Affichage des articles dont le libellé est The Cure. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est The Cure. Afficher tous les articles

jeudi 21 février 2013

Sister Siouxsie

C'est difficile de parler de Siouxsie and the Banshees sans parler d'une de mes soeurs. Je veux parler de la soeur anglaise, ce qui veut dire celle qui est partie en Grande Bretagne en 1979 où elle est rapidement devenue punk. Les premiers retours de ma soeur à Royan furent placés sous cette égide : la jeune fille sage et brune qui était partie outre manche revenait avec des cheveux verts ou roses coiffés en pétard, des fringues démentielles, un parfum patchouli et des maquillages masques aussi outrés qu'élégants, ce qui faisait un sacré contraste avec la population du troisième âge depuis toujours majoritaire dans la station balnéaire. A la rigueur, maintenant que j'y repense, seuls quelques cheveux bleus de certaines mamies pouvaient tenir la comparaison bien involontairement. Pour moi, cela a sans doute été fascinant. Une dose de frisson, de danger, de liberté que j'associais à ma soeur bien sûr, mais, au-delà, à l'Angleterre et aux punks. Quand vinrent quelques années plus tard mes premiers voyages en Albion, ma soeur et mon beauf, qui s'étaient connus dans un squat, avaient beau s'être quelque peu rangés, ils n'en restaient pas moins un couple punk aux frusques sombres et la musique pour aller avec. Or, mon (ex) beauf, passionné de musique, l'était aussi de Siouxsie and the Banshees, dont il possédait jusqu'au moindre pirate. Et c'est sans doute pour tout cela, et parce qu'elle porte ce prénom, que j'associe aujourd'hui encore la chanson de Siouxsie and the Banshees, Christine, à ma soeur.


Est-ce pour cela que j'ai une tendresse particulière pour Siouxsie ? Sans doute. Sans doute aussi parce que la musique de Siouxsie reste l'une des meilleures qui soit issue de la scène punk. Je dis bien issue et non pas punk, ni même gothique, un mouvement auquel on a trop tendance à l'accoler. Or qu'est-ce que la musique de Siouxsie si ce n'est de l'excellente musique pop. Et ce dès son premier single, Honk Kong Garden et son petit xylophone, un arrangement un rien trop stylé pour de la musique seulement punk, si vous voyez ce que je veux dire.



D'ailleurs ce qui me fait dire que Siouxsie and the Banshees est avant tout un groupe de pop, ce sont leurs singles. C'est ce qu'ils réussissaient le mieux et c'est ce qui me fait penser que si l'on doit s'acheter un album de Siouxsie, c'est son best of qui les rassemble, moi qui, pourtant ne goûte que très peu aux compilations. Evidemment ce n'est pas de la pop mignonne et gentille mais plutôt une pop étrange, un peu barrée, hors norme mais au final d'une grande élégance. Ce n'est pas un hasard si, il y a quelques années, sur la compilation des musiques qu'il aimait, Karl Lagerfeld avait choisi le Spellbound de Siouxsie. La chanson garde des années après sa création une classe folle. Ce n'est pas un accessoire de saison qui a mal vieilli comme beaucoup de morceaux de la scène punk mais un truc impeccable comme la majorité de la production des singles du groupe. D'ailleurs c'est difficile pour moi d'en choisir un : pourquoi Spellbound plutôt qu'Israël ? Et pourquoi pas les deux qui bénéficient de l'impeccable jeu de guitare de John McGeoch.





Si je parle de leur guitariste d'alors, ce n'est pas seulement parce qu'il avait un jeu qui fit dire des années plus tard à Siouxsie que c'était la personne avec qui elle avait préféré collaborer. C'est aussi, et surtout, parce que Siouxsie and the Banshees étaient aussi passionnants par leur constante mutation. Pour moi qui étais fan de musique, c'était génial car c'était comme jouer à un jeu des sept familles du rock, où je voyais non seulement comment le groupe avait changé de physionomie autour de son noyau dur (Siouxsie, le batteur Budgie, et le bassiste Severin) mais aussi de son. Par exemple, difficile de ne pas reconnaître la patte de Robert Smith, qui se partageait alors entre The Cure et les Banshees, dans Swimming horses.



