mercredi 13 mars 2013

Une fille qui chante à la radio

Je ne sais pas pourquoi j'admire tant d'artistes féminines. Ou bien si. Pour plusieurs raisons. Les femmes ont été trop longtemps absentes de la musique, et des arts en général, pour que dès que parvienne leur sensibilité féminine, on soit, pour qui est à la recherche de nouveauté, subjugué ; ça rejoint plus ou moins ce que j'avais écrit lors de mon dernier post. Ensuite, je ne pense pas qu'être élevé parmi des femmes comme ce fut mon cas, entre trois sœurs et ma mère, ne laisse pas de trace. Enfin, puisque l'on parle de mère, peut-être le chant d'une femme rappelle-t-il à mon inconscient celui de ma mère, enfant, voire avant. Pour toutes ces raisons là, quand une femme s'attaque à un registre aussi balisée que la variété, j'attends d'elle quelque chose d'original, une nouvelle voie. Et pour tout ça, je suis un grand fan de Zazie. Je n'apprécie pas tout son répertoire, mais toujours, en tout cas, cette façon qu'elle a de chercher autre chose, un truc moins commun que ses pairs masculins, ou, tout du moins, différent. Cette démarche, cette recherche là, souvent plus que ses fruits, me passionne. Même à ses tout débuts, quand sa silhouette d'artiste était encore mal dessinée, elle était allée enregistrer son premier album dans les studios Real World, de son idole, Peter Gabriel. Et même si le résultat est encore très approximatif, on peut lui reconnaître l'audace d'un single comme Je, tu, ils.


Zazie - Je tu ils par val6210

Mais Zazie s'est réellement fait une place et une identité dans la variété française via son deuxième album, Zen. Comme tout le monde, ou, comme beaucoup de monde, c'est Larsen qui m'a amené à l'album, que je trouve une chanson pop parfaite. Mais l'album comporte bien d'autres perles. Des choses peut-être plus intimes, plus fragiles et donc, paradoxalement, plus fortes. Les moutons qui venait conclure l'album en forme de morceau caché est à mon sens l'un des rares exemples réussis de rencontre entre l'ambient et la chanson française. J'envoie valser est une chanson pleine de grâce et je suis d'ailleurs assez bluffé par le sort qui lui fut réservé puisque, même si elle n'est jamais sortie en single, elle est systématiquement reprise dans tous les télécrochets par des aspirants à la gloire. Allez faire un tour sur Youtube et voyez le nombre de covers de cette chanson, c'est assez bluffant. Un standard en somme. Je t'aime mais est un joli hommage à Gainsbourg même si son plus bel hommage en la matière sera la chanson qu'elle écrivit plus tard pour Jane Birkin, C'est comme ça. Mais somme toute, Zazie n'est jamais plus touchante que sur La la la enregistrée, comme marqué sur le livret du disque, en une prise dans sa cuisine, d'où ce son un peu cracra avec des plops sur les P, mais qu'importe quand l'émotion est là.



C'est d'ailleurs à cette émotion qu'elle sait véhiculer que je me suis rattaché quand ses compositions ne me convenaient plus, comme sur les albums suivants, Made in live et La zizanie, et leurs guitares un peu trop présentes à mon goût. Car, c'est là un des points forts de Zazie, il y a toujours, sur ses albums, une chanson qui va emporter mon adhésion. En l'occurrence, c'était, pour le premier, Chanson d'ami, et, sur le second, Sur toi, deux chansons qui savent toujours m'émouvoir ; une histoire d'accord mineur sans doute, même si je ne suis pas assez musicien pour pouvoir me prononcer de manière certaine. C'est ce type de chanson, plus ou moins mélancolique, qui ancrent définitivement ses disques dans ma collection et, allais je dire de manière un peu emphatique, dans mon coeur ; des chansons comme Slow, J'arrive, Je vous aime ou Ca.


Zazie l'Amour "ça" ne s'oublie pas, c'est fort... par alizoh8

Pour en revenir à Youtube, en faisant les recherches sur ce post, j'ai trouvé une flopée, à chaque fois, de reprises amateurs de chaque chanson de Zazie. Pour deux raisons me semble-t-il. D'abord parce que je ne suis pas le seul à être touché par ses chansons. Mais aussi parce qu'elle paraissent, comme leur interprète, accessibles. Comme si c'était facile de chanter du Zazie, ce que je ne démens pas puisque moi même, je chante à tue tête sur ses chansons. Mais cette facilité apparente ne doit pas cacher la complexité que Zazie cherche à apporter à ses chansons, via des arrangements plus subtils que dans la plupart de la variétoche grand public qui passe généralement à la radio. Pour l'album Rodéo, elle est par exemple aller chercher Philippe Paradis, dont les claviers venaient d'illuminer les deux derniers albums de Christophe encensés par la critique. C'est d'ailleurs resté son compagnon, ce qui pourrait paraître accessoire et purement people, mais donne la direction à son travail depuis. Elle est toujours à la recherche et pas dans la seule redite de ce qu'elle a déjà pu faire. C'est ce qui la différencie, par exemple, de Pascal Obispo auquel on l'a beaucoup associée au début, précisément parce qu'elle s'y était associée au début de sa carrière puis par la suite, via le single Mes meilleurs ennemis. Mais si l'un comme l'autre ont amené, au début des 90's, un petit vent frais, seule Zazie a su conserver la fraîcheur de sa production. Parce qu'elle a toujours cherché, parce qu'elle cherche toujours. Quitte à se planter comme pour le projet Za7ie ou elle avait conçu sept titres sur sept thématiques pour chacun des sept jours de la semaine, ce qui est bien plus que ne peut supporter un auditeur et qui n'est surtout pas digne d'une artiste qui se doit, précisément, de faire le tri entre des morceaux qui auraient du rester des maquettes et d'autres qu'il s'agissait d'aboutir. Résultat : un gros gloubiboulga. Mais ça donne aussi de belles réussites même si ce ne sont pas celles qui font les plus gros succès ; je trouve curieux par exemple que Je suis un homme, plutôt fade à mon goût, ait été un si gros tube, alors que FM Air fut un flop retentissant, quand bien même cette chanson, bourrée de clin d'oeil à son répertoire (c'était la chanson inédite de son best of), était autrement plus réussie et culottée. Il y a notamment ce break à 2'20 que je trouve toujours sublime avec ces étranges sonorités de claviers. Oui, des sonorités étranges de claviers, on en a déjà entendues, et des plus téméraires, ailleurs, mais là, encore une fois, c'est au beau milieu d'une chanson de variété, un truc, comme le dit le titre, qui passe à la radio. Et c'est quand même bien plus gonflé (trop sans doute, à en juger par le succès du titre) que ce que font les autres, au milieu desquels elle évolue.


