d'exclamation me paraît ici indispensable). Ceci n'atteint pas que les groupes anglais, voir ci-joint, les Américains de ...music video? Ici donc pas de majuscule, trois points de suspension au début et un point d'interrogation à la fin. C'est bon à préciser, des fois que vous penseriez à une erreur de frappe.



Chers !!!, ...music video? et autres NOCEREMONY///, tout cela est-il bien raisonnable. D'autant que si vous avez un jour une chanson qui sort du lot, un gros standard, on risque de ne plus se souvenir que du titre, pas du groupe. C'était quoi déjà le signe qui accompagnait les Mysterians sur 96 Tears ? Ben c'était ça justement : un point d'interrogation. Question Mark en anglais.



Mais tous ces efforts n'égaleront jamais celui du groupe Freur. Vous allez me dire que c'est quand même super plus simple que les autres. Sauf que non. Parce qu'avant de concéder à prendre le nom de Freur, le groupe, et c'était le cas lors de la sortie de son premier single, refusait de prendre un autre nom que le signe qui était sur la pochette du 45 tours. Il faut vous imaginer le pauvre animateur que j'étais à l'époque, en 1983, en train d'annoncer le Disque de la Semaine (car, oui, je lui avais attribué le titre), Doot Doot par, et là obligé de décrire le signe soit donc une espèce de ligne en accordéon qui sort d'une coquille d'escargot. Tellement pas clair que je préfère que vous alliez la voir sur la vidéo ci-dessous


Là encore, le mystère de leur nom a sans doute piqué la curiosité de certains, ce premier single étant leur seul titre à avoir été classé dans les Charts. OK, 59ème au Royaume Uni, ce qui en fait un succès confidentiel, mais un succès quand même comparée à la suite de leur carrière. Et quand leur maison de disques obtint un nom prononçable : Freur donc, c'était déjà trop tard, leur carrière était derrière eux. En tant que Freur. Heureusement quelques années plus tard, ils ne réitérèrent pas leur erreur en signant un nouveau contrat sous le nom d'Underworld. J'aurais bien mis un point d'exclamation pour finir mais est-ce que ça fait pas un peu trop ? Et je pose pas juste une question pour terminer par un point d'interrogation, hein !