Et à ce petit jeu des différentes incarnations des Banshees, c'est la dernière, celle qu'ils présentèrent dès 1988 avec l'album Peepshow qui m'intéresse le plus. Les Banshees accueillaient en leur sein Martin McCarrick qui est un musicien que j'admirais déjà pour son travail avec This Mortal Coil et Marc Almond. Et c'est lui, violoncelliste de formation, qui a amené des sons nouveaux chez Siouxsie comme l'accordéon qu'on retrouve aussi bien sur le frénétique Peek-a-Boo que sur la sublime ballade The last beat of my heart.



Ce n'est pas un hasard de terminer mon parcours dans la carrière de Siouxsie avec cette chanson. D'abord parce qu'elle fait partie du meilleur album de Siouxsie. Si j'ai déjà écrit qu'il valait mieux se reporter au best of, si l'on me demande quel est le meilleur album de Siouxsie, le meilleur original s'entend, c'est sans conteste celui-ci que je citerais puisque toutes les chansons y sont réussies. Mais ce titre, peut-être mieux que d'autres, montre aussi ce qu'on a pas assez dit de Siouxsie : que c'était, que c'est une très grande chanteuse. A force d'incarner avec force talent une icône rock, on en a fini par oublier le plus important. Car oui, Siouxsie était une image merveilleuse, à punaiser sur vos murs quand vous étiez ado. Je me souviens, lorsque ma chambre était recouverte d'images que j'allais découper dans le New Musical Express, en avoir eu plusieurs de Siouxsie, dont une carte postale, signée Anton Corbijn (à qui Depeche Mode et U2 doivent la plupart de leur imagerie) qui avait fait de Siouxsie l'un de ses modèles préférées. Hélas je n'ai retrouvé qu'une partie de la carte.


Et donc on résume trop souvent Siouxsie à cette image (ou une autre, enfin, vous m'aurez compris). Presque une malédiction en fait, cette photogénie. Or la musique portée par cette voix unique est toute aussi intéressante. Je pense aussi qu'il a toujours manqué ce "je ne sais quoi" à Siouxsie and the Banshees pour devenir le groupe de première division qu'ils auraient du devenir. Oui, ils étaient connus, oui, ils ont eu des succès, mais ils n'ont jamais joué dans la même cour que The Cure, Depeche Mode ou U2, dans la cour des grands. Dans leur propre patrie par exemple, Siouxsie and the Banshees n'ont jamais eu que deux titres dans le Top 10 où leur plus gros succès reste... une reprise des Beatles (l'excellent au demeurant Dear Prudence). Il leur aurait fallu un tube planétaire comme Tim Burton a bien essayé de leur offrir en leur confiant le générique du deuxième Batman, Face to face, qui hélas n'eut pas le succès escompté. Il leur devait, ou, du moins, il lui devait bien ça tant sa Catwoman partage plus d'un point commun avec l'imagerie développée au cours des années par Siouxsie. Si ça se trouve, c'était peut-être ça le côté punk de Siouxsie : fuck le succès ! Du moins celui des stades. Pas besoin de ça pour laisser une empreinte. Et force est de constater qu'à la fin, elle a eu raison puisque, pas plus tard que l'année dernière, elle reçut le Ivor Novello Inspiration Award (prix très respecté outre manche) après avoir été récompensée l'année précédente aux Q (du très bon magazine du même nom) Awards pour "Outstanding contribution to music". N'empêche, j'aurais toujours l'impression qu'elle méritait mieux, même si c'est déjà beaucoup, que reine de l'underground. Mais ce doit être comme dans cet autre film de Tim Burton, L'étrange Noël de Monsieur Jack ; aussi séduisant soit le sombre côté des choses, il reste toujours, précisément, dans l'ombre. D'ailleurs n'ai-je pas moi même été injuste avec Siouxsie à l'avoir abandonné lâchement à l'orée des nineties ? J'ai du écouter cinq minutes le dernier album de Siouxsie and the Banshees, et sans doute moins encore les deux derniers albums de The Creatures, le duo qu'elle avait formé avec Budgie (qui fut aussi, accessoirement, son mari). Sans doute parce que le noir n'allait plus avec les couleurs des raves en vogue durant ces années-là ; d'ailleurs ma soeur ne portait plus alors que des tenues au couleurs aussi aciiiiiid que la musique qu'elle écoutait alors. Peut-être aussi parce que Siouxsie a perdu le truc ou que j'ai perdu le truc avec elle, allez savoir, puisque son album solo Mantaray, sorti en 2007, pourtant réussi, n'a pas trouvé grâce à mes oreilles. Parmi mes regrets, restera aussi toujours celui de ne pas l'avoir entendu entonner une chanson de Massive Attack dont elle aurait, me semble-t-il, été une magnifique interprète ; pourquoi Massive Attack, dans leur exploration des grandes voix des eighties, ne l'ont pas choisie, je n'en sais rien. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter cette chanson que j'avais totalement zappée, pourtant très belle, et sur laquelle je suis tombée par hasard en faisant quelques recherches pour ce post. Deux icônes pour le prix d'une : c'est ce que dit le texte qui accompagne cette vidéo et c'eut pu être l'argument publicitaire sur la pochette du disque. Soit, donc, Morrissey et Siouxsie qui avec Interlude annonçaient avec deux ans d'avance le duo Nick Cave & Kylie Minogue.