Zazie - Fm Air (HQ) par wonderful-life1989

L'annonce de son nouvel album m'a fait plaisir, non seulement parce que j'ai de la tendresse pour le personnage et, donc, certaines de ses chansons, mais aussi, mais surtout, parce que c'est la même démarche qui l'attire : chercher, toujours et encore, pour rendre sa musique unique dans le contexte dans lequel elle évolue. Pour faire entendre une voix féminine originale au sein d'une varièt' encore trop souvent (comme tout le reste) dominé par les mâles, de sa voix qu'elle a, et c'est très joli, de plus en plus voilée (la clope, j'imagine). Comme d'habitude, ce ne sera pas toujours très réussi (le premier single, Les contraires, ne m'a fait ni chaud ni froid) mais ça paiera quand ce le sera, comme sur Cyclo, titre de l'album à venir, et, en attendant, titre de cette chanson qui ne cesse de tourner en boucle, ici, depuis que je l'ai découverte.

samedi 9 mars 2013

Des nouvelles des étoiles

J'ai hésité un temps à lier trois titres qui me sont passés entre les oreilles et devant les yeux ces derniers jours. Simplement parce qu'ils étaient en français. Ca fait finalement un point commun assez minime, ce qui m'a finalement décidé à écrire sur chacun des trois dans les jours à venir. Pour être clair, si j'écrivais que j'allais relier ici trois titres simplement parce qu'ils sont tous chantés en anglais, on trouverait ça stupide et on aurait raison. Toutefois, au delà de leur différence, le fait qu'ils soient tous trois chantés en français n'est pas anodin et ce, bien au-delà du sens de leurs textes. Le fait que ces chansons soient chantées dans ma langue maternelle va faire que je retienne plus ces chansons que d'autres, de la même façon qu'il m'est bien plus facile de retenir une chanson en anglais qu'un instrumental. Les mots, quelque soient leur sens, et même s'ils n'en n'ont pas, sont autant d'aspérités auxquelles la mémoire va pouvoir s'accrocher. D'où donc, cette première impulsion de relier ces chansons entre elles. Seulement voilà, la première d'entre elle, notamment, est un gros morceau qui, posté lundi sur le Net, affiche déjà plus de 100 000 visionnages à l'heure où j'écris, bien plus sans doute, quand vous me lirez. Preuve que ça ne laisse pas grand monde indifférent. Et d'ailleurs, c'est le propre de l'artiste. Car l'artiste en question est une star et que la génétique d'une star comprend que vous ne laissiez personne indifférent : on aime ou on déteste mais on a tous un avis. Voilà pourquoi, entre autres, Vanessa Paradis est une star. Or, voici qu'en avant goût de son album à paraître en mai, débarque sur la toile Love song, première chanson que l'on doit à son association à Benjamin Biolay.



Pour que vous compreniez bien ce qui va suivre, je trouve cette chanson très réussie et bien au dessus de la plupart des compositions du dernier album de Biolay. Ceci étant dit, cette chanson, peut-être à cause de la journée de la femme, allez savoir, me pose un problème. Parce que passée la première (très, très bonne, je le répète) impression en surgit une seconde où j'ai l'impression de voir un mec, en l'occurrence Biolay, non pas servir mais bien plus SE servir d'une très belle nana, Paradis donc, et la cantonner à un rôle de sensuelle tentatrice. Un peu comme un mec inviterait une strip teaseuse à venir se déhancher devant lui contre un billet. J'imagine que c'est inhérent au rapport muse/mentor quand la première est féminine et le second, masculin. Ca m'a rappelé (la même petite guitare funky, le côté dance appuyé, la voix qu'on fait langoureusement traîner) Je danse, la petite friandise pop qu'avait signé Siméo pour Jenifer ou La fidélité que le même Biolay avait produit pour Elodie Frégé.



Pour parler crument, mais aussi pour évoquer le côté féline des interprètes, ce sont des chansons qui sentent la chatte. Or, si réduire Jenifer ou Elodie Frégé à ce rôle ne me pose aucun problème, il n'en va pas de même avec Vanessa Paradis. Bien sûr, la sensualité est une part essentielle du personnage. Mais pas que. Et à vrai dire, j'aurais préféré que Biolay écrive en se mettant à la place de Paradis plutôt que d'être, ici, comme un marionnettiste, certes inspiré, faisant bouger une poupée sexy. Ce single est un point de vue éminemment masculin porté sur une femme. Ben c'est logique, c'est un mec, Biolay, si je ne me trompe pas. Oui, mais quand, pour reprendre le rapport muse/mentor, Gainsbourg écrit pour Isabelle Adjani Le mal intérieur, on a plus l'impression qu'il laisse parler sa part féminine, qu'il écrit comme une femme des paroles qu'elle peut vraiment s'approprier et ressentir, ce qui n'empêche pas la chanson de dégager quand même une très grande sensualité.



Pour revenir à Vanessa Paradis et rester sur Gainsbourg, j'ai l'impression qu'un texte comme Vague à l'âme en dit plus sur la vie de l'adolescente qu'alors elle était que Love song sur la femme qu'elle est aujourd'hui. Sans compter que c'est une de mes chansons préférées de Vanessa Paradis.



Le problème, pour Vanessa, c'est qu'il a toujours fallu passer par l'entremise d'hommes pour s'exprimer, depuis Etienne Roda Gil jusqu'à Biolay, en passant par Lenny Kravitz ou M. Ce qui fait qu'on peut avoir du mal à entendre sa voix. Pour qu'elle est précisément voix au chapitre, il faut donc que le compositeur pense non à la femme, mais tout simplement pense femme, si vous voyez ce que je veux dire ; il ne s'agit pas d'exprimer le désir qu'on a pour la femme mais d'exprimer ce que femme désire en d'autres mots. Il faut qu'on oublie l'intermédiaire, que Paradis ne soit pas l'objet de fantasme, mais nous confie les siens. C'est plus intéressant. Et n'allez pas croire pour autant qu'il faille en passer par une ballade déchirante ou bluesy pour aborder les états d'âme féminins ; ainsi, sur le même registre très sexué (Je sais qu'c'est toi / Tu sais qu'c'est moi) et même si on peut la trouver, c'est mon cas, moins bonne que Love song, je trouve Dès qu'j'te vois bien plus maline dans sa façon d'allumer.