mercredi 24 octobre 2012

Une pièce du puzzle

J'ai souvent dans l'idée de passer d'un sujet à l'autre ici, comme on peut le faire, sur d'autres sujets, dans la "vraie vie". De la même manière, histoire de ne pas lasser mon lectorat, je me suis toujours dit que j'allais alterner les sujets français et internationaux. D'autant plus que j'ai, à en croire les statistiques de ce blog, un gros following en Russie, Lituanie ou Allemagne, ce que j'ai beaucoup de mal à m'expliquer (en cet instant se forment des images d'un agent du KGB glissant à un autre "Chef, on est repérés !") mais bon, voilà. Or, dans le souci essentiel de faire que ce que j'ai envie de faire, na-na-na-na-nè-reu, et puis parce qu'il arrive, dans la vraie vie, que le sujet de la veille déborde sur le lendemain, je reprends mon sujet d'hier où il m'avait amené : Jay Alanski.
J'avais bien sûr vu le nom de Jay Alanski derrière quantité de chansons de Lio comme Banana Split. J'ai même du voir son nom au revers du single des Innocents, Jodie, qu'il avait produit. Mais je n'ai commencé à réellement m'intéresser à son nom qu'avec le deuxième album de Jil Caplan, La charmeuse de serpents. Cet album était bien au dessus de tout ce qui se faisait alors dans le domaine de la variété française. Il y avait une attention portée à tous les morceaux, que ce soient dans la composition ou les arrangements, et même dans la façon parfaite qu'ils avaient de s'enchaîner sur l'album, qui révélaient une envie de faire de la "bonne chanson française" comme un artisan rêve de faire de la "belle ouvrage", si vous voyez ce que je veux dire. Et comme, la pochette indiquait que c'était "joué, arrangé et produit par Jay Alanski" et qu'il était l'auteur et compositeur (Caplan co-signe 3 chansons sur les quinze de l'album), je m'en suis assez vite fait l'image d'un pygmalion  maniaque préférant se cloitrer dans son studio et laissant briller sa créature, Jil Caplan en l'occurrence. Je m'en suis même assez vite fait l'idée d'un couple plus forcément sur la même longueur d'ondes ; mais était-ce la réalité ou juste des images que je plaquais sur les thèmes développés dans des chansons comme Tout c'qui nous sépare ou le très beau duo Je t'apprends rien ?
En fait, je n'ai jamais vraiment su s'il s'était effectivement passé quelque chose entre le créateur et sa créature (c'est lui qui a trouvé le nom de Jil Caplan inspiré de La mort aux trousses d'Hitchcock). Je sais juste qu'après Avant qu'il ne soit trop tard, dernier album qu'il ait fait pour elle, la musique de Jil Caplan ne m'a plus intéressé que très anecdotiquement. Je suis d'ailleurs un grand fan de ce dernier album qui a été, en 93, un très très gros fiasco. Un morceau comme La grande malle (III) (oui, parce que, sur l'album, y avait La grande malle (I) et La grande malle (II) aussi, mais bon fallait bien choisir) me met toujours une pêche incroyable avec ses "toudoudoudou doutou toutoudou" (ou quelque chose comme ça) et montre bien qu'au delà de Caplan (finalement assez peu présente dans le morceau), c'était bien Jay Alanski qui me fascinait.



Reste qu'il avait, comme qui dirait, le cul entre deux chaises : celui d'une variétoche facile que pouvaient programmer les radios et une ambition que je sentais plus artistique. Une sensation dont j'eus la confirmation trois ans plus tard avec la parution sur F.Com, le label électro alors très pointu de Laurent Garnier, des premiers EP d'A Reminiscent Drive. A Reminiscent Drive, c'est le pseudo de Jay Alanski qui faisait absolument tout sur ces disques et s'était pour le coup totalement libéré des textes n'offrant plus que des musiques derrière ce masque d'artiste Ambient. Tous les morceaux de ces EP (dont la plupart se retrouveront sur le premier et magnifique album Mercy Street) auraient pu figurer sur une compilation Cafe Del Mar ; plus exactement, sur les premières compilations du nom, quand le nom, précisément n'était pas encore galvaudé comme il le sera plus tard, à l'instar de cette musique. Nombre d'artistes ont en effet pu croire, durant les années qui ont suivi, qu'en faisant dans l'éthéré, ils allaient faire dans l'inspiré. Mais peu sont arrivés à comprendre toute la complexité d'un morceau comme Sky, si simple en apparence mais qui dégage une véritable ambiance, un climat, quelque chose d'habité.



Il y a eu un autre album d'A Reminiscent Drive, Ambrosia, puis Jay Alanski a repris son patronyme, retrouvant également sa voix sur l'album Les yeux crevés. Pas très fan. Et, du coup, j'ai un peu lâché l'affaire. J'ai jeté un coup d'oreille à Derrière la porte qui marquait ses retrouvailles avec Jil Caplan en 2007, ai été heureux de voir qu'ils avaient retrouvé la recette de leur accord (notamment sur le très réussi On n'entre plus chez toi) mais en même temps, c'est comme si je n'y étais plus. Les autres non plus d'ailleurs qui ont (très) peu acheté l'album. Pour les besoins de ce post, j'ai même trouvé sur la bio officielle de Jay Alanski, qu'il faisait ces temps-ci des titres sous le nom de sEYmour disponibles gratuitement via son Bandcamp. Et The New Gun ou The Sour Milk n'ont vraiment pas à rougir par rapport à tout ce qui se fait aujourd'hui.