Toujours en faisant des recherches pour ce post, je suis tombé sur cette photo de Siouxsie prise lors des Q Awards en 2011.


C'est un peu comme tomber sur une vieille copine et sourire en se disant que celle là, décidément, elle ne changera jamais, malgré le temps qui passe. C'est sourire avec tendresse. Comme on sourit à sa soeur.

mardi 19 février 2013

Le malheur des autres

J'hésitais aujourd'hui entre deux sujets : l'un dicté par un récent achat autour de la mélancolie, et l'autre où je voulais parler d'achats qui vous sont dictés par d'autres. Comme souvent ils se télescopent et je vais tâcher de vous expliquer pourquoi. Lors de mon récent voyage américain, je me suis fait un petit plaisir en achetant un livre qui semblait m'être totalement destiné : This will end in tears - the miserabilist guide to music.

  
Dans ce livre, l'auteur qui écrit que la plupart de ses chansons préférées sont des chansons tristes, tente de comprendre pourquoi les écouter lui fait autant de bien, pourquoi la mélancolie lui fait autant de bien, voire le rend heureux. N'allez donc pas penser que ce post va être dépressif. "La dépression", explique-t-il, "est bien différente de la mélancolie. La dépression est un état clinique. La mélancolie provient de la méditation sur soi même. Et ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose qu'être mélancolique". Evidemment tout ça est écrit en anglais et c'est assez drôle car, en français dans le texte, la mélancolie est aussi un état clinique. Mais peut-être vaut-il mieux traduire le mot anglais "melancholy" par l'anglicisme "spleen". Tout ça nous éloigne un peu du sujet. J'aurais sans doute l'occasion de revenir sur ce livre constitué de profils d'artistes réputés tristes (dans l'ordre alphabétique d'Antony and the Johnsons à Robert Wyatt en passant par Billie Holliday ou Edith Piaf), d'essais autour de classiques morceaux triste et autour de sujets (la rupture, la mort ou le temps dans les chansons) ainsi que d'un Top 100 des chansons les plus tristes. Ce que je veux dire aujourd'hui, c'est que ce qui est mélancolique pour lui peut être éminemment dépressif pour moi, et vice versa. Mieux (ou pire) encore, certaines chansons recensées ici ne sont en rien tristes pour moi. Ca ne veut pas dire que je suis en désaccord complet avec tout ce qui est écrit. Pour reprendre le titre du livre qui est aussi celui du premier album de This Mortal Coil, je suis totalement d'accord pour classer, avec l'auteur, Song to the siren par le groupe (en l'espèce, le couple des Cocteau Twins mais, donc, sous l'appellation This Mortal Coil) parmi les 100 chansons les plus tristes.



J'ai bien plus de mal à classer les Cure ou Depeche Mode parmi les artistes tristes comme cela est fait ici. Je ne dis pas que tout est rose et ensoleillé sous le ciel de ces deux groupes anglais, loin de là. Mais est-ce qu'une ambiance noire est signe de tristesse ? D'autant que pour ces deux groupes, les chansons recensées dans le livre sont parfois de vrais classiques de discothèque, en tout cas des classiques en ce qui me concerne. Que ce soit le Killing an arab de The Cure ou Enjoy the silence de Depeche Mode.