C'est aussi le propre des stars d'y plaquer ses propres fantasmes. Donc j'imagine qu'il est quelque peu logique que Biolay exprime sa vision de la star plutôt que ce que la femme a à dire. Et puis, ce n'est qu'une chanson et le reste de l'album m'apportera peut-être ce léger truc que je pourrais lui reprocher. Et encore : c'est non seulement léger mais ce n'est aussi même pas un reproche puisqu'encore une fois, je trouve ça très, très bien. C'est juste mon côté féministe qui ressort ; on ne grandit pas au milieu de cinq femmes/filles sans penser qu'elles n'ont rien à dire. Et puis je me montre sans doute plus exigeant, façon qui aime bien chatie bien. Vanessa Paradis est quand même la star de ma génération. Je me souviens l'avoir vu en concert vers 1995 dans l'une de ses premières tournées. Pas du tout habituée à la scène, elle ne bougeait pas, ou peu, et ânonnait des phrases qu'on pressentait les mêmes de date en date. Et pourtant on avait d'yeux que pour elle, on en redemandait, l'émotion, dans la salle, était palpable. L'aura des stars. Il n'y en a qu'une qui peut rivaliser dans cette génération en étant  un peu, à l'ombre, ce que Paradis est à la lumière : Charlotte Gainsbourg. Ca me fait penser à Cora Vaucaire et Juliette Greco dans les années 50, l'une ayant été appelée la dame blanche quand l'autre était surnommée la dame noire. Comme les deux faces d'une même médaille, les deux côtés d'une même planète, et, par là, d'une même étoile, partageant ce même pouvoir d'exercer au cinéma et dans la chanson la même fascination. Et ce même si la filmographie de Paradis est nettement moins réussie que celle de Gainsbourg. Mais c'est précisément ça qui fait d'elle une star : qu'on puisse oublier tous ses nanars, tous ses échecs, la laissant toujours briller au firmament. On pourrait penser que, parce qu'elle est une star, parce qu'on s'arrache son intimité dans des journaux trash, on attend qu'elle se livre d'avantage. Or, elle l'a déjà fait en parlant de ses enfants, de la maternité, sans doute parmi les choses qui comptent les plus pour elle, à travers ses chansons parmi les plus réussies. Ecrites et composées par elle. Le problème dans cette histoire, c'est que c'est précisément dans ces moments qu'on l'a le moins écoutée. A la rigueur se souvient-on de Jackadi en clôture de l'album Divinidylle mais qui se souvient de Saint Germain, sur le boudé Bliss ? Or c'est là où l'artiste, et là, précisément, je ne dis plus star, est la plus intéressante. Mais la star n'est-elle pas précisément la projection de nos fantasmes (sexuels ou pas) ? Love song, c'est Biolay fantasmant sur Paradis et elle s'y livre de bonne grâce, tant, par l'occasion, elle continue d'écrire sa légende. Mais pour l'artiste, la femme, pour Vanessa, mieux vaut, me semble-t-il, passer par St Germain.


Vanessa & Johnny - St Germain par mimie75

jeudi 7 mars 2013

Beau, oui, comme d'autres

LACHEZ MOI AVEC BOWIE !!! C'est assez clair en capitales ou il faut que je le mette en gras ? Bon, j'aurais pu mettre "lâchez nous" mais j'ai tellement l'impression d'être seul sur ce coup que bon... Remarquez, je pourrais créer un groupe sur Facebook juste pour voir. Et pourquoi, toi, tu le lâches pas, me diront certains, s'interrogeant sur ce qui me fait revenir sur un sujet que j'ai déjà traité ici. Eh bien, tout me fait revenir à lui, c'est bien là le problème. Depuis la radio que j'allume le matin à la télévision, le soir, en passant par le Web et à peu près tous les journaux que j'ouvre. Et parce qu'on se définit aussi bien par ses goûts que ses dégoûts, je me dois de revenir sur le pourquoi du j'aime pas. Déjà, plus on en parle, moins, en ce qui me concerne, j'en ai envie. C'est peut-être snob mais c'est comme ça ; ma première réaction, quand tout le monde y va, c'est j'y vais pas. Je parle d'aller car c'est souvent pour les films que ça m'arrive. Or, quand on y pense, c'est une réaction assez débile : vais-je ne pas avoir envie de quelque chose parce que tout le monde a la même envie ? Et donc vais-je bouder une gâterie juste parce qu'elle va gâter tout le monde ? Non, je vous le dis, c'est idiot. C'est idiot mais c'est comme ça et quand tout le monde ira faire la fête au salon, je préfèrerais aller bouder seul dans ma chambre ; on ne change pas. Ou plutôt on a du mal à changer. C'est dommage car c'est sans doute comme ça que je passe à côté de plein de choses. Or dans un louable effort de changer ce déplorable comportement, de lutter contre cette pusillanimité, je me suis dit que j'allais écouter cet album de Bowie. Parce que c'est bien beau de rejeter la chose sur la foi d'un single : l'album comporte quand même treize autres titres. Comme on dit aux enfants, tu ne peux pas dire que c'est mauvais avant d'y avoir goûté, j'ai donc écouté l'album en écoute gratos ces jours ci sur Itunes. Enfin, mieux que les enfants puisque j'ai fait un grand travail sur moi même pour être le plus réceptif possible et ne pas faire la grimace avant même d'en avoir entendu une cuillerée. Ce pouvait être positif ; après tout, longtemps, je n'ai pas aimé le fromage et faisait des moues dégoûtées quand ma sœur m'en approchait un bout sous le nez. Et puis à vingt-cinq ans, parce que j'étais en Franche Comté, parce que j'avais mesuré que la vie était courte, je me suis dit que c'était bien con de ne pas essayer le fromage. Le vrai, pas le Kiri que j'aimais beaucoup quand j'étais petit. Et je me suis mis à aimer le fromage. Simplement parce que c'est bon et que je n'y étais pas, comme je le pensais, allergique. Le dernier Bowie est-il donc aussi bon qu'un Comté affiné vingt quatre mois ? Non, mais en revanche, son écoute m'a elle bien paru durer vingt quatre mois, au point que j'en étais à regretter le Bowie de... Blue jeans. Oui, je sais, c'est assez pathétique. Un peu comme l'album somme toute. Allez, on va dire que j'ai eu un léger sursaut à la quatorzième et ultime (merci mon Dieu : ils n'ont pas mis les morceaux bonus en écoute sur Itunes) chanson, Heat, où il y a un truc, un climat, une ambiance qui manque cruellement au reste de l'album. Ou qui ME manque cruellement. Le reste, ça pue les seventies, le glam rock, les guitares devant, la voix qui hurle... Et c'est là que je me suis dit que, finalement, je n'aurais peut-être pas du écouter cet album. C'est bien de faire des essais, de tester des choses nouvelles, tout ça, tout ça, mais vient un moment dans la vie où vous commencez quand même à vous connaître assez bien pour savoir assez vite ce qui va ou non vous plaire. Et peu importe que telles des Anna Wintour de la mode décidant de la tenue de rigueur, les Cassandre du rock aient décrété que LE basique de votre discothèque cette saison serait le dernier Bowie ; après tout si l'on vous inflige le jean, alors que vous savez bien que vous n'êtes fait que pour le costume, faut-il vraiment acheter le jean ? Non. Il faudrait pour ça, en avoir envie. Qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie, disait le grand penseur, Johnny Hallyday. Et, bien que souvent en désaccord, non, toujours en désaccord avec ce philosophe, je ne dirais pas mieux en telle circonstance. A côté de ça, j'ai pris un pied incroyable aujourd'hui en écoutant Hit the waves, le nouvel album des Suédois de The Mary Onettes. Sur lequel je me suis précipité car j'en avais envie. Ca pue les eighties, la new wave, les claviers étouffés, les voix fragiles... Et c'est pour tout ça que j'adore ça.