Il n'empêche que, malgré le fait que j'ai tendance à le classer haut dans mon panthéon personnel du paysage musical français, Jay Alanski trouve plus facilement sa place dans la catégorie des Beautiful Losers. J'ai d'ailleurs constaté, toujours en lisant sa bio, que The Beautiful Losers était le nom de son premier groupe, signataire d'un album visiblement culte pour certains qui bénéficia même d'une réédition il y a quelques années. En écrivant tout ce post, je me suis d'ailleurs dit plusieurs fois que je n'avais qu'une vision très parcellaire de Jay Alanski. Je ne connaissais pas ses premières aventures discographiques, ni ses dernières, et encore moins l'immense production photo et vidéo dont il est l'auteur ces dernières années. Mais l'image que j'en ai (qui n'a peut-être rien à voir avec le vrai Jay Alanski mais je pourrais en dire autant de tous les artistes dont je parle) est celle d'un artiste aussi à part que brillant. C'est sans doute d'ailleurs parce qu'il brillait en tant que compositeur, producteur, musicien, artiste, vidéaste, photographe, que, finalement, il n'a su briller réellement nulle part. Il ne faudrait pas non plus oublier ses talents d'auteur car celui qui a longtemps été associé au génial parolier Jacques Duvall (pour Banana split notamment), savait lui aussi manier le verbe. Il n'y a qu'à écouter Palais royal qu'il avait fait pour Chamfort et qui est pour moi, une pièce maîtresse de ce puzzle un peu foutraque qu'est Jay Alanski.



mardi 23 octobre 2012

Pourquoi Lio n'est pas Jeanne Mas

J'ai lu hier dans le Journal du Dimanche un papier sur Stars 80, le film qui sort mercredi et dont l'argument principal est son casting de chanteurs ringards des Eighties  avec donc avec Emiles et Images, Peter et Sloane, Debut de Soirée, Jean-Pierre Mader, Sabrina, Cookie Dingler, Jean-Luc Lahaye, Jeanne Mas, Gilbert Montagné et... Lio. Citant Thomas Langmann, son réalisateur et producteur, le JDD précisait : " tous les chanteurs se sont révélés "simple et faciles"... sauf Lio : "C'est une bonne comédienne mais elle n'a pas beaucoup d'autodérision". Voilà qui n'est pas très fairplay et plutôt inhabituel en pleine période de promo où tout le monde se passe, traditionnellement, la brosse à reluire. En même temps, ce n'est pas la première fois que Lio passe pour une casse couille, ce qu'elle doit, en partie être car sinon, je ne m'explique pas bien sa (non)carrière au cinéma alors que, comme le dit quand même Thomas Langmann, c'est une bonne comédienne (voir, pour les pas convaincus, Après l'amour, très joli film de Diane Kurys, où elle brille en épouse trompée). Mais je ne suis pas là pour vous parler des qualités d'actrice de Lio, vous l'aurez bien compris. Quoique la chanteuse et l'actrice portent la même casquette d'interprète, mais ça, j'y reviendrais quand je parlerais, un jour, des chanteuses actrices (et inversement) si injustement (parfois) décriées.
Si elle n'a pas beaucoup d'autodérision, c'est sans doute parce que la carrière de Lio est moins risible que, mettons, celle de Peter et Sloane ou Cookie Dingler. Pas seulement parce qu'elle a aligné plusieurs tubes (à ce compte là, Jean-Luc Lahaye et Jeanne Mas, ses partenaires de film, l'ont aussi fait), mais parce qu'au fil d'albums plus ou moins réussis, elle a su laisser une empreinte, qu'ont aidé à forger une lignée de collaborateurs dont les autres ne pourront jamais que rêver. Je rappelle, entre autres, que c'est John Cale, du Velvet Underground, qui signait les arrangements de cordes de son album Pop Model ! Et puis les tubes de Lio ont quand même une autre classe. Je suis très content d'avoir, dans ma discothèque, son presque ska Banana Split et le très efficace Amoureux solitaires (vendu quand même à 4 millions d'exemplaires dans le monde), relecture ô combien pertinente par son créateur Jacno d'une chanson qu'il avait écrite pour son groupe, les Stinky Toys. Je me rappelle m'être longuement interrogé sur la façon dont cette chanson punk bordélique, Lonely lovers, avait pu devenir cette ritournelle à la précision mathématique. En cherchant deux trois trucs sur Lio pour ce post, je suis même tombé sur Sage comme une image, dont je ne me souvenais que très vaguement, et ai halluciné en découvrant le synthé qui est exactement le même que celui de Don't you want me de Human League, sorti pourtant un an plus tard.