Un temps, j'ai pensé écrire qu'il m'était difficile de concevoir sautiller sur une chanson triste. Evidemment ce serait totalement faux. Il suffit de se rappeler de ce que j'ai écrit ici pour en attester. Et puis concernant un autre morceau que j'ai déjà posté ici me revient cette anecdote. Durant les premières années de notre relation, mon copain me demandait sans arrêt ce que pouvait être la chanson qu'il entendait systématiquement à la fermeture de sa boîte de nuit favorite quand il était adolescent. Il avait beau me répéter "Do I love you / Yes I love you" qui semblait, d'après lui, être le leitmotiv de cette chanson, impossible de trouver la réponse à sa quête. Je crois que c'est totalement par hasard, un jour que la chanson jouait sur Itunes qu'il a reconnu LE morceau. Or, je n'aurais jamais pensé un instant qu'on puisse s'amuser, car c'était ça que lui rappelait le morceau, des soirées à n'en plus finir et, donc, à franchement s'amuser, sur Tinseltown in the rain de The Blue Nile, qui est, pour moi, une chanson on ne peut plus lacrymale. Or c'est bien là où je voulais en venir. Mais, avant d'y venir, laissez moi donner d'autres exemples. Dans le livre, on trouve aussi deux chapitres sur des artistes francophones : Edith Piaf et Jacques Brel. L'Hymne à l'amour est ainsi mis en avant. Mais, sans doute à cause du côté monument de la chanson française que représente aussi bien son interprète que la chanson, moi, cette chanson ne me fait rien. Quand j'entends les premières notes, j'ai plus envie de lui dire "Ta gueule" qu'autre chose. Il n'en va de même pour Jacques Brel. D'abord parce que Ne me quitte pas, sa chanson phare, me fait quelque chose. Mais, de la même manière qu'Avec le temps de Léo Ferré par exemple, je trouve cette chanson, pour le coup, dépressive ; la frontière avec la mélancolie est définitivement franchie et du coup, ça ne me fait pas le bien qu'est sensé me procurer cette chanson mais bien plus de mal qu'autre chose. Non merci, je vais passer mon tour. Je trouve plus de retenue à La chanson des vieux amants, assez en tout cas pour qu'elle ne me fasse pas totalement couler par le fond.



Bref, force est de constater que, si j'ai des points communs avec l'auteur de ce livre, j'ai aussi nombre de points de désaccords. Allons maintenant à l'autre sujet du jour, qui, donc, finira, vous allez voir par être le même. Lors de ma lecture frénétique de la presse spécialisée, il m'est arrivé d'être si convaincu par la lecture d'un article que je finissais par acheter l'album. Bon, ce n'est pas un papier, aussi bien écrit soit-il, qui pouvait m'amener là mais, bien plus, la lecture de deux, trois, dix, vingt papiers allant tous dans le même sens. C'est ce qui s'est passé il y a une dizaine d'années avec la réédition de l'album de Neil Young, On the beach. 


Peut-être convaincu par la jolie pochette, peut-être aussi un peu par Murat qui le citait sans cesse en référence, mais bien plus encore par l'unanimité critique autour de l'album, je finissais par l'acheter. Ce qui est stupide. Je sais pertinemment que je déteste Neil Young. Je n'aime pas sa voix nasillarde et sa musique ne m'a jamais parlé. Ou plutôt si, mais, tout le monde vous le dira, c'est pire : via l'album Trans en 1982, que tous les fans de Neil Young abhorrent, improbable rencontre du guitariste avec... les synthés. Je ne dis pas que je supporte encore intégralement Computer age mais j'aime bien le son des claviers très vintage sur l'intro.



Qui donc aurait pu croire que j'aurais pu changer et d'un seul coup aimer un album de Neil Young ? Euh... moi ? Faut croire. L'un de mes autres ratages fut l'achat, toujours à l'occasion d'une réédition de l'album de Love, Forever changes. 
Allez voir n'importe quel classement des plus grands disques de l'histoire du rock'n'roll et vous aurez des chances de trouver cet album de 1967, que, personnellement, je ne connaissais pas et qui me fait m'interroger aujourd'hui sur la véritable nécessité de le connaître. Parce qu'encore une fois, ce disque ne m'a pas parlé à l'exception, et encore, de Alone again or qui ouvre l'album. Peut-être qu'il a inspiré une foultitude d'artistes et peut-être même parmi ceux que j'aime. Mais, ça ne ME fait rien. Oui, moi, moi, moi ! Je ne suis quand même pas là pour vous parler des sept cent millions de Chinois. Pourquoi l'ai-je acheté ? Outre l'unanimisme critique qui entourait là encore l'album, il y a que j'ai toujours eu un faible pour l'année 1967 qui fut un véritable bouillonnement rock'n'roll. Et dans le bouillon, je récupère, même si c'est plus gras, même si c'est une pièce moins convoitée ou, en tout cas, qu'on voit moins dans les classements, le Days of Future Passed des Moody Blues : un concept album autour d'une journée avec des morceaux pour chacun de ses moments, de l'aube à la nuit qu'on passait dans le satin (le fameux Nights in white satin) et dans lequel j'avoue un faible pour l'après midi, Forever afternoon (tuesday ?), à voir ci-dessous avec des morceaux de "beautiful pictures of nature" dedans, nous dit l'auteur de la vidéo qui a sans doute un peu trop fumé de plantes de la "nature".