J'imagine déjà la réaction de certains se disant mais comment peut-il comparer des mecs qui font une musique, disons, comparable à celle de China Crisis à l'immense, le gigantesque, l'incroyable Bowie ?  D'abord les mecs, vous faites flipper. Ces temps-ci, y a deux personnes dont on parle à peu près autant : le pape et David Bowie. C'est pas un peu la même chose d'être fan de Bowie ? De suivre un culte qui fait que quoi qu'il fasse, quoiqu'il dise, on l'idolâtre ? Et puis ils ont, tous les deux, ce côté un peu surnaturel, alien, au-dessus des hommes. Eh bien moi, j'aime mieux me tourner vers de jeunes gens sensibles, me trouver au milieu d'eux. Et oui, qui font comme China Crisis. Justement d'ailleurs. Qu'est ce que j'ai pu écouter l'album Working with fire and steel ! Et même si l'album a un peu vieilli et que Here comes the raincloud paraitra plus gnangnan à certains que n'importe quel morceau du dernier Bowie, je m'en contrefous : cette musique me parle. C'est du Kiri, d'accord, mais je vous laisse le plateau de fromages qui puent.



C'est marrant parce que ça faisait une éternité quand même que je n'avais pas écouté China Crisis. Mais ce matin, en écoutant The Mary Onettes, qui n'en finissent plus de reproduire à la perfection le son que j'ai aimé dans les années 80, le groupe et cet album en particulier m'est tout de suite revenu en mémoire. Il y a en plus des titres de chansons SO eighties sur l'album de The Mary Onettes comme Don't you forget (to forget about me). On pourrait mettre "sic" derrière mais moi, je l'accompagnerais d'un grand soupir de satisfaction (d'autant que ce morceau reprend le motif du morceau qui le précède pour en faire quelque chose d'autre de manière éblouissante). Je rappelle à ceux qui ne s'en souviendraient pas que The Mary Onettes sont suédois (resoupir de satisfaction). Et du coup, actualité oblige, la sortie de leur album se télescope avec une autre sortie suédoise d'un groupe porté sur le son des eighties : The Embassy. J'ai découvert The Embassy il y a quelques années à l'époque où je lisais le mensuel Magic qui avait fait de leur précédent album, Tacking, leur disque du mois. C'est curieux car en relisant l'article, Magic parle de l'album de l'été 2007 alors qu'il était sorti en 2005 : l'album était-il arrivé deux ans plus tard en France ? Toujours est-il que c'est bien huit ans après cet essai (quelque peu) remarqué que débarque Sweet sensation, le nouvel album de The Embassy. Et c'est comme si rien ne s'était passé, comme si le groupe ne nous avait pas quitté il y a huit ans mais hier, donnant une suite dans la parfaite continuité de Tacking. Ce qui pourrait apparaître comme gênant, interpréter comme une stagnation ne me dérange absolument pas. Parce que leur musique est juste hédoniste : pas de grande ambition chez The Embassy, pas de dessein artistique monumental. Juste l'envie de se, de nous faire plaisir. Et en ce qui me concerne, ça fonctionne très bien comme sur Related artist, le premier single extrait de l'album.



The Embassy a beau partager avec Bowie un retour sans tambour ni trompettes des années après leur dernière apparition, on ne parle(ra sans doute) pas beaucoup de Sweet Sensation. The Mary Onettes auront au mieux trois lignes par ci par là pour leur album qui sort lundi où on leur reprochera sans doute de sonner comme beaucoup trop de groupes eighties. Mais je pourrais vous parler et surtout écouter ces deux albums pendant des heures. En revanche NE ME DEMANDEZ PLUS CE QUE JE PENSE DU DERNIER BOWIE ! A bon entendeur...

mardi 5 mars 2013

Les passeurs



Je me souviens, la première fois où j'ai entendu le When I Grow Up de First Aid Kit, m'être dit que j'étais passé à côté de Fever Ray. Fever Ray a signé l'original de cette chanson en 2009 sur un album encensé par la Critique et qui finit, cette année là, dans les meilleurs de l'année dans la plupart des classements. Ca avait beau être synthétique, ça avait beau être Suédois, ça ne me parlait pas et j'avais passé mon chemin. Puis est donc venue cette chanson des toutes aussi suédoises mais bien plus portées sur la guitare First Aid Kit et je me suis dit que j'allais refaire un tour du côté de chez (non, pas Swan, fans indécrottables de Dave) Fever Ray. Rien. Toujours rien (bien qu'aujourd'hui, en réécoutant le titre vers lequel vous renvoie le lien plus haut, je me suis dit que l'original m'était quand même moins antipathique que dans mon souvenir). Il n'empêche que cette chanson avait joué son rôle de passeur et aurait pu me transmettre le virus Fever Ray. Dans le même ordre d'idée et dans un registre pas du tout éloigné puisque suédois et acoustique (mais ça ne s'arrête pas là, loin s'en faut), j'avais eu le même genre de réaction peu après avoir découvert le Heartbeats de Jose Gonzalez. Une découverte due à cette publicité incroyable shootée dans les rues de San Francisco pour un téléviseur. Je doute qu'on se souvienne du téléviseur, à moins d'aller jusqu'à la fin du clip, mais on se souvient forcément des images associées à cette voix fragile et cette guitare sèche.