Pour ceux qui l'auraient oublié, Lio, c'était la voix italienne sur le Week-end à Rome d'Etienne Daho. Une chose que celui-ci n'oubliera pas quand il essaiera de relancer en 91 (en vain déjà) la carrière de Lio en produisant Des fleurs pour un caméléon, sur lequel on trouve une très jolie version des Voyages Immobiles, que Daho enregistra la même année avec nettement plus de succès.



Bien sûr, Lio, c'est pas sérieux. Enfin non : Lio, c'est léger. Mais c'est la légèreté d'une bulle de champagne. Donc la légèreté faite avec le plus grand sérieux. Et c'est d'ailleurs cette légèreté exquise qu'est venu chercher (en plus d'une caution eightie's millésimée) Teki Latex quand il a enregistré avec elle Les matins de Paris qui fut l'un de ses meilleurs titres ces dernières années. C'est cette même maestria dans la légèreté qu'était venu chercher Olivier Libaux quelques années plus tôt pour le conte musical L'héroïne au bain, où Lio savait comme personne donner La recette de l'amour fou.



J'aurais pu prolonger cet article encore longtemps, allant chercher quelques pépites surtout dues à Jay Alanski, qui allait connaître une nouvelle association fructueuse auteur-interprète avec Jil Caplan, et qui plus tard allait devenir A Reminiscent Drive (j'y reviendrais sans doute plus tard). J'aurais pu aussi vous parler d'Héléna Noguerra, la soeur de Lio, qui connaît un peu les mêmes galères de carrière, mais dans une version plus chic et sophistiquée. Mais je vais finir sur Agathe, qui, à priori, n'a aucun rapport avec Lio, si ce n'est celui d'avoir, elle aussi, marqué le début des années 80 de sa grâce mutine via quelques perles de pop joyeuse regroupées, pour l'essentiel, sur son unique album Regrets. Regrets, qui était aussi le nom du groupe d'Agathe quand elle est apparue, ce qui fait qu'on pouvait aussi croire que l'album de Regrets s'appelait Agathe, vous suivez ?



Petit classique frenchie 80's, l'album regorge de morceaux aussi gentiment gracieux et sautillants. Mais les singles qui ont suivi n'ont pas aussi bien marché et condamné Agathe Labernia à l'anonymat. Il n'y a pas si longtemps, j'ai vu un reportage sur notre Agathe, vieillie, vivant du RSA, mais ne se plaignant pas trop, misant sur un hypothétique retour orchestré par de jeunes fans qui, à ce jour, se fait encore attendre. Et j'ai trouvé ça triste. Surtout pour quelqu'un qui incarnait la joie et, aussi, un peu de ma jeunesse. C'est sans doute pour éviter de vivre une situation comme celle-là que Lio a dit oui à Stars 80 et à sa tournée, en compagnie de ces "artistes" plutôt pas recommandables. A l'arrivée, c'est aussi triste. Elle abime son image. Et avec elle, là encore, ma jeunesse. Mais elle s'en fout de ma jeunesse comme je devrais m'en foutre. Ma jeunesse, aujourd'hui ? Si belle et inutile.