Je viens d'ailleurs de récupérer cet album et aurais sans doute bien plus de bonheur à le réécouter qu'à tenter une nouvelle fois de faire surgir un quelconque plaisir des albums de Love et Neil Young, pourtant nettement mieux considérés. Ca ne veut pas dire que ces albums sont mauvais ; non, je ne suis pas seul contre le reste du monde, à détenir la vérité absolue. Je pense même qu'ils doivent être de sacrément bons albums pour avoir lu tout ce que j'ai lu sur eux. Et les auteurs de ces papiers doivent surement les écouter de temps en temps chez eux en prenant bien plus leur pied qu'à, mettons, écouter l'album des Moody Blues. Parce que, oui, ce qui marche pour les uns ne marche pas nécessairement chez les autres. Pour revenir aux chansons tristes, si j'ai toujours pensé, et l'ai entendu répéter, que le rire n'était pas fédérateur, parce qu'on ne rit pas des mêmes choses, j'avais tendance à supposer que c'était l'inverse pour le drame. Or pourquoi devrions-nous pleurer des mêmes choses ? Il existe sans doute autant de raisons de pleurer ou de ne pas pleurer qu'il y a d'êtres humains et de sentiments, de vécus afférents. Comme sur n'importe quel sujet, en matière de musique, on peut se retrouver sur certains points, différer, voire s'opposer sur d'autres. Bref, prenez ici ce qui vous plaît, rejetez ce que vous voulez. Tout marche. Car ceci ne parle que de moi. De bouts de moi. L'intégrale de tout ça ne marche qu'avec moi. Mais si certains de ces bouts marchent aussi avec vous, vous m'en verrez forcément ravi. Oui, tout marche, et c'est peut-être là que je ne suis pas d'accord avec la Critique, qui honnit ceci et porte aux nues cela. Or la Critique ne peut pas vous connaître, ni vous, ni moi. Et ne peut pas prévoir l'effet qu'aura sur vous une musique, une chanson, un morceau, une voix, un album, un artiste jugé plus pauvre qu'un autre alors que vous le chérirez plus que tout au monde. Pour terminer, justement, cherchant à terminer ce papier sur un peu de musique, j'ai tapé "different" puis "same" dans le moteur de recherche de l'Itunes. Il en est ressorti notamment Same old scene de l'album Flesh + Blood de Roxy Music sorti en 1980. Récemment, l'intégralité des albums studios de Roxy Music se voyait rééditée. Dans cet article très respectable du très respecté site Pitchfork, vous verrez que l'album Flesh + Blood est considéré comme le moins bon du groupe. Comme vous l'aurez compris, c'est aussi mon préféré. Le bonheur des uns...

lundi 5 novembre 2012

Lundi bleu

Ce post est celui auquel vous auriez du avoir hier si je ne m'étais pas laissé embarquer dans la dernière saison de Damages ; bref, c'est la faute à Glenn Close. Ou c'est grâce à Glenn Close que ce post sur Blue Monday va finalement arriver où il devait arriver : un lundi. Oui, car, étonnamment quand je pense aux lundis, je pense volontiers d'avantage au blue de New Order qu'à la bluette (et je suis gentil) de Jesse Garon, C'est lundi. Blue Monday a marqué de son rythme martial mon adolescence en boîte de nuit.