C'est curieux, je me disais que dans ce cas, c'est une publicité qui avait servi de passeur. Ce qui fait que je ne suis pas du tout du genre à en vouloir aux artistes qui se "vendent" à la pub ; à l'heure où il devient de plus en plus compliqué de passer à la radio ou la télé, ceux à qui on le propose auraient bien tort de refuser une telle fenêtre, une telle exposition. Bref. Revenons à José. C'était un moment tellement beau que je l'attribuais immédiatement à José Gonzalez ; j'étais persuadé que la chanson était de lui. Contrairement à First Aid Kit, dont la version du When I Grow Up était systématiquement accompagnée, sur le Web où je l'ai découverte, de la mention "Fever Ray cover". Or qu'appris-je un peu plus tard sur le magnifique Heartbeats ? Que la chanson était une reprise. Là où ça devient aussi rigolo que récurrent, c'est qu'on doit l'original à The Knife, un duo Suédois éminemment respecté (leur album Silent Shout en 2006 a, par exemple, été élu meilleur album de l'année par le site américain Pitchfork) et constitué d'un frère et d'une soeur, soeur qui fit une aventure en solo en 2009 sous le nom de... Fever Ray. Là encore, je me dis que ça valait bien que j'aille explorer le répertoire de The Knife. Et même mésaventure au final : rien, toujours rien. Mais la reprise avait joué son rôle. Je veux dire par là que ce peut être par l'entremise de reprises qu'on peut découvrir un autre artiste. Ainsi je peux dire que j'ai découvert les Beatles grâce... aux Bee Gees. Bon, faut pas m'en vouloir, ni d'ailleurs en vouloir aux Bee Gees puisque l'initiative du catastrophique, rétrospectivement, Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band est à mettre au compte de leur producteur de l'époque. Moi, j'avais neuf, dix ans quand le film est sorti et je ne l'ai pas vu. J'ai en revanche très longuement écouté sa bande originale qu'avait acheté ma soeur ainée. Je me souviens même avoir été un peu déçu en découvrant des années plus tard l'album original dans la mesure où toutes les chansons du film n'y figuraient pas et pour cause : la BO était constituée de chansons piochés dans Sergeant Peppers mais aussi dans d'autres albums des Beatles. C'est ainsi, par exemple, que longtemps, Got to get you into my life, extrait de Revolver, a résonné dans ma tête avec les arrangements d'Earth Wind & Fire qui la reprenaient pour le film.



A vrai dire, ce n'est pas loin de là, la pire des reprises qu'on trouve sur cet album. Mais il est clair qu'aujourd'hui, aucune des reprises de cet album ne tient la comparaison avec les originaux. Quoiqu'il en soit, les Bee Gees (ou, en l'occurrence, Earth Wind & Fire) avaient su passer le relais et ont permis d'agrandir mon panorama musical. Bien sûr, j'aurais sans doute découvert les Beatles autrement et sans eux. Mais dans les faits, voilà comment ça s'est passé. Ce n'est pas tout à fait la même chose qu'il s'est passé grosso modo une décennie plus tard quand j'ai découvert l'album Jacques de Marc Almond. Le chanteur de Soft Cell y déclarait son amour du répertoire de Brel le temps d'une douzaine de reprises à une époque où il était encore inspiré. Je connaissais bien sûr Brel dont ma mère était fan ; elle m'a bien assez raconté sa rencontre d'une heure avec Brel dans sa loge à l'issue d'un de ses concerts pour que l'anecdote figure en bonne position dans la mythologie familiale. Mais, et peut-être à cause de cela, Brel, ce n'était pas ma musique. Entendons-nous bien : ce n'est pas que je détestais ses chansons. Simplement, elles ne m'appartenaient pas comme m'appartenaient, par exemple, les chansons de Marc Almond ou Soft Cell. La bonne idée d'Almond, c'est d'avoir repris des chansons relativement méconnues. Et c'est donc à travers lui que j'ai découvert pour la première fois L'éclusier devenu The lockman.



D'un coup, c'est comme si Marc Almond lui même me disait que c'était cool d'apprécier Jacques Brel, qu'il n'y avait aucune raison pour que je n'aime pas, aussi, Jacques Brel. Et je pense à tous ceux, anglais, qui connaissaient forcément bien plus mal que moi Brel et qui ont ainsi pu le découvrir. Et s'enrichir. La reprise peut être une porte d'entrée ; libre à vous d'ouvrir la porte ou de la refermer. Et si les fans du confidentiel CFCF, artiste recommandable d'habitude porté sur l'électro, peuvent découvrir, à travers sa reprise au piano de September, la toute aussi belle version originale signée David Sylvian, et, au delà, l'album magnifique dont il est extrait, Secrets of the beehive, voire tout le répertoire de Sylvian, vous m'en verrez ravi. Faire passer le passé est en l'occurrence un très beau présent.

jeudi 28 février 2013

Des chiffres et des lettres

Cent. Je n'ai pas compté, n'ai pas eu à le faire, la machine m'indique bien que ceci est le centième post de ce blog. Tout comme la machine m'a indiqué que des pages avaient été vues depuis l'Inde, l'Afrique du Sud ou le Canada. Vous vous sentez fliqués ? Moi aussi. Une surveillance, qui plus est, incorrecte. Pour ne reprendre que l'exemple de ce blog, qui me dit que le Lituanien qui est arrivé là n'est pas arrivé totalement par hasard à l'occasion d'une recherche Google et reparti aussitôt. Pas grave : sitôt passé, sitôt compté. J'ai une machine, en particulier, qui me flique bien mal : c'est le lecteur Itunes. Ce serait si simple pour un individu ne me connaissant pas d'aller voir sur Itunes de quoi est constituée la liste des titres les plus écoutés et d'en déduire qui je suis. Si simple et si faux. D'abord parce que nous sommes deux à nous servir d'Itunes dans cette maison, ce qui fait qu'on obtient bien plus les morceaux les plus écoutés par le couple que par l'un des deux individus le constituant. Et encore ! Car, nous n'avons pas les mêmes façons d'écouter de la musique ; quand trois écoutes du même disque, en ce qui me concerne, est une marque incontestable de l'amour que je lui porte, mon copain lui, moins boulimique et sans doute plus obsessionnel, écoutera le même titre jusqu'à la lie. Ce qui fait notamment qu'on trouve le Dance with me d'Adam Green dans les premiers d'un des classements alors que ce n'est pas franchement ma tasse de thé. Oui, je dis d'un des classements, car il y en a plusieurs qui correspondent au nombre de fois où j'ai changé d'ordinateur. Soit, comme tout le monde, au fur et à mesure que la technologie dans le domaine avance, un paquet de fois. Or, à chaque fois que je réinstalle Itunes, c'est comme si je remettais les pendules à zéro. La comptabilité Itunes ne reflète donc pas réellement les disques écoutés depuis que j'ai Itunes mais les disques écoutés depuis l'acquisition de l'ordinateur sur lequel je l'utilise. Elle est au mieux le reflet d'un laps de temps. Possédant toujours mon vieil ordinateur, je suis allé consulter la liste de ce qui y tournait le plus jusqu'à fin 2011 et depuis... euh, je sais pas trop. Toujours est-il que le n°1 de cette liste est le Sophie Calle n°108 de Cali.