ta   ta   ta   ta   ta   ta   ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta : un rythme qui me faisait me lever immédiatement pour prendre la direction du dancefloor. Enfin, pas tout à fait, puisque, souvent, j'y étais déjà. Non pas parce que je suis la réincarnation de John Travolta dans Saturday Night Fever mais bien plus parce New Order arrivait généralement au cours d'une séquence qui correspondait à mon humeur musicale. On a tendance à l'oublier maintenant en faisant de Blue Monday, une oeuvre exceptionnelle, pierre angulaire de la musique House/Techno qui allait suivre des années plus tard, mais à sa sortie en 83, puis 84, 85 (bref au début de sa "carrière" tant le morceau est devenu un classique qui se joue encore aujourd'hui), le morceau de New Order s'inscrivait de manière cohérente au milieu d'autres titres. Il servait souvent à passer de morceaux joyeusement sautillants et synthétiques à des morceaux à l'humeur plus rock, new wave, plus sombre en tout cas puisqu'il conciliait ces deux univers avec ses synthés et boîtes à rythmes primesautiers et la voix de zombie de Bernard Sumner ainsi que la lourde basse de Peter Hook. Pour parler plus musicalement il était la transition parfaite entre les jappements de jeune chien fou de Dave Gahan sur Just can't get enough de Depeche Mode et les déclamations sombre de la pythie new wave Anne Clark sur Our Darkness. Je me souviens très bien l'avoir entendu enchaîné  (très bien d'ailleurs et très souvent) à The Walk des Cure, sorti la même année. Mais ma préférence, s'agissant son enchaînement était quand New Order précédait... New Order. Comme le plaisir généré par Blue Monday avait des format maxi (c'est le premier d'ailleurs Maxi 45 tours d'importance car la chanson n'existait tout simplement pas en 45 tours), c'était bien d'en rajouter une couche avec 5 8 6 de l'album Power, corruption and lies, paru après la sortie de Blue monday. Cela consacrerait donc ce morceau comme une redite alors qu'il est plutôt la maquette de Blue monday en ce sens qu'une première version du titre était disponible dès 1982. Précisons que le morceau n'est intéressant qu'à partir de 1'50", précédé d'une intro imbitable et systématiquement zappée en boîte.



Monument dès sa sortie, le Blue Monday de New Order n'a eu de cesse de prendre de l'ampleur au fil des années et au fil du nombre de personnes qui le revendiquent dans leurs influences. Au point qu'il est devenu un monument un peu inattaquable : peu se sont frottés à le reprendre. Mais bien plus ont essayé de le remixer. C'est le cas de Quincy Jones pour le remix de 1988, qui franchement n'apporte pas grand chose à part une petite guitare funky. Tant qu'à faire je préfère ce qu'en fait le groupe Electroset en 1993 quand il projette Blue Monday au coeur des Raves avec une relecture très Prodigy, ne samplant que le "How does it feel" de Bernard Summer, qui donne, du coup, son nom à ce morceau.



Toutefois, jusqu'à présent le plus beau remaniement de la chanson restait l'oeuvre de Kylie Minogue ! Enfin presque. Peu après que soit sorti son fameux Can't get you out of my head, un white label fait son apparition dans toutes les boites anglaises, un disque pirate si vous préférez en ce sens qu'il combine les tubes de New Order et de Kylie Minogue, sans évidemment demander ou reverser les droits à aucun des deux artistes. L'intelligence de Kylie Minogue (ou de sa maison de disques), c'est, vu la popularité du morceau, de l'avoir inscrit à son propre répertoire ; c'était la face B de son single suivant Love at first sight et c'est cette version qu'elle ressort souvent en live comme ci-dessous.



Mais à part ces deux versions, j'ai souvent donc été déçu par les remixes de ce titre, qui s'avéraient inutiles eu égard à l'impeccable rendu de l'original. Jusqu'à il y a deux jours. C'est à dire jusqu'à ma découverte du remix de Virgin Magnetic Material, DJ dont j'ai déjà chanté les louanges ici. Je crois que si j'aime tant les remixes de Virgin Magnetic Material, c'est non seulement parce qu'ils sont magnifiquement exécutés mais aussi parce que ce type a des goûts dans lesquels je me reconnais : il a quand même remixé des titres de The Smiths, The Cure, Tears For Fears, Interpol, Echo & The Bunnymen ou les Talking Heads. Et, on voit bien que ce mec aime ces morceaux : il ne les abîme pas mais les sublime; il respecte toujours les morceaux (dans le remix, on entend toujours la ligne de basse dans son intégralité ou toute la partie chant de Bernard Sumner) même s'il les fait rentrer, pas en force mais avec toute la tranquillité de ses beats lourds, dans son univers. Un truc à vous faire passer vite fait le blues du lundi.