Vous pourriez en déduire un peu vite que je suis (ou nous sommes) fan(s) de Cali et me demander ce que je pense de son dernier album. Et je ne saurais foutrement rien vous répondre dans la mesure où je ne l'ai pas écouté. Il eut été plus judicieux d'y voir un goût prononcé non seulement pour cette chanson mais aussi pour l'artiste contemporaine Sophie Calle, qui, dans Prenez soin de vous, avait demandé à 107 femmes de différents horizons (avocate, danseuse, religieuse, sportive...) de faire un commentaire de l'e-mail de rupture qu'elle s'était vue envoyer. Cali s'était proposé pour un 108ème, donc, commentaire. Et la chanson étant quand même sacrément réussie, elle est restée longtemps en boucle. Mais, si je cherche la même chanson dans les 200 titres les plus écoutés depuis l'acquisition de mon nouvel ordinateur, je ne la trouve nulle part. Je sais d'ailleurs que certains morceaux de mon actuel Top 10 connaîtront un sort similaire à un moment ou un autre pour une autre histoire de chiffre. Pour avoir le meilleur son possible sur un fichier son, il faut que le morceau (désolé d'être technique mais je vous promets ça va pas durer longtemps) soit encodé au plus haut débit qu'on puisse trouver soit, à l'heure actuelle, 320 kbits/s. Or, on trouve sur le Net quantité de fichiers qui sont encodés à un pauvre 128 Kbits/s, ce qui ne pose aucun problème à la plupart d'entre nous mais me tourmente aujourd'hui assez pour que j'envisage de réencoder une bonne partie de ma discothèque. Ce qui est clair en tout cas pour les morceaux nouveaux et que j'aime beaucoup, comme certains du Top 10 donc, c'est que, dès que j'aurais trouvé une meilleure version, elle viendra remplacer l'ancienne. Et repartira de zéro. On ne saura donc pas, d'ici peu, à quel point j'ai pu écouter La ballade de Jim reprise par Paradis.



Sans compter (enfin si, en comptant, justement) que Itunes me flique à ce point mal qu'il oublie une écoute pourtant essentielle : l'écoute de mon Ipod. Tout ce que je peux lire sur mon Ipod n'apparaît en effet pas dans l'historique de mes écoutes. Or, c'est là, quand j'ai le casque sur les oreilles, que je peux m'adonner, le son à fond, à quelques unes de mes obsessions musicales, intemporelles ou du moment. Enfin, évidemment, Itunes ne comptera jamais ce que j'ai écouté avant Itunes qui compte souvent bien plus que ce qui est, précisément, compté. Au bout du compte, la musique n'est pas une affaire de statistiques, ne peut se résumer à une affaire de chiffres. Tout juste je pense, et je le pense depuis cent posts maintenant, peut-elle s'exprimer par les mots, par les lettres. Et ce même si le titre le plus écouté sur mon Itunes, le génialissime Midnight City, est l'oeuvre d'un artiste qui porte un numéro : M83. Eh bien moi, monsieur, je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre.

mercredi 27 février 2013

Relaxation sur les dunes

Me voici encore une fois en train de me demander ce qui m'amène à parler de ce morceau plutôt qu'un autre : à bien y réfléchir, je me suis dit qu'il y avait un peu si ce n'est de rage au moins d'aigreur dans mon post d'hier. Et faut faire gaffe à l'aigreur ou la rage (générée par exemple par la lecture des quotidiens du jours, quand ce n'est pas la radio qui reviennent sur la sortie, wow, du nouveau Bowie, dont, au passage, il commence enfin à se dire, discrêtement, mais la rumeur devrait se propager et confirmer ce que j'avais écrit ici, qu'en fin de compte il ne serait pas si wow que ça mais fermons cette longue parenthèse), c'est pas bon pour l'estomac, c'est pas bon pour la santé. J'imagine donc que telle une grande respiration telle celle que vous prenez au yoga pour vous apaiser m'est venue cette inspiration, un baume pour l'esprit, un appel au calme, une visite sur les dunes du désert dont on sentirait le sable vous chatouiller, une brise légère venant parfois atténuer la chaleur du soleil pour ne conserver qu'une sensation de bien-être.Voilà : vous êtes dans ce que je ressens à l'écoute du Valencia de Rachid Taha.



J'ADORE cette chanson même si je n'aime pas tout chez Rachid Taha à qui je reconnais toutefois le mérite d'avoir été l'un des premiers à avoir injecté une bonne dose d'électronique à sa musique à une époque (1993) où la chose n'était pas encore très courante en France. Souvenez-vous de Voilà, voilà. C'est curieux car la chanson dit "voilà, voilà, qu'ça r'commence" et c'est grosso modo ce que je me suis dit en m'apercevant, à l'instant, que cette chanson vient d'être réenregistrée dans une version allstars (Mick Jones, Camélia Jordana, Eric Cantona (!), Oxmo Puccino, Rodolphe Burger...) pour le prochain album de Taha à paraître... en mars 2013 ! Comme si, en évoquant ici leur nom, j'évoquais leur retour...  Sauf que cette nouvelle version de Voilà, voilà plus rock, plus rêche ne m'intéresse pas du tout. J'étais bien plus pour le son de Taha il y a vingt ans, une sorte de trance tribale dont l'un des summums fut Indie (1+1+1) où il conviait déjà un certain nombre de chanteurs (je ne me rappelle plus de l'anglaise et de l'indienne, mais la partie française était assurée par Bruno Maman déjà évoqué ici).



En fait, j'accorde bien plus la paternité de ce son à son producteur, Steve Hillage, un drôle de bonhomme qui a commencé comme guitariste dans les années 70, fit les grandes heures des hippies de Gong et délivra quelques albums expérimentaux ces mêmes années, qui, quelques années plus tard, allaient se mettre à tourner sur les platines des DJs ambient, relançant la carrière de Steve Hillage dans la musique techno via le groupe System 7. Mais, avouons le, je n'ai pas pour autant écouté plus de System 7 que je n'ai de Gong dans ma discothèque. Ma connexion avec Steve Hillage, c'est à Simple Minds que je la dois puisqu'on lui doit la production notamment de Promised you a miracle.



Si j'écris "notamment", c'est parce qu'il a produit tout l'album New Gold Dream (81-82-83-84), immense point de repère dans ma construction personnelle et musicale, et qui contient, entre autres, cette petite perle que je n'ai cessé de jouer en 1982 et qui fait qu'alors, c'était trop cool d'écouter Simple Minds. Si ça vous semble daté, le son a lui semblé assez actuel à David Guetta pour qu'il fasse d'un sample de Someone somewhere in summertime la base d'un de ses tubes, The world is mine. Mais je ne suis plus du tout sur mes dunes du désert ; non, je suis sur les plages de mon adolescence, celles de Royan, mais avec un peu de soleil et de ganja, vous allez voir que ça peut aussi vous y emmener surtout si vous écoutez l'instrumental Somebody up there likes you, dont l'atmosphère finalement n'est pas si lointaine de Valencia. Fermez les yeux, sentez le sable et décontractez vous.

mardi 26 février 2013

Nouvelle Star ou nous, Valstar ?

Ce soir, c'est la finale de la Nouvelle Star en France ; je précise pour tous mes ô combien nombreux lecteurs des pays hors hexagone qui, un, apprendront la nouvelle, deux, apprendront qu'il existe une déclinaison française de Pop Idol et, trois, last but not least, apprendront que j'ai suivi assidument ce télé-crochet depuis ses débuts. Mais c'est de la merde ! s'offusqueront certains. Or, non. Or, aussi, je ne sais pas si je regarderais la finale ce soir. Et je vais tacher d'expliquer pourquoi. Je ne veux pas, d'abord, parler de tous les télécrochets : la Star Academy, par exemple, n'est qu'une émission de téléréalité déguisée. Pour une Olivia Ruiz de talent, une exception qui ne revendique absolument pas l'émission qui elle même ne revendique pas du tout Olivia Ruiz, combien de restes ? Je dis ça dans un style alimentaire car c'est précisément la seule chose qu'a su produire l'émission : des têtes de gondoles. Jenifer doit sa carrière (enfin, devait, compte tenu que sa carrière est aujourd'hui bien plus derrière elle que devant) au fait qu'elle fut la première à gagner, au temps où l'émission battait des records d'audience. Nolwen Leroy, fausse Isabelle Adjani de supermarché, n'a jamais su convaincre qu'elle était essentielle au paysage musical français quand bien même elle a vendu par containers entiers son album de bretonneries ; mais tous les dix ans, grosso modo, on a droit à un revival breton, un coup Alan Stivell, un autre Manau et sa Tribu de Dana, aujourd'hui Nolwenn Leroy, donc. Il n'y a qu'un truc que peut revendiquer Nolwenn Leroy : avoir été la première à s'associer avec un musicien reconnu, en l'occurrence Laurent Voulzy, pour pondre un album, l'association faisant précisément l'affaire des deux, la chanteuse y gagnant en crédibilité ce que l'autre gagnait en ventes de disques et en captation du public jeune. Car, oui, les petites filles qui avaient fait gagner Nolwenn Leroy ne connaissaient pas plus Laurent Voulzy, que celles qui ont fait gagner Elodie Frégé quelques années plus tard ne connaissaient Benjamin Biolay. Je mets ce dernier exemple en exergue car il a généré ce qu'il pouvait y avoir de meilleur en la matière, rappelant les associations entre Gainsbourg et quelques unes de ses créatures/muses/égéries, Biolay allant même jusqu'à confier une reprise de Gainsbourg à ladite Frégé, Le velours des vierges, sur l'album qu'il lui produisit.



Mettons aussi tout de suite hors jeu The Voice, l'émission du moment, vaste supercherie basée sur la surprise. Savez vous que notre inconscient associe deux sensations qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre ? Vous entendez une voix magnifique, par exemple, et, basé sur votre vécu, vos acquis, votre expérience, vous associez instantanément cette voix à un physique, disons, avantageux, tandis que quand vous voyez une vache, vous l'associez immédiatement au son "meuh" et non à "miaou", par exemple. C'est le principe de la synesthésie, soit l'association inconsciente donc de deux sensations, perceptions différentes, un concept sur lequel je vous conseille ce passionnant numéro de l'émission non moins passionnante du encore plus passionnant Jean-Claude Ameisein sur France Inter, Sur l'épaule de Darwin. Mais, après avoir évoqué cette émission qui tire ses auditeurs vers le haut, revenons sur cette émission qui tire ses spectateurs vers le bas. Supposons donc que la vache qui se présente devant vous ne fasse pas "meuh" mais bien "miaou", et vous de faire "waouh"! C'est l'effet Susan Boyle dont on ne suppose pas que le gosier cache une Céline Dion. Or, tout le concept de The Voice repose sur cet effet de surprise. D'ailleurs, quand c'est réellement surprenant, le téléspectateur se retrouve dans la peau du juré : il ne voit pas qui chante, entend une voix de fille et, boum, c'est un garçon. Dingue. Sauf qu'une fois passé l'effet de surprise, il ne reste pas grand chose et les choses qui restent finissent par rentrer dans l'ordre : les moches se font éliminer et on garde ceux qui ont une bonne image. Car, outre le fait que The Voice a un jury tout pourri (Garou, Florent Pagny, tiens-la-revoilà Jenifer et Bertignac qui doit sacrément avoir besoin d'argent pour oublier qu'il jouait de la guitare sur Argent trop cher avec Téléphone), tout le problème de l'émission est là : un artiste, ce n'est pas qu'une voix. C'est aussi une image, une attitude, un geste et l'ignorer dès le départ, c'est ignorer la nature même de l'artiste ou, tout du moins, de l'interprète. Résultat des courses : le gagnant de la pourtant hypermédiatisée The Voice a fait un flop total. Ceux qui suivent me diront qu'on peut en dire autant d'un paquet de gagnants de la Nouvelle Star. Et c'est vrai : qui se souvient de Jonathan Cerrada, Steve Estatoff et Myriam Abel, les premiers gagnants de Nouvelle Star. Pourtant Nouvelle Star m'a convaincu dès le début. D'abord parce qu'il y avait un jury intéressant constitué de professionnels plus crédibles et dont on avait au moins l'impression qu'ils n'étaient pas là en promo (contrairement au jury de The Voice qui sont aussi là, surtout là pour se montrer) mais bien plus pour trouver des talents. Et l'émission en a trouvé dès le départ : si c'est Jonathan Cerrada qui a gagné la première édition, souvenez-vous que c'est dans la même qu'il y avait Thierry Amiel qui a beaucoup fait pour la crédibilité de l'émission. Quand les autres concurrents interprétaient les tubes du moment, il s'était fait une spécialité de reprendre des classiques de la chanson française (Brel, Barbara, Ferré) en sachant qui plus est les sublimer. On peut, on doit ne pas être ravi de la suite de la carrière de Thierry Amiel car il n'a pas trouvé de compositeur à la hauteur de sa voix. Mais on ne peut nier la qualité de son interprétation quand il interprétait Amsterdam (le son est pourri - un VHS, sans doute - mais permet quand même de se (re)faire une bonne idée du truc).



"Des moments exceptionnels, des moments qui savent nous marquer". Ainsi Varda Kakon, très passagère jurée, qualifiait la prestation d'Amiel (oui, appelons le par son nom, car il a bien mérité, contrairement à d'autre candidats, de n'être pas qu'un prénom). Et c'est vrai qu'on avait l'impression qu'il jouait sa vie à ce moment là et, grosso modo, c'est exactement l'enjeu de Nouvelle star. Pas de moments exceptionnels, pas de moments qui savent nous marquer, et tu te retrouveras au mieux à chanter dans les bals populaires, au pire, à la caisse du supermarché. C'est la (belle) vie ou la mort. Thierry Amiel est un candidat d'ailleurs assez symbolique pour la Nouvelle Star. Il a par exemple montré qu'il fallait être exceptionnel non pas un soir mais tout au long des différents numéros de l'émission, à surprendre constamment l'auditeur et (télé)spectateur : c'est un peu comme jouer une carrière en accéléré. Il est aussi le premier concurrent atypique, ce truc qu'avait la Nouvelle Star d'aller chercher des interprètes un peu hors norme, hors moule, hors conventions. Et puis, donc, il a fait les frais le premier de cette règle qui fait que l'on n'est pas pour autant lancé en brillant dans l'émission. Aussi vue soit-elle, la Nouvelle Star n'est qu'un tremplin et pour réussir, il faut savoir rebondir. De deux choses l'une : soit vous êtes un interprète hors pair et vous savez vous entourer, soit vous êtes un artiste. Prenons la première catégorie : soit Christophe Willem qui a donné ses lettres de noblesse à l'émission. D'abord parce qu'il a su impressionner tout au long des différents numéros mais surtout parce qu'il a choisi de faire son premier album avec Zazie, qui est quand même une artiste à part dans la chanson française et qui a su lui signé LE tube qui lui fallait (le très bon Double je), et Bertrand Burgalat, producteur doué, très underground mais seul capable d'apporter des arrangements aussi classes que ceux qu'il apporte à l'irrésistible duo Pourquoi tu t'en vas, avec Valérie Lemercier, qui fait, qu'aujourd'hui encore, on peut réécouter le premier album de Christophe Willem avec plaisir.



Deuxième option : vous êtes un artiste avec un véritable univers. Bref, vous êtes Julien Doré. Ne comptez que sur vous ! A raison : le premier album de Julien Doré, et plus encore, le second, Bichon, sont de vraies réussites, réécoutez BB Baleine, autre duo (décidément!) avec Françoise Hardy, pour vous en convaincre.



Vous me direz, c'est peu, deux artistes (et encore, puisque l'un des deux n'est, à mon avis, qu'un très bon interprète) pour une émission qui compte neuf éditions. Bon, d'abord j'ai pas fini. N'empêche, vous n'avez pas totalement tort. Déjà, cela montre que l'on ne trouve pas de vrais artistes, et encore moins des stars, à tous les coins de rue et chaque année. Il y a de très mauvaises éditions de la Nouvelle Star où personne ne se distingue, ce qui génère un suspense certes, mais fleure la catastrophe, tant, quand vous ne vous distinguez pas de la concurrence ne serait-ce que d'une pauvre petite émission de télé, vous aurez du mal à vous distinguer de la concurrence ailleurs. Ca n'empêche qu'on peut prendre du plaisir à regarder la Nouvelle Star, y compris dans les éditions moyennes. Pour ce côté vie ou mort, justement. Pas tant pour le côté jeu du cirque que parce que ce crucial enjeu est capable de générer chez l'aspirant à la gloire : soit de magnifiques moments de musique. C'est ceux là qu'on attend, c'est ceux là qui ont su créé la mythologie de l'émission. Tant qu'à faire, impressionnez à la première édition, c'est le plus marquant, façon Camélia Jordana, quand, de sa voix vraiment pas comme les autres, elle transforme la bluette de Carla Bruni, en possible classique de Barbara.



Voilà, des moments comme ceux-là font que je regarde la NOuvelle Star. Enfin... que je regardAIS. Ce soir, je vais aller prendre un verre sans me dire que je rate la finale. Car qu'est-ce que je rate ? La gagnante est toute trouvée dans la mesure où Sophie-Tith, 16 ans, a non seulement une voix classe et rauque, mais très dans l'air du temps, façon Florence Welsh de Florence + the Machine. D'où, notamment, problème car ce n'est pas en cherchant l'air du temps que cette émission a repéré des artistes mais en le créant. L'autre problème, c'est que des moments forts, cette année, il n'y en a pas eu beaucoup. Pas eu du tout ? Je suis à deux doigts de le penser mais mes deux doigts me servent plutôt à vomir sur toutes les faussetés entendues au cours de cette saison et sur l'hypocrisie des jurés. Au bout d'un moment les gars, ça commence à se voir. Et s'entendre surtout. A aucun moment cette année, je n'ai eu l'impression que les jurés aient pu penser d'une interprétation "Putain, c'est génial", comme vous le verrez très clairement s'inscrire sur les lèvres de Lio, jurée d'alors, les larmes aux yeux, à la fin du Over the rainbow de Luce.



Toutefois le cas Luce montre aussi que la Nouvelle Star est tout aussi capable de créer des talents que d'en gâcher. Luce a fait un plutôt bon premier album avec de très jolies chansons (comme L'amour blême) mais ça n'a pas suffi. L'étiquette Nouvelle Star lui restait collée au front. Impossible de s'en débarrasser. L'émission lui a fait plus d'ombre qu'elle ne lui a offert de lumière. Et que dire de Cédric O'Heix ? Qui ? s'interrogeront même les plus fans. Mais si : Cédric, ancien capitaine de la marine marchande, ombrageux interprète au physique de Ken (sans Barbie) comme l'avait surnommé Lio. Je n'ai rien à vous montrer de Cédric dans l'émission tant je l'y trouvais pas terrible, quelconque, oubliable. Je l'avais d'ailleurs, comme vous, oublié et je ne sais plus comment je suis tombé sur Celtic yukulele. Par hasard, comme ça. J'ai eu du mal même à faire le lien avec Nouvelle Star. Parce qu'il y a une intensité dans cette chanson qui n'est pas sans me rappeler le Miossec du premier album ou certains Murat. Une écoute rapide de La Horde sur Itunes, premier album du bonhomme sorti l'année dernière, me confirmait ma première impression. Mais Cédric était le loser qui avait perdu la saison 3. Pas le jeune artiste auquel on se serait peut-être un peu plus intéressé s'il avait surgi de nulle part. Pensez : un ancien capitaine de la marine marchande avec ce physique et cette intensité dans les chansons, on aurait pu vendre le concept ! Too bad : il avait déjà été vendu par Nouvelle Star. N'empêche, je préfère encore réécouter Celtic Yukulélé que d'écouter une autre chanson estropiée par un candidat de la dernière édition de la nouvelle saison de la Nouvelle Star. "Ne va pas penser que je rentre / Je ne rentrerais pas ce soir" chante O'Heix. Moi non plus.